Digression (25)

Aquarelle de Cindy Barillet 

Quand la lumière chante l’implacable danse de la pluie, sur les toits et tout au fond des bois ; quand le grenier tremble de notre émerveillement serein, vif, exalté ; quand je prends la main de petite sœur et que la joie nous arrache presque des larmes effervescentes d’amour et que tout nous semble d’une limpidité emphatique. Je n’ose prononcer le seul mot qui pourrait briser l’émotion vive d’un bonheur diffus. Le rire est la cascade d’une gloire méconnue et peu importe si nous ne savons rien, peu importe si nous finirons ridés sur les plis incroyables du temps, l’enfant ouvre les yeux d’amour et le père entre avec une multitude de lumière, quelques brins de muguet et sa propre légèreté. Nous dessinons dans la chambre, ma sœur et moi, des fleurs : le lilas qui se penche, les gueules de loup au velours secret. Tous les noms que les fées ont saupoudrés d’irréalité. Je m’évade dans les gouttelettes et je rejoins le cœur pur qui m’attend, là-bas au bout du chemin. Nous conversons longtemps et nous nous endormons avec la petite chanson du mois de mai, les lanternes de notre sororité. Dans le rêve, je replace une fourmi égarée sur son chemin, et j’admire, ça et là, les papillons de nuit. Ils sont étonnamment secrets et je ne sache pas plus grande hébétude devant les choses que nos yeux ont caressées. Entends ! C’est encore la réalité éternelle du cœur ouvert. J’aimerais tout vous conter, tout vous ensemencer de mots fluviaux qui parfument les pétales pudiques de nos découvertes. Perdue en haut de la colline, mes yeux rient. Jamais je ne t’oublierai, Ô Joie exaltée ! Ô Épanchement ! Ô Vibrations ! J’ai fait courir, sur la soie, les couleurs du pinceau d’Amour et des pinsons de gaieté. La fauvette nous rattrape et nous confie le doux secret. Ne l’avez-vous donc pas découvert, ce Mystère ? Des petits cailloux égarés pour vous… Je ne reviendrai pas ; je ne reviendrai pas. Telle est ma joie !

Peinture de Vladimir Gusev

Quand tout est à basculer

Quand bien même le monde éclate en morceaux défragmentés, cesse de te lamenter. Fais de chaque instant, l’instrument de ta connaissance et oeuvre au Souffle de La Réalité. L’âme est sereine, et ne goûte pas au siècle réducteur. Dans la longue marche, depuis des milliers d’années, au commun, le peuple a appris. Il suit un cortège et j’entends le furtif bruissement de l’alizé. Sur les silences que l’on a reçu en l’arrêt, car toute chose vient d’un point, et toute chose est une perle jaillissante qui vient depuis les entrailles de nos profondes reliances, s’est greffé l’intime Joie. Quand tout est à basculer, les montagnes marchent. Je les ai vues maintes fois avancer en cercles concentriques et au creux d’une Assise, le Corps entier devient l’arborescence. Respirer, respirer, respirer… Son Nom à mes lèvres, son parfum à Son Haleine, ivre des reconnaissances de la singularité. Asseyez-vous et sentez comme Le Silence est Majesté. Il ne brise jamais, quand même il est La Puissance. Plongez en Son Tourbillon d’Amour. Il n’est rien qui ne peut nous distraire de Sa Présence. Respirer, respirer, respirer. Portez à votre cœur la main de votre vie et Lui abandonnez. Tout ce qui arrive est la force d’un commencement. Nous entrons dans La Lumière des Semences et ne doutez pas en cet abandon, il est un doux secret.

L’instant seulement

En écho à Vendredi

Jim Warren 1949 - American Fantasy and Surrealist painterPeinture de Jim Warren (artiste américain, 1949)

L’instant seulement… le Réel.
Ce monde agité. Fébrile. Projeté. Décalé. Désaxé.
Hors de l’instant. Hors du Réel.
La hâte. Atrophie du temps.
Frôlement de l’instant sans le pouvoir pénétrer jamais.
Le tout-tout-de-suite. Le rien toujours.
La quantité. Empilement du vide.
Zéro puissance infini. Zéro toujours.

Oh ! Quand tu n’auras plus rien

Magnifique coucher de soleil, n'est-ce-pas ?

Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Quand les écumes auront creusé leurs sillages,
Quand les encres auront séché sur les rivages,
Que les larmes auront formé des volutes de fumée insensée,
Que les coquillages auront perdu aussi leur nacre.
Oh ! quand les voix s’élèveront et que la pluie aura trempé le lit de ta mendicité,
Quand les corps auront vaillamment quitté le naufrage,
Des morceaux du navire éparpillés,
Et que l’astre aura tracé le passage,
Dans les tourmentes du vent déchaîné,
Et que les nuits auront vomi les incohérences.
Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Et que chaque vague surgie au matin,
Fracassant les limbes du dernier refuge,
Et que le monde vociférera les pleurs des affamés,
Quand le jour sera semblable à la nuit,
Que les sanglants sanglots auront vidé les cœurs égarés,
Que les stupeurs gagneront la foule délirante,
Quand la sève des arbres brûlera de douleur.
Oh ! quand tu n’auras plus rien si ce n’est la voûte des étoiles,
Et que les poussières te rappelleront les heures de ta nudité,
Quand le bien ne sera plus qu’un abîme dans les plaies de l’âme,
Viens, viens, je nous serrerai tout près,
Et je te chanterai encore les larmes,
Et je te dirai mon Mystère,
Qui des sublimités, accueille encore d’autres mystères,
Et d’être né, il est le Chant puissant et invaincu de L’Êtreté.

Était-ce décembre ?

Hebergeur d'image

Était-ce décembre ou peut-être une semence sous terre ?
Mais qu’était-ce donc ? Notre ivresse qui scrutait L’Esprit ?
Cherchions-nous, comme exaltés, ces airs légendaires ?
Vers ces froides régions, nous étions bien partis.

Au souffle de la nuit, j’ai chanté : volons enfin !
Qu’importe si les étoiles nous prennent nos lanternes,
Je veux surprendre tous les vents du soleil en berne,
Et respirer en volutes la forêt de pin.

Volons, mon Ami, Ô mon frère, vers les hauteurs ;
Oublions nos craintes, rencontrons les cerfs sauvages
Dans le froid des blancs manteaux et vifs gagnages.

Courons ! Tandis que la lune veille encore,
Nous tremblerons des clameurs de nos jouissifs cœurs,
Et nous verrons danser nos regards à l’aurore.

Mon maître

Image associée

Chaque matin, à l’heure où disparaît la belle lune,
Quand du chemin, nos pas s’unissent sous les peupliers,
Du ciel que le jour défait sans guère d’infortune,
Parce que la sève juvénile a tout son attrait,

Nous entrons dans la cour de l’école et tremblante
D’émotion devant le maître qui nous offre sans fard,
Tous ces mots, gorgés de vison entêtante,
Que nous apprenons et récitons tous les soirs.

C’est par l’entrain que son humanité attise,
Que le voici près de nous encor à nous guider,
Comme le font tous les cœurs purs avec noble maîtrise,

Parce que l’homme reste l’homme et qu’en toute humilité,
Il voit l’enfant tel un trésor à qui l’on offre la présence.
A mon maître, j’ai souhaité faire ma révérence.

La mère

Нестеров Михаил Васильевич. Женская фигура (на коленях). 1915. Этюд к картине "В лесах" Холст на картоне, масло. 36 x 26 смPeinture de Mikhaïl Vassilievitch Nesterov (1862-1942)

S’il faut tout quitter et tout laisser derrière soi
S’il faut pour ne pas fléchir, protéger son âme,
S’il faut sacrifier les rires fusains, aller droit…
Lors, nous baissons la tête mais portons haut la flamme.

Nous n’avons pas été nuance, ni compromis.
Nous choisissons ce qui fait de nous cette guerrière.
Peu importe, tant que le cœur va vers la Lumière :
Toute effusion, même amère, devient Alchimie.

J’ose le dire : tout ce qui n’est pas Lui périra.
Je brandis la lance de mon âme, ravale mes larmes.
Les temps sont cruciaux et c’est Lui mon oriflamme.

Enfants ! la mère dont le ventre était votre voyage,
Vous nourrissait jour et nuit avec ce même droit
De dire les mots justes qui sont aussi votre message.

Souvenirs du Présent

Яндекс.ФоткиPeinture de Vassili Maksimov (1844-1911)

Debout ou assise, forme qui semble passive
Derrière les longs feux brûlants de l’automnal vent,
Quand nous effleure le passé des rimes expressives,
Nos âmes se racontent les souvenirs du présent.

Qu’ai-je à désirer ferveur autre que la Tienne ?
Nous nous connaissons au-delà de nos vingt-ans,
Unis, en ce sentier, soudés comme deux lèvres,
Et, dans la prairie des feuilles que foulent les amants,

Ruissellent les flux rocheux d’une proche cascade.
Lors que tu franchis la forêt des grands sapins,
L’oraison de notre indicible Amour nous étreint.

Ce songe en L’Empyrée ne tolère aucune incartade.
Inlassable, il n’a de cesse de souffler sur la braise,
Et c’est un arbre qui respire la montée d’une sève.