Juvéniles cascades

Aquarelle de Mary Marceli

Délicatesse d’une saisonnière floraison,
Qui nous a mené jusqu’aux juvéniles cascades :
L’été a ses rumeurs de foin et d’oraisons,
Et le cœur rutile d’extravagantes embrassades.

L’Amour ne manque jamais de nous bercer encore,
Vivante Lumière et Joie d’aimer entremêlées,
Juteux Zénith aux lèvres des rubis de notre corps,
L’ivresse de rencontrer Beauté et d’être touché

Par le frôlement des saveurs suaves d’une vigne.
C’est dans le cœur, le doux secret du pur baiser ;
Vives sont les ruisselantes rosées de l’Origine !

Cueillons ensemble l’essence du vrai Souvenir ;
Que nous importe un monde qui ne sait pas aimer !
Même leurs désirs insipides ont tôt fait de mourir !

Chemin de vie (2)

Peinture de Guy Rose (3 mars 1867-17 novembre 1925)

La promesse d’un autre siècle me fit revenir,
Ruisselante d’une colonne jusqu’à la noble Terre,
Suintante de brûlures qui voulurent nous maintenir,
L’épanchement munificent d’un Mystère.

Nous rencontrâmes l’âme veilleuse d’une fourmi
Et nous lui parlâmes de notre extase, de notre rêve
Exhalé, un beau matin d’été qui frémit,
Épandu d’Amour, en cette suave Corolle qui s’élève.

La fourmi travailleuse nous appris tant de choses.
En silence, nous la suivîmes jusqu’à sa maison ;
Lors, il nous vint de respirer la grâce d’une Rose.

Son Souvenir nous hante, puisque de sa floraison,
L’éternel parfum du dialogue de nos âmes,
Me conduit au-delà des combats qui se trament.

***

Les hommes tremblent et conçoivent d’inutiles édifices,
Afin de se rassurer d’un vide abyssal.
Pourtant, Le Souffle est une Rose sans artifice.
Le découvrir est un doux éveil auroral.

Il n’est pas un moment qui imprime sa douceur.
La fourmi chemine et je souris en secret.
Elle fut ma complice et je connais son labeur,
Tout comme l’araignée qui tisse ses mots enchantés.

Bien souvent, j’attendais l’inconnu tant rêvé.
Je tendais les mains et buvais à la fontaine
Les fraîcheurs juvéniles d’une joie étonnée.

Mon cœur solitaire appréhendait la Rencontre.
Quand elle survint, jaillit un profus Océan.
C’est ainsi que naquirent nos longues heures profondes.

 

Ode à la Nature

Peinture de Carlo Dolci (1616 – 1686)

Il est des âmes frêles que l’on voudrait protéger.
Il est des êtres si graciles qui viennent sans relâche,
Des mondes invisibles nous aider dans notre tâche,
Puisque leur nature éthérée connaît tous nos secrets.

Ils sèment, nuit et jour, tels des paysans besogneux
Les graines du firmament et nous mènent au labeur.
C’est à la lueur d’une chandelle, le cœur heureux,
Que l’on cueille enfin les fruits mûrs du Temps vainqueur.

Il est des instants exquis qui veulent renaître,
Dans la magie des lieux, dans le tumulte des flots,
Des parterres de lierres acres et du chant de L’Hêtre,

Des violettes insouciantes, de l’écorce d’un bouleau.
Mes joies devant La Nature, qu’aucune main humaine
N’égale, viennent me réchauffer de douceur certaine.

Digression (27)

Assise sur ce banc qui fait notre saison, nous comptons chaque petite goutte de pluie comme une effervescente cérémonie, de calme, de droiture et de joie. Nous échappons au moindre des bruits du monde. Combien de fois me suis-je retrouvée sous le platane du Jardin des Plantes ? Je n’ai pas toujours su donner aux arbres leur nom. Mais ai-je jamais manqué de saisir les palpables rugosités de l’écorce ? J’embrassais les feuilles et les fleurs. La guirlande de pluie sur la fenêtre, au matin, est un doux présage et j’observe la lumière du jour, perles nacrées du soleil caché derrière le voile nuageux. C’est ici que la crucialité nous saisit, sans détours. Voici que s’étourdit un pinson mystérieux enveloppé de branchages. Le moineau se baigne dans une flaque d’eau et nettoie avec minutie ses petites ailes. Tout a vacillé, et nous nous sommes échappée, tout en restant en cette Assise. Quel est donc ce navire imperturbable, ce Lac dorénavant stable ? Il n’est plus aucune émotion, si ce n’est ce Souffle puissant, à peine imperceptible. Beauté enchanteresse d’un monde véritable, d’une Terre promise. Sororité et fraternité des arbres balanciers : le cœur n’a pas changé. Il n’est point besoin de parler, ni d’écrire. L’instant est ici d’importance, relié au Ciel d’Amour. Unité et constance. Nulle trahison, ni corps mutilé, mais bien fervente Reliance, car la peur, aujourd’hui, est une drôlesse qui nous fait rire. J’embrasse Le Sol où je suis née et j’embrasse la vétuste fragilité de nos cœurs ensemencés. Sachez qu’en définitive, il n’est qu’un seul instant ; tout le reste est agitation.

Armoise

Dans la campagne éternelle que charment quelques herbes,
Plutôt avivée par une pluie légère, en lisière solitaire,
Aspergée d’étendues de fougères qui nous font leur superbe,
Se dressant anonyme, voici qu’une tige florifère,
Qu’impose sur le chemin l’armoise sauvage et experte,
Devient telle une légitime emphase, la seule plante apothicaire.


