L’enfant

Peinture de Marianne Stokes (1855-1927)

L’enfant fait le Roi.
Le Roi fait aussi l’enfant.
L’un et l’autre ne s’oublient pas.
Quand l’un marche, l’autre est à côté.
Des yeux qui ont percé le sablier,
L’étonnement est aux aguets,
Les enfants se voient et chantent.

Digression (28)

Comment éluder certaines situations, récurrentes au demeurant, et comment ne pas se figer des propos rencontrés dans les boisements de nos effigies ? Comment contourner l’incontournable quand se délecte l’étang de nos impropres saturations ? Il était une fois l’incroyable, l’enchantement le plus délicat, et les mots nous aspergent de leur inconfortable confort. J’ai longtemps entendu dans les sous-bois, les indiscrets bohémiens, ceux des véritables grands chemins, ceux qui s’annihilent quand vient le jour. D’une petite libellule gracieuse, nous vîmes sur-jaillir une infinité de farandoles. De celle-là, vous n’en avez aucun souvenir. Chaque fois que l’un éternue, l’autre applaudit. Ne me demandez pas pourquoi le papillon aux motifs originaux, plutôt que de s’échapper vient se poser sur l’épaule amie. Ne me demandez pas pourquoi, quand tremble le nuage, il me survient une sorte d’euphorie. Quand nous marchons sur le sentier, petit homme, un âne et un mulet nous saluent. Je cours vers les brebis dont la tonte est certainement récente puisque leur peau est blanche et leur corps est d’une douceur étrange. Ne me demandez pas pourquoi ces moutons me semblent si gracieux et si beaux. Voilà qu’un agneau saute et fait des bonds joyeux. Ne me demandez pas pourquoi je ris en le voyant ainsi. Ne me demandez pas pourquoi les bosquets et les haies ont toujours été des pays magiques où des lutins se cachent subrepticement dès qu’ils nous voient. Mais, comment se fait-il que je sais qu’ils sont là ? Font-ils exprès de laisser quelque trace bien en évidence ? Sous les mauves, les insectes s’activent et je les suis empêtrée dans ma robe longue. Les ronces ne nous épargnent guère. Mon châle s’accroche à toutes sortes de branchages tandis que vous, petit homme, courrez après les champignons. Vous semblez vous promener comme une marquise, me lancez-vous, et je ris car l’image m’apparaît décalée et pourtant, d’une certaine façon, si proche de la réalité. Le vent joue dans les branchages et voici que les fusains ou ceux que l’on nomment aussi bonnets de curé nous saluent allégrement. Son compagnon le chêne nous confie qu’ils sont là depuis des dizaines et des dizaines d’années, et que le sentier a vu passer tant de monde qu’ils ont tenu ensemble un mémorable registre. Néanmoins, quand plus personne n’est là, nos deux amis se confient réciproquement leurs histoires et je puis vous assurer que celles-ci sont nombreuses et parfois même des plus cocasses. Petit homme, voyez comme le geai passe alors que vous l’attendiez ? Je n’ai pas voulu vous le dire, mais figurez-vous, que là-bas, près de l’étang, une grenouille jouait de la mandoline et il me semble même l’avoir vue me faire un clin d’œil.

L’Appel est L’Au-delà

L’Amour ne dépend que de L’Amour en ce point
De Retour où se concentre La seule Essence,
Et si je T’aime sans Retour c’est qu’en Ton Parfum,
Le Cœur ne se consume ni n’oublie Ta Présence.

Sur les allées de nos pas, tout est toujours là,
Et dans l’Union, le Parfum est plus qu’une Trace,
Parce qu’en Lui, est-il possible de voir autre que Toi ?
Il est tant vrai que L’Amour est une pure Grâce.

L’Amour dépasse L’Amour, Chemin de l’Au-delà.
Assise proche d’une rive, l’eau passe et je la bois :
Des troubles miroitements, il n’est que vaines veinures,

Et L’Âme s’épanche en une danse que forme une voilure.
C’est là que je n’ose plus émettre le moindre soupir,
Se laisser-agir dans l’Appel de Ton Désir…

Le Barde se tait en ce par-delà et rend grâce d’avoir, d’une prison défait les barreaux, et même brisé le mur, car la paix est dans le Silence vibrant de La Présence. Ce qu’il cherchait est un Au-delà qui s’ouvre, sous l’effet de L’Apnée, en ces feuillets dont les traces sont l’éternelle Louange de L’Eternel Louangé. Gloire à L’Eternel !

Nostalgie de L’Eau

Thomas Ralph Spence (1845-1918)

De vivre, j’ai désiré vivre,
Et de vivre j’ai désiré,
De larmes que ruisselle le jour,
J’ai suivi un cours d’eau.
M’empêches-tu d’aller vers mon Amour ?
Car de vivre, j’ai senti la vie,
Des transparences de l’eau,
Miroiter jusqu’à Toi.
Et de vivre, j’ai vu Ton Désir,
Me poursuivant de Ton Amour,
M’empêches-tu donc de vivre ce Retour ?

