Le grain et le vin

Métaphysique

Chrétienté

L’homme véritable

.

Des champs dévastés de ce pays de cocagne,
Quand de l’égoïsme, il n’est aucune guérison,
A peine le leurre devient une factice déraison,
La plupart des gens ont peur de quitter leur bagne,

Ces sombres chimères que l’on survole avec peine,
Eclairé par les preux pèlerins aguerris ;
Nous butinons à la ruche d’où un miel jaillit,
Dont la mémoire subtile trace ses volutes pérennes,

D’avoir libéré de l’espace à notre être,
Voici que le long sentier devient transparent,
Et nous répétons des heures, inlassablement.

Au Silence secret, un lieu nous a fait naître ;
Il a libéré notre âme du rêve de l’ego.
Comment dire ? Nous le comprendrons tous très bientôt !

***

Il est bien vain de cueillir en cet ici-bas ;
Plus l’espace est restreint et plus l’âme cumule :
Des objets, des événements, sans scrupule ;
Cela est tout au plus d’insignifiants gravats.

L’homme qui fait le don de son moi avant la mort,
Est celui qui s’extrait du rêve tentacule,
Des néfastes et impondérés conciliabules,
Allant toujours avec ceux qui se remémorent.

Telle est sa mission : semer en cette vie des graines,
Pour qui sait entendre, voir et se souvenir.
Cet homme a dépassé toutes aspirations vaines,

A tous ces nœuds gémissants qui s’entrelacent,
Il voit sans sourciller l’âpreté des désirs
D’un enfer qui clame : J’en veux encor ! Qui trépasse ?

Dérive des rêves

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Comme des rêves, les hommes savent butiner âprement,
Vautrés en des visions hallucinatoires !
Et je ne sache plus dangereux que ces rêves déments :
Certaines douceurs cachent les pensées les plus noires.

L’usine à rêves entraine la roue du saṃsāra*,
Une puissance redoutable, un piège inexorable.
Les cœurs s’épuisent au contact des faux apparats.
Substrat du rêve sans reliance est une ruine probable.

Cette course effrénée est presque pitoyable.
Est-ce cela l’Inframonde ? Un chaos sans fond ?
De dérive en dérive, la cité devient misérable,

Tandis que le sage se tient loin des infrasons.
On dit que les remous sont les turbulences de l’âme,
La confusion des genres, le règne le plus infâme.

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* La vie dans le monde de la multiplicité, selon l’acception de Ramana Maharshi.

Alchimie

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Je demeurais longtemps en ce puits de larmes,
Goûtant à leur sel exsangue, au four des deux mers,
M’arrachant de leur plainte, de leurs sillons amers,
Puis, j’entrais dans un désert sans aucune arme.

En cet inframonde, je connus les battements,
Les lourds soubresauts de l’ignoble ignorance,
Je vis l’immonde en moi-même et ses souffrances,
Je vis aussi, une lumière, un buisson ardent.

Je suivis Moïse et gravis le Mont Sinaï,
A la blessure de mon âme, saignant le Calice,
Je vis, dans le secret, mon regard ébahi

Les écritures jaillirent du fond des Abysses,
Et mon cœur crut mourir d’un Amour inconnu :
Il fût dévasté, totalement mis à nu.

Sépulture

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Parfois, le long des rives, quand tremble le roseau,
Lors que souffle le vent qu’une douce voix féconde,
Des propos venus d’une Sagesse d’Orient, en ondes,
Guident mes pas jusqu’à ce vétuste vaisseau.

Soudain, comme subjuguée par le matin nouveau,
Mon regard aspergé par les reflets du monde,
Le cœur ému par les transparences profondes,
Je vois passer le jade et de bien vieux rouleaux.

Ils s’ouvrent à ma solitude, telle une sépulture,
Et j’y découvre la beauté d’une pâle figure,
Visage auroral qui me secoue toutefois :

Qu’est-ce donc de plier ou de crier victoire ?
Le Destin exige une souplesse, même en Ses Lois,
Le roseau chante les défaites tout comme les gloires.

Culminance en inframonde

Aquarelle de Ninetta Sombart

Faut-il s’extraire du rêve et demeurer muet ?
Au cirque, le peuple naïf applaudit et s’enchante ;
Il joue semblable aux enfants que l’on enfante,
Leur esprit immature, leur égoïsme éhonté.

L’oiseau s’envole et traverse tous les mondes ;
Il en connaît les ruses et les aspérités.
En sa culminance, son regard s’affûte et sonde,
Les vérités de l’existence et leur beauté.

Il trempe son bec au cœur sacré de la Vallée,
Celui-ci se dilate à l’image de son Essence ;
Il refuse de se contenter du pis-aller :

Il n’a de cesse de répondre à tous ses sens,
Ceux qui s’ouvrent en lui, telles les pages d’un livre,
Puis, qui parlent longtemps à son âme ivre.

***

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

L’ère du Kali Yuga

Peinture de Igor Morski

Les hommes éprouvent tous le besoin d’un modèle,
Leur âme est prompte à rallier le plus fort d’entre eux,
Pourtant, nous vivons une ère triviale et rebelle :
Les forts ne sont pas les meilleurs, ni même des dieux.

La sagesse est raillée, le bon sens archaïque.
En ce monde règne une décadence avérée.
Que font les hommes devenus apathiques ?
Certains se révoltent, mais leurs propos incarcérés

Révèlent un désordre, un tâtonnement de plus.
Je m’étonne qu’ils vivent sans dénoncer cette déviance,
Hypnotisés sans doute par leurs indignes élus.

Sont-ils des hommes, eux qui agréent telle errance,
N’ayant du discernement qu’un vague souvenir ?
Quel drame ! Quelle tragédie ! C’est peu de le dire.

L’exil

Sans triangularité, le monde s’effondre,
Et alors, que nous importe ce qui n’est pas ?
Comment vivre sans cette perspective-là ?
Quels abysses ! Quelles insondables pénombres !

J’ai beau aller, je vais l’humeur vagabonde ;
Le sentier est solitaire en cet ici-bas ;
L’abîme est grand, un véritable trépas !
L’exil ! Ô mon âme ! l’exil et la paix profonde !

Cette paix me convainc d’une autre et réelle joie.
Qui a percé les voiles opaques de l’inframonde ?
La vie a fait montre de son affligeant état.

Le soir, une dune se dresse entre elle et moi,
Et mon cœur s’envole au-dessus de ce monde,
Traversant, léger, les mirages qui larmoient.