Histoire de fous

 

Par Mehmet Akin

Un fou rencontre un autre fou. Il lui demande sans détours : à quoi te sert d’être nu si ton âme ne l’est pas ? Tes haillons et ta forme sont déjà une vêture de trop. Tant que tu n’es pas à l’abri des regards, tu es encore trop habillé.

Alors le sādhu le regarde avec étonnement mais lui répond simplement : tu as raison mon frère et je suis en route…

Histoire de Fous*

[Recueil. Moeurs et costumes des Orientaux. (Dessins en couleurs)] | Gallica

Le fou marchait de long en large en énumérant toutes sortes de choses que l’on avait peine à comprendre. Son ami qui passait par là lui demanda ce qui semblait autant l’agiter.

– Figure-toi que je viens de comprendre pourquoi les hommes sont moins que des bêtes.

– Ah ! Pourquoi donc ?

– Te souviens-tu de ce fameux récit de Noé ?

– Oui.

– Noé a parlé aux hommes durant neuf cent cinquante années. Il paraît qu’il a parlé avec toutes sortes de langages, mais son peuple n’a rien entendu. Il s’est même moqué de lui.

– Et alors ?

– Tandis qu’il a suffit d’une parole et toutes les bêtes se sont rangées par deux puis sont montés dans l’arche.

– Je n’ai rien compris à ton histoire.

– C’est bien ce que je dis. Il faut moins de temps à une bête pour comprendre.


* Histoire inspirée d’un petit discours entre amis, ou entre fous, qui sait ?

Histoire de fous

Étienne Dinet - Le Vieil écrivain traditionaliste du désert

Le fou avait établi une sorte de citadelle. Quelques-uns de ses amis, qui crurent qu’il se sentait en danger, vinrent lui rendre visite et chacun de lui donner un conseil :

– Ecoute, quand je suis parmi les gens, je me dis qu’ils sont plus malheureux que moi, dit l’un.

– S’ils ont des regards très noirs, je préfère leur sourire, ajouta un autre.

– Je me dis que quoi qu’il advienne, il faut tout voir comme s’ils n’avaient aucun pouvoir sur moi, philosopha un troisième.

Mais le fou les regarda ahuri :

– Non, non, vous n’avez rien compris. C’est tout le contraire. Je me barricade car je ne veux pas qu’ils pensent que je suis dangereux.

Histoire de fous

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Un scarabée se met au travers du chemin, alors qu’un fou passe. Celui-ci l’interpelle et lui en demande la raison. Il répond au fou : aucune. Alors l’homme s’assoit auprès de lui sans plus bouger. Le scarabée se tourne vers son nouveau compagnon et lui demande : que fais-tu là ? Je fais comme toi, lui répond le fou. Mais pourquoi ? insiste le coléoptère. Tout simplement parce tu m’as donné le vrai sens de la raison…

Histoire de fous

“La route de Samarkand” de Roland et Sabrina MICHAUD, Ed. du Chêne, 1983.    Janvier 1981, San’a’, Yémen du Nord. Musulman yéménite.

Ce jour-là, le fou avait placé une pile de livres devant lui et la tête dans l’un d’eux marmonnait des phrases, tout en tournant les pages avec l’air le plus sérieux. Son ami le rejoignit et lui demanda ce qu’il faisait :
– Ne le vois-tu pas ? Je m’instruis.
– Pour quoi faire ?
– Je veux devenir un sage. Un grand homme !
– Mais, tu te trompes l’ami, le sage n’est pas un grand homme.
– Comment ça ?
– Je viens d’en rencontrer un. Il était tout petit, tout petit…si si je t’assure.

Une histoire de fous ou presque

Codex de Balthasar Behem (1505)Enluminure du Codex de Balthasar Behem (1505)

Un fou s’adresse à un autre fou en ces termes :
– Éclaire-moi : à quel moment sait-on qu’on est fou ?
Car depuis le temps qu’en cet asile l’on m’enferme,
J’ignore toujours pourquoi je suis sous les verrous.

– Un fou n’est pas vraiment conscient de son problème
Et ne conçoit rien d’anormal de son état,
D’autant qu’autour de lui, les autres font de même.
Mais lors que tu m’interroges sur cette affaire-là,

Je trouve que tu n’es pas si fou qu’il y paraît,
Par le simple fait qu’à toi la question se pose.
Le fou, c’est celui qui ne s’interroge jamais,

Quand même voyant le monde absurde autour de lui,
Ne comprenant pas plus les effets que les causes.
Ici, nous sommes à l’abri de ce genre d’ennui.

Marc

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Histoire de Fous

Ralamb’s Ottoman Costumes Book (1658) | The Janissary-Archives

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Tous les gens de la cité s’étaient attroupés sur la place publique, tandis qu’un fou ne cessait de faire des va-et-vient incessants tout en portant des seaux de bouse qu’il déversait au beau milieu de la foule. Son ami, ameuté par les rires et les cris de stupéfaction, le harangua : « – Hé l’ami, que fais-tu ?

– Ne l’as-tu pas vu, répondit le fou en s’arrêtant à sa hauteur : je fais comme tout le monde. Je ramène de la bouse dans ma maison.

– Comment ça ? Les gens ne déversent certainement pas ce tas de fumier chez eux.

– Le crois-tu vraiment ? Chaque jour, je vois tout ce beau monde entrer avec les bras chargés, qui de vêtements de luxe, qui d’objets et de breloques en tout genre, qui de bijoux et de diverses parures. Pour moi, il ne s’agit ni plus ni moins que de bouse. »