Les oiseaux

De mémoire de Jardin que l’automne fait frémir,
Est-il un seul arbre que ravit la sépulture,
Qui d’embruns et de pluies que marque la nature,
Quand s’efface l’été, je n’ai entendu gémir ?

Grâce volatile d’une Joie qui sans périr,
Des états fatidiques que sème la rupture,
Voit soudain le rouge-gorge, et de sa voix pure,
Entreprend de venir compagner notre soupir,

Tandis que sa gorge de feu nourrit notre entrevue.
Lors, ai-je souri de larmes effusives à sa vue ?
C’est ainsi que l’instant s’exalte du transport

De l’oiseau et le jardin devient la promesse vive
D’un ballet que m’impose sans doute le Sort,
Puisque le rouge-gorge me remet cette douce missive.

***

De mémoire de Jardin, venaient les tourterelles
Faire leur Révérence avant que de se nourrir.
Comme les gestes de la nature font sourire !
Dites-moi, n’est-ce pas là beauté d’une vie éternelle ?

Dites-moi, du piaillement des moineaux querelleurs,
Que penser, lors qu’en fait chacun partage le grain ?
Or, souvent, et je les voyais tôt le matin,
Se suspendre au mangeoire, attendre chacun son heure.

Dites-moi, quelle belle leçon de vie, ces petits êtres !
Convenez que ces drôles d’oiseaux sont des maîtres.
De les observer m’apprit à voir autrement.

Sachez que des mésanges, je vis une étrange danse,
Cela tout le long du jour, lors que savamment,
Elles venaient, après les moineaux, comme une évidence.

Le Rêve

Le Rêve d’un Chêne

Mon cœur est tantôt alangui, tantôt jubilatoire, somnolait profond un chêne dans l’un de ses plus étonnants rêves. Il croît à la manière des arbres pris de folie, se balançant dans l’immuable, s’ouvrant telle une corole, s’extasiant du calice transpercé de douceur exquise. Quand l’un et l’autre voyagent, le nom s’efface et les ramures sont tous des arbres. J’ai atteint les rivages d’un pays solitaire, j’ai embrassé mes frères. Si quelques-unes de mes racines se sont élancées dans les terres de l’enfer, d’autres, telles des lianes immaculées, ont ramené le grand cerf vers les hauteurs des plus belles montagnes. Quand d’un de ces superbes élans, les branches atteignirent le premier ciel, il se passa la chose la plus étrange, et les feuilles devinrent éprises des lumières scintillantes de ces sphères musicales. Je ne sus pas réfréner l’enthousiasme exulté des mille et un rires provoqués par tous ces enfants que je rencontrais. Ils m’expliquèrent leur origine en jouant de la harpe. Quel ne fut pas mon enchantement ! J’aimais à me balancer en étreignant chacun d’eux, au creux de mes caresses et eux de redoubler de tendresse. Il coulait à profusion d’enchanteresses liqueurs, et je rencontrai même un fleuve dont la couleur était d’un jaune clair et lumineux, lors qu’il s’agissait d’un miel suave venu du fond de l’âge d’or. Les enfants de me retenir longtemps et sans que je ne désirasse m’échapper, je sus que je devais traverser le premier Ciel pour parvenir au second.

Océan sans rivage©Le Rêve. Conte de Terre du Milieu.

De rerum natura

L’essence d’une Rose, ou l’évidence des parfums.

Mille et une roses délivrent un suave parfum ;
D’aucune, l’essence subtile vainement ne s’échappe,
Car Le Nom de Rose exhale un noble Jardin :
La Rose meurt mais Sa Réalité est immuable.

Ces parfums évoquent la pure Quintessence.
D’Elle, nous apprenons à remonter le courant,
Car les senteurs de chaque fleur sont une Présence,
La fugacité révèle ce qui est constant.

Or, entrer en L’Esprit, c’est laisser les choses
Parler de ce qu’elles sont pour ouvrir nos propres cœurs.
Entrer dans l’hébétude, c’est écouter la Rose.

Les hommes croient tout savoir mais ce n’est que leurres.
La mort annihilera leur absurde vide.
Ils auront, par la grande stupeur, le cœur livide.

Juvéniles cascades

Aquarelle de Mary Marceli

Délicatesse d’une saisonnière floraison,
Qui nous a mené jusqu’aux juvéniles cascades :
L’été a ses rumeurs de foin et d’oraisons,
Et le cœur rutile d’extravagantes embrassades.

L’Amour ne manque jamais de nous bercer encore,
Vivante Lumière et Joie d’aimer entremêlées,
Juteux Zénith aux lèvres des rubis de notre corps,
L’ivresse de rencontrer Beauté et d’être touché

Par le frôlement des saveurs suaves d’une vigne.
C’est dans le cœur, le doux secret du pur baiser ;
Vives sont les ruisselantes rosées de l’Origine !

Cueillons ensemble l’essence du vrai Souvenir ;
Que nous importe un monde qui ne sait pas aimer !
Même leurs désirs insipides ont tôt fait de mourir !