Leurre

Je t’avais attendu,
Les arbres jouaient.
Parfois j’étais étendue,
Le ciel parlait.
Comme les yeux s’allumaient,
Des réalités du cœur,
Et la voix murmurait,
Les suaves propos.
Qui a joué avec les furets ?
Qui a pianoté sur le clavier
Les heures précieuses ?
J’ai vu un lézard,
Un autre sur le muret,
Le soleil dans les collines,
Les heures indécises,
Près de l’arbre et des bosquets,
Les pierres que frôlent les primevères,
Les pierres fabuleuses fables de nos ancêtres.
Je t’avais entendu,
Dans le creux des siestes,
Quand les mots se heurtent.
Illusion de mon illusion
Au songe de mes aspirations
Je t’ai vu,
Dans la simplicité de l’heure,
Tu as dit vrai.
Comme est beau ce qui a devancé !
Le regard s’est défait de tous les leurres,
Mais si leurre est,
Mien, il est aussi désormais.

Le Poète dresse fièrement dans le sein de La Matière, les fibres du firmament et joue sans plus attendre. En ces doigts, suinte La Perle des mots unifiés. Qui est-il que d’autres ne connaissent pas ? Quel étrange incognito drapé de diaprures ! Chaque seconde est un monde qui s’ouvre, et pourtant, il n’en est qu’Un.

Verticale

Quand tout est évidé,
Sans pensée,
Au silence de l’horloge,
Le salon de prescience,
Annonce L’Infinitude,
Joie d’apparaître,
Joie de disparaître,
Sans que rien ne vienne ni enraciner, ni briser
Le Temps,
De ce qui Est,
Éternité,
Exactitude de La Correspondance.

Le Poète entre en ce lieu privilégié de ce qui est L’Unité et L’Onde est perfection qui dévoile les effets. La Coupe est L’Être du Poète en l’harmonie du Son éclot en l’infinitude des mondes. Il dit ce qui est en Sa Contemplation active, alors Le Soleil-Essence s’unit avec La Lune-Essence et Le Silence est Verbe.

Trace le monde

Mark Duffin | Beneath the Moon

Défait de toute défaite,
Il n’est que L’Être,
Quand même l’on succombe,
Aux effets du nombre,
L’on passe l’outre-monde,
Et l’on va en silence,
En deçà des décombres,
Voie du milieu :
La vie est forte de l’ombre,
Mais la lumière aveugle,
Les importunés ;
Point de paroles
Ni de sagesse
Sans l’éprouvée.
C’est en soi que trace le monde.

En buvant au Livre, le Livre boit en nous. Ni poésie, ni prose hors du monde, l’Ailleurs a caressé le rivage et tout s’est unifié dans la danse. Rien qui n’échappe à L’Âme, ni rien qui ne soit une ombre dont les feuilles sont blanches et clament les retrouvailles aux vibrations des sonorités du monde de La Conscience. Je suis aveugle au monde dit le Poète, je joue avec les étoiles et fais ma ronde. Je suis indifférent dans le sein des vibrantes constellations qui ont devancé ma raison et m’ont fait leur confidence. La mort d’une étoile en cache une autre et l’univers renaît au Souffle de ma mort ; quand j’expire, le monde disparaît, mais quand je respire, mes yeux voit un autre monde que Présence a suscité et les étoiles valsent sans que rien ne soit perdu, dans l’éventail déployé et je cours dans l’éternelle vallée de mon regard enivré. Que tu dises ceci ou que tu dises cela, je suis le Poète que l’on a capturé et le monde devance ma pensée. Je suis déjà passé : telle est la force qui anime L’Homme et Homme je suis et Homme j’ai voyagé en ce par-delà.

Terres conquises

Peinture de August Wilhelm Nikolaus Hagborg (1852-1921)

La réalité opaque ne nous enferme pas.
Quand donc laisserons-nous s’infiltrer les eaux-vives ?
Tel le goutte à goutte, la lumière ne cède pas.
A notre insu, la voici même vindicative.

Si L’Amour est plus fort, la vie l’est plus encor ;
C’est elle qui nous enseigne, c’est elle qui nous attrape.
J’en sais quelque chose, en l’esprit et l’âme, en ce corps ;
De la vacuité, il naît une étrange grappe.

Tel est le pur Jus au Silence d’un fruit goûteux :
Car du Mystère, le secret est Soi sans conteste,
Beauté dont la savante sève, par elle, nous atteste

Des phases successives d’un Soleil compendieux,
Lors que La Lune, Sa Promise, révèle les prouesses
Paisibles, celles des terres conquises avec allégresse.

Souviens-toi

Michal Lukasiewicz 1974 | Polish Realistic Figurative painterPeinture de Michal Lukasiewicz

Quand les affres de la mort auront raison de ta raison, quand le monde te semblera aussi léger qu’un grain de poussière, quand le souffle viendra comme le dernier rayon rayonner jusqu’à ton cœur, et que toutes tes résolutions auront soudain peu d’importance, que la seule main désirée, la seule de ton espoir, l’amour aura germé au sein de ta souffrance, les brûlures de ton corps, quand la veine ne saura retenir les gouttes perlées au rubis de ton âme, quand l’amour aura ancré l’infini, que les tortures de ta présence fuira l’épouvante de l’absence, quand les ustensiles auront charrié l’inutilité des torrents de tes dérives, quand les larmes auront raison de l’océan fracassant sur les rives de l’inconcevable, que viendra l’heure du désert de tes prières, inconsolable, dans les arides terres, je serai là, et je te dirai, avec mon corps, mon âme, je suis là, lumière dans ta nuit, je dirai, je suis là, et ma main sera éternelle, et le couloir sera moins sombre et je te dirai, n’oublie pas, n’oublie jamais la voix de Ton Amour, La Seule, inextinguible, constante, fidèle, unie à ton souffle, à ton corps, à L’Aimé. Souviens-toi… Mes yeux.

Proche de Toi

Peinture de Ernest Charles Walbourn (1872-1927)

Je suis si près de Toi, à Te toucher sans voix,
Tu es mon étranger et je suis bien plus proche,
Plongeant dans de feintes eaux qui ne feignent pas l’émoi,
A la Terre et le Ciel, du surplus sans accroche,

Je suis mêlée à Ton noble Parfum, notre Constance.
Tu es si proche de moi, que je ne me vois plus.
A l’insipide, qu’ai-je entendu, Souverain Silence.
Comme est belle la Joie qui boit à l’horizon nu !

Tu es si proche de moi, que je dors dans Tes Bras
Si douleur épouse la Joie, que valent les tourmentes,
Puisque si proche Te voilà, l’esprit n’est jamais las ?

Je suis si proche de chaque seconde qui me hante,
Sans me défaire du goût ivre de Ton cher Discours ;
Je succombe tour à tour ; quel étrange Ton Amour !