Histoire de Fous

Ralamb’s Ottoman Costumes Book (1658) | The Janissary-Archives

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Tous les gens de la cité s’étaient attroupés sur la place publique, tandis qu’un fou ne cessait de faire des va-et-vient incessants tout en portant des seaux de bouse qu’il déversait au beau milieu de la foule. Son ami, ameuté par les rires et les cris de stupéfaction, le harangua : « – Hé l’ami, que fais-tu ?

– Ne l’as-tu pas vu, répondit le fou en s’arrêtant à sa hauteur : je fais comme tout le monde. Je ramène de la bouse dans ma maison.

– Comment ça ? Les gens ne déversent certainement pas ce tas de fumier chez eux.

– Le crois-tu vraiment ? Chaque jour, je vois tout ce beau monde entrer avec les bras chargés, qui de vêtements de luxe, qui d’objets et de breloques en tout genre, qui de bijoux et de diverses parures. Pour moi, il ne s’agit ni plus ni moins que de bouse. »

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Histoire de Fous

– Pourquoi Dieu a-t-Il abandonné les hommes ?

– Détrompe-toi, c’est tout le contraire : ce sont les hommes qui ont abandonné Dieu.

– Pourtant, Dieu est tout puissant. Il peut changer le monde comme Il le désire.

– Dieu ne change le monde que si les hommes veulent changer le monde. Mais, les

hommes se sont abandonnés eux-mêmes et c’est cela la pire des choses.

Histoire de Fous

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– La générosité de Dieu est sans borne.

– Pourquoi noble Ami ?

– Si tu ne veux pas Le rencontrer, tu ne Le rencontres pas.

– Tu veux dire qu’Il ne se montre pas à toi ?

– Non, ce n’est pas tout à fait ça. En fait, tu Le vois tous les jours, mais tu ne le sais pas.

– Quelle est la différence alors ?

– Si tu ne le vois pas, Lui te voit.

– Ah ! Ça m’embête un peu de ne pas Le voir.

– Oh, C’est juste une question de perspective.

Histoire de fous

Shah Sharaf BuʿAli Qalandar

Un homme passa devant le fou, qui était comme de coutume assis sous un arbre, s’arrêta face à lui et lui demanda à brûle-pourpoint : – Que faites-vous dans la vie, mon bon monsieur ? Le fou le regarda avec un grand étonnement, ne sembla pas comprendre la question, puis finit par lui répondre : – je vis, et vous ?

Histoire de fous

les deux fous

Un fou se tient la tête, tout songeur. Son ami lui demande : – Mon frère, que se passe-t-il donc ? – Je viens de voir une scène bien étrange et depuis, je suis tout perplexe. La comédie humaine est une véritable tragédie. – Mon ami, ce ne peut être les deux à la fois : Soit il s’agit d’une comédie, soit il s’agit d’une tragédie. – Alors c’est bien plus grave que je ne me l’imaginais.

Histoire de Fous

the moghol prince parviz & a holy man early 17s

– Quelqu’un prétend que j’ai inventé Dieu, parce que je ne comprends pas pourquoi ce monde existe et que le néant me fait peur.

– Prétend-il que tu as inventé tes parents qui t’ont donné la vie ?

– Ah non ! Il pense que mes parents sont visibles et donc je ne peux avoir aucun doute sur mes origines.

– Mais, nos parents viennent bien de quelque part !

– C’est sûr !

– Alors d’où te viendrait l’idée de Dieu ?

– De Dieu bien sûr ! Je ne suis pas assez intelligent pour inventer Dieu à moi tout seul. C’est comme si tu me disais que je m’étais inventé. Je ne sais pas par quoi j’aurais bien pu commencer.

– Ah oui ! C’est incroyable !

(A suivre…)

Histoire de Fous

梁楷 Liang Kai (c. 1140 - c. 1210) - Liang-kaj csan festményei

Le fou rit un peu violemment et surprend son compagnon.
Celui-ci lui demande la raison soudaine de son hilarité.
– C’est simple, je me suis rappelé que les hommes croient que le Royaume des Cieux est sur terre.
– Et ce n’est pas le cas ?
– Penses-tu ! Les Cieux et la Terre, comment peuvent-ils confondre ?
– Mais alors, qu’est-ce que nous vivons ici ?
– Je crois qu’il s’agit d’un brouillon.
– Es-tu sûr ?
– En tous cas, je suis sûr que ce n’est pas le Royaume des Cieux.
– Mais alors, les gens sont bêtes de se battre pour du brouillon.
– Je crois qu’ils sont surtout fous de gâcher autant de papiers…
– Mais la vraie copie, où se trouve t-elle ?
– Dans la vraie question.
– Et qu’est-ce que la vraie question ?
– Justement, c’est ce qui me fait hurler de rire.
– Ecoute, je ne comprends rien à ce que tu dis ! Si tu n’arrêtes pas de rire, je m’en vais.
– Je crois que la question est à l’intérieur et non à l’extérieur.
– Ah ! Oui, je saisis, c’est en nous… Ah Bah à ce rythme, nous ne sommes pas sortis de l’auberge !