Elfe

Être elfique
L’Ondée dans les brumes promises
Au soleil levant
Je T’ai surprise
Et nous avons dansé
Toi rosée et moi éprise
J’ai couru dans les prés
Des mûres conquises
A la bouche juvénile
Mon Elfe des sous-bois
J’ai croqué les cerises
Juteuses de tes rubis
Juteuses de ton ivoire
Et la main dans la main
Cette balade pleine de surprise
Ivres du vent ombragé de tilleul
Elfe de notre Joie
Je danserai avec Toi.

Nudité

L’Océan brise les derniers vestiges,
Ces vieilles digues,
Tandis que les remparts nous disent,
Que vivre libre est une semence éclose,
Loin des dérives,
Et des vains propos,
Que les mots nous étreignent,
Dans leurs bras indomptés,
Que Le Souffle est une essence,
Dont le parfum est à vêtir la nudité.

Digression (27)

Assise sur ce banc qui fait notre saison, nous comptons chaque petite goutte de pluie comme une effervescente cérémonie, de calme, de droiture et de joie. Nous échappons au moindre des bruits du monde. Combien de fois me suis-je retrouvée sous le platane du Jardin des Plantes ? Je n’ai pas toujours su donner aux arbres leur nom. Mais ai-je jamais manqué de saisir les palpables rugosités de l’écorce ? J’embrassais les feuilles et les fleurs. La guirlande de pluie sur la fenêtre, au matin, est un doux présage et j’observe la lumière du jour, perles nacrées du soleil caché derrière le voile nuageux. C’est ici que la crucialité nous saisit, sans détours. Voici que s’étourdit un pinson mystérieux enveloppé de branchages. Le moineau se baigne dans une flaque d’eau et nettoie avec minutie ses petites ailes. Tout a vacillé, et nous nous sommes échappée, tout en restant en cette Assise. Quel est donc ce navire imperturbable, ce Lac dorénavant stable ? Il n’est plus aucune émotion, si ce n’est ce Souffle puissant, à peine imperceptible. Beauté enchanteresse d’un monde véritable, d’une Terre promise. Sororité et fraternité des arbres balanciers : le cœur n’a pas changé. Il n’est point besoin de parler, ni d’écrire. L’instant est ici d’importance, relié au Ciel d’Amour. Unité et constance. Nulle trahison, ni corps mutilé, mais bien fervente Reliance, car la peur, aujourd’hui, est une drôlesse qui nous fait rire. J’embrasse Le Sol où je suis née et j’embrasse la vétuste fragilité de nos cœurs ensemencés. Sachez qu’en définitive, il n’est qu’un seul instant ; tout le reste est agitation.

Digression (26)

Peinture de Mark Arian

La guitare gratte quelques airs sur les cordes ivres alors que le balancement du corps ne s’est point séparé, ni d’ici, ni d’ailleurs et qu’il vit jusqu’au bout des doigts son étrangeté. Je n’ai pas su retenir la joie qu’aborde chacun des sens alors que la vie prête avec allégeance les couloirs diffus, quelques fois éclairés par une myriade d’étincelances, mais les pas et les silhouettes éthérées ne savent pas toujours déraciner l’opprobre. Il est vain de deviser avec la vie, elle est la première qui a parlé. Je l’entends souffler et nous révéler les plus infimes secrets et lorsque nous parlons, nous sommes à peine effrontée. Je m’en voudrais de vous voir disparaître dans les nébuleuses galactiques et alors que je me suis assise face à vous, j’ai reconnu chacun de vos gestes. Il me plaît à mon pauvre petit être de me noyer dans vos yeux si sérieux et il me plaît à moi de m’y promener, puis de regarder la vie qui vous a submergé. Oui, il me plaît infiniment de vous rencontrer et de parler, à vos côtés, par le biais d’un regard furtif et de vous compagner. Il me plaît de veiller au milieu des fétuques et que vous me parliez des lapins qui mangent l’herbe grasse et les immenses trèfles qui ont abondamment proliférés. Il me plaît de m’asseoir sur le banc d’un jardin secret, et que vous leviez le bras lors qu’un pli sillonne votre front halé par les nombreuses années. Je ne vous dis pas tout, je vous parle dans le silence et je vous dis ces choses pour ne jamais les oublier. Chaque moment est un prétexte pour vous visiter. C’est ainsi, je n’y peux rien. Alors petit être s’adresse à petit homme et ne peut plus le quitter. Vous m’avez dit : L’Ami est fidèle et je sais qu’il s’agit d’une promesse qui vient depuis fort longtemps, depuis qu’un certain jour a vu naître le rayonnement crépusculaire et que nos mains s’étaient liées par le serment de loyauté. Qu’est-ce donc que l’Amour, s’il n’est pas une éclosion d’Amour dans L’Amitié ?

