Fou sans mesure

Le Prince Lointain: Max Švabinský (1873-1962), Les Âmes Jointes - 1896...Peinture de Max Švabinský (1873-1962), Les Âmes Jointes.

Qui dit qu’aimer est un leurre ?
Qui ose dire qu’aimer est l’abîme
De mes tortures, qui ose donc le dire ?
Qu’il me poursuive, qu’il me jette la pierre !
Que celui-là approche et me le dise sans détour !
Qui ose me le dire, qui veut bien s’avancer ?
Dans les absences du corps de ma nuit égarée,
Qui ose me le dire et m’ôter à la vie,
Mais qui ose me trouver et me le dire sans lâcheté ?
Qui veut bien en finir et par là m’anéantir ?
Qui de mes soupirs peut encore me dédire ?
Qui veut donc me soustraire à l’élan de mon délire,
Et qui de ma liberté veut dénouer ma corde ?
Et qui de son dédain veut m’étreindre et me contraindre,
Et qui peut défaire les liens auxquels je me suis attaché,
Et qui veut me soustraire à cela-même ?
Et qui veut parler au fou que je suis sans mesure ?
Et qui donc veut m’absoudre de mes chaînes ?
Et qui veut entrer dans mes tourbillons,
Et que se déchaînent ainsi mes saisons !
Rêve ou illusion, qu’importe aujourd’hui !
Car, qui ose dire de m’en défaire ?
Je n’ose moi-même affronter ce qui me mène,
Qui donc peut rompre l’impossible ?
Mon défi est ma joie ! Mon Amour est Le Même !

Vie

Montserrat Gudiol i Corominas (Barcelona, Catalonia)Peinture de Montserrat Gudiol (1933-2015)

L’Âme me tint prisonnière,
Le Corps en fut Son Réceptacle,
Elle joua avec mon esprit,
Me berça de toutes sortes d’histoires,
Puis à la fin, elle me dit : Viens !
Je Lui répondis : Où cela ma Tendre ?
Je ne T’ai jamais quittée.

Elle revint une seconde fois.
Me berça de nouveau,
Me tint en Sa Poigne,
J’étais sans force face à Elle.
Je n’avais plus de corps.
Ses Mains me L’avaient enlevé.
Elle me dit : Viens !
Je suis étonnée :
Et où irai-je puisque je ne suis rien ?

Mon Âme me tourmenta encore,
Ne me lâcha plus et même cette fois-ci me fit gémir.
Elle m’emmena sur les toits du monde,
Me plongea dans les abîmes,
Ses Mains avaient tous les droits.
Tandis que je respirais à peine, Elle me dit : Viens !
Je fus encore surprise : Pourquoi, puisque Tu m’emmènes toujours ?

– N’as-tu pas compris que j’étais toi ?
  Nous nous apprenons…
– Je T’aime de toutes les façons.

D’Amour

Comme au premier jour, par le Cœur suinté,
Comme au premier jour, à nos lèvres asséchées,
Nos Haleines enfin mêlées, irriguées de Tes Larmes,
Comme La Perle de L’Océan des feux de L’Âme,
Lors que L’Éther éprouve nos liens indéfectibles,
Puis qu’Assis sur L’Écume des Nuits de L’Indicible,
Du Soleil de L’Aube qu’effleurent les Rayons,
Des exhalaisons de tous nos tourbillons,
Lors que les étoiles s’épanchent de l’Horizon,
Puis qu’à la cime des arbres, les fruits au diapason,
Étreignent inlassablement nos écorchures,
Que de ravissements ! …et dans l’embrasure,
Tu recueilles L’Argile des Terres conquises,
Et qu’au mortier des pelles s’y consument,
Tandis que les fleuves charrient le limon impur,
Des pas affranchis au seuil de Ton Royaume,
Lors que de toutes les aspirations au creux de Ta Paume,
S’élève Le Retour que délestent tous les par-Dons,
Car, à L’Échelle de L’Origine, il est un Point puis un sillon,
Tandis que Le Cercle devient La Citadelle,
Du Corps et du Silence provoquent le basculement.
D’Amour est né notre Pacte d’Allégeance.
J’en sais L’Abnégation mais aussi la souffrance.
De cette Mémoire avivée aux confluents des Deux-Mers,
Mon Cœur soutenu par La Perpétuelle Remembrance,
A genoux devant La Pierre Cubique les mains embrasées de Mystère,
Courant pieds nus aussi dans le troublant désert,
Du Mont Safa vers Le Mont Marwa, le cœur en feu,
Je bois en La Coupe de L’Érosion de mes larmes,
Lors que la poitrine se déchire et qu’apparaissent les étoiles,
Des Nuits à transpirer contre toutes les obscurités,
Des Jours à filer le linceul bleu de notre Âme,
Assis encore en l’étroit lieu, élargi par les vents impétueux,
Le Silence devient Le Signe de Ton Langage, Ton Oriflamme,
Et de L’Eau ruisseler en faisant un bruit sourd,
Sous les pieds de L’Enfant, telle une bouillonnante Larme :
Le désert a chanté et Le Corps s’est apaisé.

