Nostalgie de L’Eau

Thomas Ralph Spence (1845-1918)

De vivre, j’ai désiré vivre,
Et de vivre j’ai désiré,
De larmes que ruisselle le jour,
J’ai suivi un cours d’eau.
M’empêches-tu d’aller vers mon Amour ?
Car de vivre, j’ai senti la vie,
Des transparences de l’eau,
Miroiter jusqu’à Toi.
Et de vivre, j’ai vu Ton Désir,
Me poursuivant de Ton Amour,
M’empêches-tu donc de vivre ce Retour ?

La caravane passe

La caravane passe,
Tremblant le soleil,
De tous les horizons,
Sanguinolente danse,
Dans l’effondrement d’un monde,
D’une puissante indolence,
En ondulations submergeant l’onde,
Témoignage de notre silence ;
La caravane passe,
Meurtrissant ces dunes sauvages,
Et le pont frôle notre Aube naissante,
Au sein même des effluves du mirage,
Quand dardent les rayons,
Sur le lac marbré de sable,
La caravane passe,
Indifférente aux affres,
Lors que crissent les pas des chameaux,
Et que les grains glissent sur la peau,
De ton effervescente constance,
Mais la caravane passe,
S’unissant au vent,
Durant la veille transpirant tel un sevrage,
Nos mots jaillis dans l’étrange phrase,
C’est là qu’au creux de la dune,
Danse encore notre fièvre opportune,
Qu’avive l’affleurement nocturne,
Puis que la lune enveloppe le jour
D’étoiles virginales
Tandis que souffle encore le murmure
Et rappelle un feu étrange,
Prégnant de notre Amour
Emprunt de douceur suave
Mais vois-tu,
la caravane passe.

Supplique

Peinture de Józef Simmler (14 mars 1823- 1 mars 1868, Pologne)

J’ai soudain perçu la voix,
Chante mon Ami !
J’ai soudain perçu la voix,
Dans les landes vertes d’autrefois,
Dans les sentiers boisés de Tes pas,
Je T’ai attendu du fond de ma nuit,
Comme terrée de langueur,
Suave à mon cœur, mon Ami,
J’ai tendu la main dans le noir,
Entends-Tu mon chant ? il est à Toi.
Quand je L’ai entendu, mon Ami,
Je n’ai pas su rester loin de Lui,
J’ai offert à la perle de notre douleur,
Les quelques moments que quémande la tourterelle,
Vois-tu comme palpite sa gorge de tendresse,
Évanouie par la tremblante mélodie ?
C’est là que gît, sous les feuilles du lierre
La parole d’un mendiant d’autrefois ;
J’ai ouvert les paumes à l’offrande,
Et c’est  bien une vague qui m’atteignit,
Lors que les frissons de l’aube nous poursuivent,
Cheval de l’autre monde que conquièrent,
Nos pleurs dans les brumes solitaires,
Je l’ai encore entendue, cette voix ;
Dès lors, je sais qu’à Lui je veux revenir ;
Mais Ami, perçois-tu mon désarroi ?
Car en toutes choses, je Le vois.
Mon tourment est grand, mon Ami,
Viendras-Tu m’enlever au supplice ?
Viens, il me tarde de retrouver Ton Visage,
Quand rien ne peut nous séparer,
L’Amour ! Lui-ai-je lancé sans cesser de pleurer :
Ô L’Amour ! c’est en Toi que finit ma supplique.

L’évidence

Je crus L’avoir longtemps cherché,
Mais quand Il me trouva,
Je sus que Lui-Seul me cherchait.
Dans les bras L’Un de L’Autre,
L’effusion fut grande :
Nous nous n’étions jamais quittés.
N’ayez aucune opinion, Soyez !
Soyez donc !
Car aucune opinion ne vaut la vérité.
Soyez, soyez ! Tel est Son Appel.
Quand l’oiseau danse, dans les écorchures du vent
Il découvre soudain l’évidence, celle de voler.

Florescence

Il ruisselle le Cœur qui bat,
Il ruisselle du doux trépas,
Quand le monde s’en va,
Il reste la Beauté exquise,
D’un éon suspendu de joie.
Il ruisselle le soleil,
Dans les larmes de soie,
Miel témoin de nos emphases.
Il ruisselle jusqu’au bout des doigts,
La Florescence d’une Extase,
Célestielles membrures de nos pas,
Il s’épanche ce vent diapré,
De nos rires suaves aux sucs éthérés
Quand s’élève la Coupe de nos désirs,
Mariés à Vénus et l’Éros du Ciel alloué,
Conquise au front d’un Expir,
Reprenez la douceur de notre discours,
Puis goûtez d’Amour à l’unique Amour.