Digression (23)

L’orage craquelle le ciel de lumières éblouissantes, et les toits se confondent sans ménager l’instant. Ce matin, nous étions à marcher sur les feuilles odorantes, puis de nouveau comme facétieux, le lutin vint nous rappeler les bois humides et les gouttes saupoudrées de soleil flamboyant. J’ouvre la fenêtre pour ne pas perdre un seul des grondements, là-bas, ceux des montagnes environnantes, et le ciel de se morceler de pâleur, enfilant les lueurs, tissant en l’abstraction les perles de chaque senteur. La pluie donne au mur d’en face des couleurs qui tracent des morceaux de sueur et le lutin m’amène comme par magie dans le pays des fleurs. Ne sont-elles point fanées, demandai-je, surprise. Nenni, il est une bougie dont l’étincelle a le pouvoir d’aviver chaque chose et les fleurs jamais ne meurent. Du moins, l’on dit qu’elles se renouvellent chaque fois que le vent qui souffle vient de la lointaine Arcadie. Alors, j’acquiesçais car le lutin dit toujours vrai lors qu’on lui pose une question. Ses réponses vous marquent pour toujours. Il sait quand tremble la terre, et quand les nains viennent jouer dans la nuit claire. Il connaît les maisons des petites fées et quand vous avez soif, très soif, il vous présente un bon chocolat parfumé de cannelle. Certains lutins vous préparent, dans les règles de l’art, du thé noir sucré de lait. Un délice. Tiens petit homme, le ciel s’éclaire au soir tombé et les nuages mélangent des couleurs allant du gris au rose incendié. La saison a ses humeurs et nous voilà à reposer près de l’âtre tandis que trois flammes chantonnent, trois flammes qui font le gué. Merci petit homme pour m’avoir compagnée lors que les toits ondulent sous le crépuscule, comme étonnés.

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Chemin des mots

Giacomo PacchiarottoPeinture de Giacomo Pacchiarotto (1474-1540)

 

Nos mots sont du passé, mais ils disent l’avenir ;
Nous les posons en ces recueils comme dans une arche
Où reposent les semences des moissons à venir.
Le temps vient, où l’homme s’entend dire : « Lève-toi et marche ;

Laboure ta terre intérieure et creuse le sillon.
N’as-tu pas compris que tu es toi-même la graine
Du prochain monde, la chrysalide du papillon ?
Sinon, à quoi bon ces jours vains que tu égraines ? »

N’écoute pas nos mots comme voulant les comprendre,
Ils ne s’adressent pas à la raison mais à l’âme ;
C’est l’intention en eux qu’il te faut entendre.

Alors les miettes de pain se changent en cailloux blancs
Et tu suivras sans t’égarer le fil d’une trame
Qui tisse l’horizon vrai et non ses faux-semblants.

Marc

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

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Le petit semainier

    Dimanche

L’autre monde s’ouvre chaque jour.
En cette pluie du silence,
Qu’est-ce donc L’Amour ?
Ton Parfum, Ta Présence.

    .Lundi

La cité fleurit
Du souvenir présent,
L’allée au vent,
Ton pas léger courant.

.    Mardi

Promesse, et L’Azur
Te poursuivre en riant,
Gorgé de nacre pure,
Seul instant.

   .Mercredi

L’Aube est une nuit nouvelle,
Démesure du Temps,
Feu follet et enchantement,
Ainsi mûrissent les châtaignes.

     Jeudi

Quelles sont ces cerises,
Perlées aux senteurs éprises,
Quand passe lestement,
Ivre des jours qui nous grisent ?