D’Ambre et de Musc

Peinture de Nelly Tsenova

Du corps d’ambre et de musc suave
De velours au verger et de rose palpable
En L’Étreinte embrasée de rivière et de cascade
De Jasmin et de violette en ce pourpre sauvage
Lors que Tes lèvres parfumées au Ciel de notre ombrage
Voguent éthérées sur les rives improbables
Puis que perlent au rubis de Ta flamme
L’Incandescente inoubliable retrouvaille
Et que L’Aube épouse les flux de L’Océan matinal
Les vagues de notre Révérence ne savent se contenir
Du fluvial et du plus noble des désirs
Je Te rejoins d’ondes virginales
A l’ombre des cyprès, à l’ombre du Platane
Et du feuillage hébété, je vois l’iris de Ton cœur.
C’est en Toi que s’avive mon âme
Et ne jamais s’achève notre commun soupir.

Par Lui

Esprits

Par Lui, le sol se dérobe
Par Lui, Le Néant est non-sens
Des Nues que l’on verse en abondance
Par Lui, il n’est plus aucun sens
Le Cœur, ni ivre ni sobre
Des Mains gigantesques soulèvent le corps, le disloquent
Il n’est ni route, ni océan, ni vide, ni plein
Déchirement des Cieux aux confins de l’ouragan
La pensée fracassée sur les remous de la puissance
Par Lui, Le Vide est encore trop empli
Par Lui, La Terre devient les vagues de Sa Présence
Déchirure de l’impossible
Et qu’est-ce donc ? Magie ? Tourbillon ?
Des Mains qui tiennent les lambeaux…
Les Récifs sont encore des caresses
Lors que de disgrâce, il n’est plus rien qui sauve
Tourments des fièvres de Ta Solitude…
Victoire au Vent de L’Infinitude !
Qui es-Tu pour me faire vivre,
Toi qui m’anéantis ?
Voici la dérive,
Par Lui, la vie semble dérisoire sans Toi,
Que sont vains les plats soupirs,
Les Roches sont les heurts de toutes limites
Qui suis-je pour vivre encore ?
Par Lui, le désert est un oasis
Par Lui, la sécheresse est Source de Jouvence
Par Lui, le feu ne mord plus d’aucune morsure
Fraîcheur des Rosées de L’Aube,
A L’Ombre des allégories de Ton Discours,
Victoire ! À l’orée du bois, j’ai vu Le Cerf ivre d’Amour.

Le Rouge-gorge

sweetsurrender68: Heinrich VogelerPeinture de Heinrich Vogeler (1872-1942)

Nous surprîmes maintes fois le rouge-gorge
Jusqu’à notre porte, il vint et nous chanta,
De grâces et de volubile Amour courtois.
De La Nature, nous apprîmes sans cesse les gestes :
Sagesse et paroles qui toujours regorgent
Des sucs que le vent parfois emporte, sans conteste,
Et ce rouge-gorge tendu de gratitude,
Délicat et farouche en sa douce plénitude,
Nous contait les beautés de L’Âme.
Nul doute, je l’écoutais déverser son incandescente flamme,
Lors que le soir, l’automne avivait son plumage.
Aujourd’hui, la fauvette chante à tue tête…
Seigneur, comme coulent Tes Larmes,
Lors que surviennent mille mystérieuses Joies !
Au-dessus des treillis que voisinent les charmilles,
Se sont alanguis mes pas, et parfois mélancolique,
Le Regard étreint Le Ciel et s’en va
Épouser quelques ondes lyriques,
Pensées que ne poursuivent nulle chimère ;
Et c’est d’avoir vécu sans jamais craindre La Lumière,
Qu’aujourd’hui, des blancheurs matinales,
Les roses frémissent à vos brumes pastorales.
L’Été soulève au Jour quelque rêverie derrière un voile.
Je Vous aime sans craindre L’Amour.
Poignante est cette Épée qui attise mon Regard,
Lors d’une promenade, j’en sais Le Retour.
Je veux m’allonger et tendre à mon cœur apaisé,
Les mains que Le Souverain de mon âme,
Tient sans que jamais je ne puisse Le lâcher,
Et J’aime d’avoir aimé, sans l’avoir méconnu,
Lui, Le Seul Bien-Aimé,
Et j’aime d’avoir aimé pour L’avoir reconnu
Puisque c’est Lui qui aime en premier.

