Digression (28)

Comment éluder certaines situations, récurrentes au demeurant, et comment ne pas se figer des propos rencontrés dans les boisements de nos effigies ? Comment contourner l’incontournable quand se délecte l’étang de nos impropres saturations ? Il était une fois l’incroyable, l’enchantement le plus délicat, et les mots nous aspergent de leur inconfortable confort. J’ai longtemps entendu dans les sous-bois, les indiscrets bohémiens, ceux des véritables grands chemins, ceux qui s’annihilent quand vient le jour. D’une petite libellule gracieuse, nous vîmes sur-jaillir une infinité de farandoles. De celle-là, vous n’en avez aucun souvenir. Chaque fois que l’un éternue, l’autre applaudit. Ne me demandez pas pourquoi le papillon aux motifs originaux, plutôt que de s’échapper vient se poser sur l’épaule amie. Ne me demandez pas pourquoi, quand tremble le nuage, il me survient une sorte d’euphorie. Quand nous marchons sur le sentier, petit homme, un âne et un mulet nous saluent. Je cours vers les brebis dont la tonte est certainement récente puisque leur peau est blanche et leur corps est d’une douceur étrange. Ne me demandez pas pourquoi ces moutons me semblent si gracieux et si beaux. Voilà qu’un agneau saute et fait des bonds joyeux. Ne me demandez pas pourquoi je ris en le voyant ainsi. Ne me demandez pas pourquoi les bosquets et les haies ont toujours été des pays magiques où des lutins se cachent subrepticement dès qu’ils nous voient. Mais, comment se fait-il que je sais qu’ils sont là ? Font-ils exprès de laisser quelque trace bien en évidence ? Sous les mauves, les insectes s’activent et je les suis empêtrée dans ma robe longue. Les ronces ne nous épargnent guère. Mon châle s’accroche à toutes sortes de branchages tandis que vous, petit homme, courrez après les champignons. Vous semblez vous promener comme une marquise, me lancez-vous, et je ris car l’image m’apparaît décalée et pourtant, d’une certaine façon, si proche de la réalité. Le vent joue dans les branchages et voici que les fusains ou ceux que l’on nomment aussi bonnets de curé nous saluent allégrement. Son compagnon le chêne nous confie qu’ils sont là depuis des dizaines et des dizaines d’années, et que le sentier a vu passer tant de monde qu’ils ont tenu ensemble un mémorable registre. Néanmoins, quand plus personne n’est là, nos deux amis se confient réciproquement leurs histoires et je puis vous assurer que celles-ci sont nombreuses et parfois même des plus cocasses. Petit homme, voyez comme le geai passe alors que vous l’attendiez ? Je n’ai pas voulu vous le dire, mais figurez-vous, que là-bas, près de l’étang, une grenouille jouait de la mandoline et il me semble même l’avoir vue me faire un clin d’œil.

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