Absolution

Mon cœur s’est vidé,
Absous des océans de formes violentées,
Mon cœur vogue sans discontinuité,
Jusque noyé dans l’abyssal vacuité.
En Toi, en fulgurance, s’est projeté,
Contre les flancs de Ton Imaginal,
Apaisé dans les profonds silences,
Et L’Aube émerveillée,
A défroissé nos yeux étonnés,
Car le cœur accueille l’abnégation.
Sans doute comme une chance.

Digression (25)

Aquarelle de Cindy Barillet 

Quand la lumière chante l’implacable danse de la pluie, sur les toits et tout au fond des bois ; quand le grenier tremble de notre émerveillement serein, vif, exalté ; quand je prends la main de petite sœur et que la joie nous arrache presque des larmes effervescentes d’amour et que tout nous semble d’une limpidité emphatique. Je n’ose prononcer le seul mot qui pourrait briser l’émotion vive d’un bonheur diffus. Le rire est la cascade d’une gloire méconnue et peu importe si nous ne savons rien, peu importe si nous finirons ridés sur les plis incroyables du temps, l’enfant ouvre les yeux d’amour et le père entre avec une multitude de lumière, quelques brins de muguet et sa propre légèreté. Nous dessinons dans la chambre, ma sœur et moi, des fleurs : le lilas qui se penche, les gueules de loup au velours secret. Tous les noms que les fées ont saupoudrés d’irréalité. Je m’évade dans les gouttelettes et je rejoins le cœur pur qui m’attend, là-bas au bout du chemin. Nous conversons longtemps et nous nous endormons avec la petite chanson du mois de mai, les lanternes de notre sororité. Dans le rêve, je replace une fourmi égarée sur son chemin, et j’admire, ça et là, les papillons de nuit. Ils sont étonnamment secrets et je ne sache pas plus grande hébétude devant les choses que nos yeux ont caressées. Entends ! C’est encore la réalité éternelle du cœur ouvert. J’aimerais tout vous conter, tout vous ensemencer de mots fluviaux qui parfument les pétales pudiques de nos découvertes. Perdue en haut de la colline, mes yeux rient. Jamais je ne t’oublierai, Ô Joie exaltée ! Ô Épanchement ! Ô Vibrations ! J’ai fait courir, sur la soie, les couleurs du pinceau d’Amour et des pinsons de gaieté. La fauvette nous rattrape et nous confie le doux secret. Ne l’avez-vous donc pas découvert, ce Mystère ? Des petits cailloux égarés pour vous… Je ne reviendrai pas ; je ne reviendrai pas. Telle est ma joie !

Peinture de Vladimir Gusev

Le Livre

femme

Est-il une sagesse qui anéantisse ?
Est-il un seul instant qui ne périsse,
Dans le songe d’une main ouverte,
Quand l’instant devient furtif,
J’ai demandé l’impossible,
Puis Tu vins avec Le Livre.
Qu’attends-je si ce n’est encore l’impossible,
De L’Éternité sans périr,
Conquise dans Ta Présence ?