 

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Malinovsky (Russie)

L’Insondable

Image associéePeinture de Sir Edward Coley Burne-Jone (1833-1898)

Ô sanguinolent soupir,
Nuit profonde,
Onde, ou bien est-ce Le Zéphyr ?
Une voix encore,
Au frémissement de L’Aube,
Au tremblement grenade,
Désert dont je n’ose guérir.
Au Souffle que soulève un grain,
Lors que balbutie L’Écho,
Le vent enlace notre étreinte.
En Ta Voix inépuisable,
Il n’est aucun repos,
Et en chacune de Tes nuits,
Quelque Chose s’en vient,
A verser encore La Lumière,
L’Insondable !
Que se tiédissent les râles de l’Expir
Telle La Flamme de Ton Monde,
La Vie renaît de Ton Désir.

L’ombre et la poussière

john melhuishPeinture de John Melhuish (1849-1937)

Je me suis drapé de mille drapures,
Aucune vous n’avez osé soulever.
Je vous ai aimé tout ce temps en Silence,
Mais jamais vous ne m’avez parlé.
Je me suis caché dans les voiles du Jour,
Lors qu’en chaque Nuit, vers vous j’avançais.
Derrière un Arbre, je vous ai contemplé,
Et dans le gosier des fleurs blanches,
Je vous ai déclaré mon Amour effréné,
Qu’avez-vous donc à m’ignorer ?
A L’Aube, je me suspends au vent de l’azalée,
Et je bois à la grenade du rubis de vos pensées.
Les sentiers noctambules sont les ivresses de mes pas effondrés.
Je vous ai convié à l’étreinte des tourterelles, 
Gorgés de Lunes et de ruisseaux argentés.
Je vous ai suivi de mes frôlements indicibles,
Lors que la voix vous chantait l’éloge irrépressible.
Puis j’ai succombé au puits profond de votre sortilège,
Lors que je m’effaçais pour mieux vous retrouver,
Qu’avez-vous à me méconnaître, lors que je vous aime ?
Je bois encore au balancement de L’Iris parfait,
Et lors que vous marchez sans même soupçonner ma présence,
Je suis l’ombre et la poussière sous vos pieds.

De La Féminité (2)

Illustration - Conte de GrimmIllustration de Anton Lomaev

Je m’allonge chaque jour sur un lit où s’éveille La Mort ;
D’Elle, ma constance éblouit tous les Cieux d’Êtreté.
Quel est donc ce défi de langueur ?
Je marche dans la ville en la paix retrouvée.
De figures fantomatiques qui frôlent les murs,
La Mort est plus vivante que les vaines paroles.
J’ai ri de nous voir en ce rêve éveillé.
Comme est grandiose Le Cœur de L’Aimé !
Son Jardin est de Rose qui ne jamais flétrit,
Je le sais pour l’avoir longtemps observé.
N’allez pas de ce côté-ci, L’Aube est naissante,
De mille Rosées que l’on cueille avec Amour.
Je Lui suis fidèle tout le long du Jour.
La Nuit cache des secrets en L’Écrin de nos discours.
Je n’ai jamais eu peur d’aucun paradoxe.
Veuille cueillir La Vie de Sa Mort avérée !
J’ai su qu’en La Féminité L’Âme est à s’élever.
C’est d’Elle que L’Incendie donne à chaque instant Sa Volupté.
C’est d’Elle aussi que je goûte à L’Âme apaisée.
J’ai fermé les yeux consciemment à tous les mensonges.
La Liberté est ivre de contempler L’Éternité.

De La Féminité

Gustave Moreau (1826-1898) Sappho se jettant de sumet de la Roche de Leucade Oil On Canvas -1893 65 x 82 cm (25.59" x 32.28")Peinture de Gustave Moreau (1826-1898)

De La Féminité est un Secret
Entends ma langueur 
Des lancinantes profondeurs
L’Appel en L’Élévation se suspend
Et j’aime au Son de La Lyre
Que mon Âme soit à vibrer
Telle est La Nostalgie
Des fruits de La Solitude
La Nuit s’étend en mon cri
Est-ce L’Océan qui me poursuit ?
Ses vagues rugissent en L’Infinitude
Laisse-moi encore cet instant,
L’Instant de ma servitude.
Ne me réponds pas,
Laisse-moi Te parler !
Ton Silence est Suave à mes lèvres asséchées.
C’est Le Corps qui fait seul Écho,
Ton Appel est mieux que mes mots
De Toute Absence, je bois à Ta Présence.
C’est entière que La Femme frappe du pied…
Sur L’Île verte, je me suis engagée.
Des tambours, puis des écumes,
J’entre en Ta Forêt. 
C’est en mes ailes, que L’Oiseau vole
Il s’est échappé
Ne le rattrape pas, il danse !
Les sucs de ma déraison sont Ton Miel,
Et suis encore à T’aimer,
Lors que je me noie en Ton Ciel,
Je ne veux plus jamais oublier.
Quand L’Âme désire, il n’est rien pour l’en empêcher.
Le corps même semble misérable devant cette fièvre.
Ô mon Âme, mon désir expire et en Toi s’élève.