Histoire de Fous

– Pourquoi Dieu a-t-Il abandonné les hommes ?

– Détrompe-toi, c’est tout le contraire : ce sont les hommes qui ont abandonné Dieu.

– Pourtant, Dieu est tout puissant. Il peut changer le monde comme Il le désire.

– Dieu ne change le monde que si les hommes veulent changer le monde. Mais, les hommes se sont abandonnés eux-mêmes et c’est cela la pire des choses.

Histoire de Fous

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– La générosité de Dieu est sans borne.

– Pourquoi noble Ami ?

– Si tu ne veux pas Le rencontrer, tu ne Le rencontres pas.

– Tu veux dire qu’Il ne se montre pas à toi ?

– Non, ce n’est pas tout à fait ça. En fait, tu Le vois tous les jours, mais tu ne le sais pas.

– Quelle est la différence alors ?

– Si tu ne le vois pas, Lui te voit.

– Ah ! Ça m’embête un peu de ne pas Le voir.

– Oh, C’est juste une question de perspective.

Histoire de fous

les deux fous

Un fou se tient la tête, tout songeur. Son ami lui demande : – Mon frère, que se passe-t-il donc ? – Je viens de voir une scène bien étrange et depuis, je suis tout perplexe. La comédie humaine est une véritable tragédie. – Mon ami, ce ne peut être les deux à la fois : Soit il s’agit d’une comédie, soit il s’agit d’une tragédie. – Alors c’est bien plus grave que je ne me l’imaginais.

Histoire de Fous

the moghol prince parviz & a holy man early 17s

– Quelqu’un prétend que j’ai inventé Dieu, parce que je ne comprends pas pourquoi ce monde existe et que le néant me fait peur.

– Prétend-il que tu as inventé tes parents qui t’ont donné la vie ?

– Ah non ! Il pense que mes parents sont visibles et donc je ne peux avoir aucun doute sur mes origines.

– Mais, nos parents viennent bien de quelque part !

– C’est sûr !

– Alors d’où te viendrait l’idée de Dieu ?

– De Dieu bien sûr ! Je ne suis pas assez intelligent pour inventer Dieu à moi tout seul. C’est comme si tu me disais que je m’étais inventé. Je ne sais pas par quoi j’aurais bien pu commencer.

– Ah oui ! C’est incroyable !

(A suivre…)

Histoire de Fous

梁楷 Liang Kai (c. 1140 - c. 1210) - Liang-kaj csan festményei

Le fou rit un peu violemment et surprend son compagnon.
Celui-ci lui demande la raison soudaine de son hilarité.
– C’est simple, je me suis rappelé que les hommes croient que le Royaume des Cieux est sur terre.
– Et ce n’est pas le cas ?
– Penses-tu ! Les Cieux et la Terre, comment peuvent-ils confondre ?
– Mais alors, qu’est-ce que nous vivons ici ?
– Je crois qu’il s’agit d’un brouillon.
– Es-tu sûr ?
– En tous cas, je suis sûr que ce n’est pas le Royaume des Cieux.
– Mais alors, les gens sont bêtes de se battre pour du brouillon.
– Je crois qu’ils sont surtout fous de gâcher autant de papiers…
– Mais la vraie copie, où se trouve t-elle ?
– Dans la vraie question.
– Et qu’est-ce que la vraie question ?
– Justement, c’est ce qui me fait hurler de rire.
– Ecoute, je ne comprends rien à ce que tu dis ! Si tu n’arrêtes pas de rire, je m’en vais.
– Je crois que la question est à l’intérieur et non à l’extérieur.
– Ah ! Oui, je saisis, c’est en nous… Ah Bah à ce rythme, nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

Histoire de fous

Folio 162 Verso: maqama 49. Abu Zayd dying and his son

Le fou qui avait peur de la peur s’arrête alors et interroge son compère :
– Et toi, n’as-tu donc pas peur ?
– Non
– Peux-tu m’en dire plus ?
– C’est grâce à elle que j’ai avancé. Alors, je n’ai plus peur. Depuis nous rions ensemble. La drôlesse m’a tout expliqué.
– Que t-a-t-elle dit ?
– Il valait mieux avoir peur maintenant que plus tard.
– Mais quel est le remède à la peur.
– Ha ha ha , j’hésite à te le dire.
– Dis-moi, mon frère !
– La pire des choses c’est de ne plus avoir peur, tandis que le remède est l’espoir. Lorsque la peur devient crainte révérencielle, l’espoir t’attrape et ne te lâche plus.
– Mais, qu’est-ce que l’espoir ?
– Un chemin que trace la Joie contre toute insouciance.

Histoire de fous

Un fou voit un autre fou prendre ses jambes à son cou.
Il l’interpelle : « Hé, pourquoi cours-tu ainsi ? »
L’autre, à perte d’haleine, de lui répondre : « Je fuis car la peur me poursuit. »
Son compagnon lui jette un regard plein de compassion et lui dit : « Tu ferais mieux de t’arrêter, elle t’a déjà attrapé. »

Histoire de fous

A DERVISH LEANING ON HIS STAFF, STYLE OF REZA-I 'ABBASI, PERSIA, SAFAVID, CIRCA 1600 pencil and ink on paper, lower section extended, gilt bordered mount, framed drawing: 9.8 by 3.5cm. frame: 19 by 12cm.

Celui qui écrit sur les ciselures de ses promenades surprend parfois les pages livides. Il trempe à la plume de son âme les vagues de la déchirure. Il entend le vent des mouettes au large, tandis que les gouttes de rosée tremblent sur le sable de ces longues nuits. Soudain, le cri traverse l’azur de ses larmes, puis le rire fait des confidences au fou : J’ai prêté ma vie à la joie ; elle me l’a bien rendu…