S’Il n’était L’Infini

S’il n’était L’Infini, j’aurais étouffé dans une société limitée. S’il n’était ces parfums déployés dans le cœur des Sages, j’aurais mille fois péri encore. S’il n’était la Réalité introspective du Puits, j’aurais sombré dans les vagues accélérées du non-sens. S’il n’était la réponse aux questions, je n’aurais su quitter ce monde avec le sourire. S’il n’était La Parole et La Proximité, j’aurais erré dans les inextricables émotions d’un monde que je trouve dément. Quand je suivais L’Appel, je ne me sentais jamais perdue. Mais quand je quittais le sentier que me traçait mon âme, j’allais ici et là sans conviction. De moi à moi, j’étais enfermée, mais de Lui à Lui, je découvris L’Univers et m’y promenai. Je rencontrai Le Livre et Il s’ouvrit. Mon cœur était un océan, je ne voulais d’aucun rivage, mais mon cœur était un océan et il me mena à tous les rivages…

Ode à La Vierge Marie, Réalité de La Pleine Conscience

Peinture de James Tissot (1836-1902)

Ce par quoi tout est Grâce est aussi un Flambeau.
Que sait-on de L’Âme et du noble Voyage ?
Il est à lui seul l’expectative d’une question,
Celle qui vient depuis le fin fond des âges,
Lors que L’Appel est solennel, et se veut acclamation.
Ce sont les Chants de L’Âme qui sont aussi de douloureux ruisseaux,
Lors que Les lamentations de La Conscience sont une sombre prison.
En ce Temple vénérable, il est une Lumière qui est Son Oraison.
Par les Vallées qui sont des réalités fluviales,
Et que La raison ne peut embrasser de sa limitation.
Noble Réalité qui est La Permanence Royale,
Serais-tu éteinte lors que les souffles sont à s’épuiser ?
Le Vivant est-il seulement cette approche horizontale,
Lors que les Temps et les distances s’effacent en L’Unicité ?
Que sont ces ignorances qui se creusent en la dualité magistrale,
Et que les pas des écorchés sont encore bafoués par les insouciants ?
Qu’ont-ils à ne pas s’élancer vers les rives de L’Êtreté ?
Ont-ils à ce point négligé de chercher Ta Munificence ?
Noble Réalité de La Sainteté et Grâce de L’Amant !
En Toi, Dame de la Seule Présence qui est en nous,
Te relègue-t-on à l’idolâtrie qui est simulacre d’Amour ?
Ma Lumineuse et immaculée Enfant du secret Temple,
En ce sanctuaire, Tu es Ta Visitation, et le Gardien jaloux,
Chasse tous les intrus qui font ce sacrilège de l’aveugle parcours.
Le bruissement de ta suave solitude qui se veut prière flottante,
Sur l’ensemble de l’humanité, lors que ton cœur semble déchiré,
Des férocités de l’ignorance et de l’oubli avéré.
Ma Fleur Révérencielle, lors que tes petits pas sont légèreté,
Les soies de Ta Présence épouse les nuits de Ta Veillée.
Que n’a-t-on vu l’Épée que tu as brandie pour trancher
Les troubles devant Le Miracle de Ta Pleine Sacralité ?
Ma Rose de L’Incandescent Amour que l’on a négligé,
Tu es Celle qui virginise toutes les âmes esseulées.
Mon Lac et ma Lune Argentée, Aurorale Beauté,
Pureté des Terres et des Cieux de La Toute Majesté,
Que sait-on aujourd’hui du Berceau que L’Esprit a enfanté ?
Que sait-on de Tes sublimes pas en ce Chemin de La Conscience ?
Ce sont Tes Parures qui vêtent les gueux et les va-nu-pieds.
Les Vagues de Ta Généreuse Luminescence sont La Gloire de L’Omniscience.
Corps et Esprit pour ceux qui ont été nimbés de L’Effluve de Ta Réalité.

Océan sans rivage, le 5 décembre 2016