Dans le langage des fleurs, la santé est ainsi appelée de tous les vœux en offrant l’armoise. La plante est aussi symbole de fidélité et de constance amoureuse. Par ses propriété emménagogues, l’armoise est fermement associée à la féminité, à la sensibilité, à la virginité.

***

Comme s’offrirait le principe féminin aux exquises affinités occultées, gracieuses et sauvages, aux abords de la route, baume purifiant, sans que le chemin ne soit jamais oublié !

La table des proscrits

Quel travail assidu pendant que d’autres sommeillent !
A la table des repus, celle aussi des proscrits,
Lors que l’âme, sans nulle lassitude, la nuit veille,
Entends l’enfer, les malheureux qui poussent le cri,

Que dénoncent et condamnent les indécentes gloires,
Tandis que courbés et même découragés,
Les implacables sentences, les hypocrisies noires
Au vent des ténèbres croulant de préjugés,

Des hommes périssent d’avoir sans doute été fidèles,
Au cœur de leur vie quotidienne, tels des héros,
Lors que les blanches colombes, d’un puissant tire-d’aile,

Délivrent les âmes recluses ; les chaînes et les barreaux,
Des prisons que l’on voudrait percluses d’orgueilleuses
Visions ; mais ceci n’est certes pas semences trompeuses.

L’Existant

Le mystérieux sixième sens de la Dame à la Licorne

L’Existant :
Des Trois de l’énigme,
Au Ternaire,
L’Existant de par sa nature à exister ;
Puis L’Existant en la représentation de L’Existant ;
Puis Fécondité de L’Existant en L’Existé.

Cette prodigieuse énigme est dans la nature contemplative des choses, car du néant il ne saurait être ce qui apparaît et dès lors que la chose est chose en soi, elle lève son regard en L’Essence des choses apparues, car sans Existant, il n’est aucune possibilité de nier cet Existant et lors toute négation entraîne une affirmation. Le Poète naît dans la fécondité de ce qui apparaît depuis cette possibilité d’apparaître. Ainsi, Il entre en L’Origine des Noms. La Lettre devient Image et L’Image devient Le Verbe. Il parle, non pas à partir du Rêve, mais bien à partir de La Réalité en substance, comme les mots font SON-ECHO en Son CORPS-ARCHE de L’Autre Monde, Devenir au sortir de La Caverne. Telle est La Verticale qui a su rompre avec l’opacité mentale des représentations.

 

Le petit semainier

Keith Nash , aquarelliste britannique contemporainKeith Nash , aquarelliste britannique contemporain

Dimanche (22/12/2019)

Le temps a soufflé, 
Le vent a éternué.
Quand viendra donc l’étrangeté
De tes yeux bien avisés ?

Lundi (23/12/2019)

Les plaines effleurent
Les champs de l’hiver
Sans que l’oiseau 
Ne fuie son Azuré.

Mardi (24/12/2019)

Notre ivresse au silence,
S’émeut de Ta Grâce, 
Et ces vagues t’embrasent,
Au soleil du Regard.

Mercredi (25/12/2019)

Sérénité de l’écrin,
A la Topaze,
Des rayons de notre entrain,
Quand ton âme s’est épanchée.

Conte de Décembre : l’enfant de la forêt magique (1)

Illustration de Tae

Il me vient ce petit conte, que j’ai retrouvé sur un parchemin, enroulé bien sagement dans le vieux tiroir de la maison du fond des bois, et ce conte est l’histoire étonnante d’une vision encore plus étonnante, qui est celle de l’intériorité. Sans elle, que pourrions-nous vraiment vivre ? Il est dit dans ce rouleau qu’il y a très longtemps, il y avait une forêt magique. C’est là que naquit un élément très pur, que nous appellerons enfant. Nous voyons chaque jour partir des petits êtres dans les villes, très tôt le matin. Ce sont des enfants aussi. Pourtant, l’enfant dont il est question dans cette histoire n’est pas vraiment un enfant. Il se trouve, que cet être avait la faculté de se changer de mille façons différentes. Il lui suffisait de poser son regard sur une chose, ou bien sur une créature pour aussitôt devenir cela même. Cet enfant n’était pas de ce monde. Il n’allait pas à l’école, ne traversait pas de rues bruyantes, ni ne croisait de camarades. Puisqu’il n’avait pas de forme précise, quand il voulait se reposer, il devenait terre. Quand il voulait aller plus vite, il devenait eau. Mais, s’il lui arrivait de vouloir s’envoler, il devenait air. Il prit très tôt conscience de ces sortes de dispositions. Imaginez-vous comme il se sentait profondément heureux et libre ? Chaque chose, il la vivait en lui, sans même comprendre qu’il y avait un extérieur, ou bien un intérieur. Pour le moment, il aimait rester dans la forêt profonde. Il se sentait à explorer l’inexplorable. Plus tard, il découvrit le feu et son pouvoir. Ce fut une de ses plus extraordinaires expériences. Il prit tout son temps, car, peu à peu, il comprit qu’il pouvait simultanément devenir plusieurs choses à la fois. La terre lui conseillait de toujours prendre le temps, et le temps le donnait au silence. Il devenait frémissement léger du vent, et aussi les feuilles dans les branchages. Chaque fois qu’il posait son regard, il apprenait encore mieux à voir, à sentir, à goûter, à saisir, à chanter, à danser.

© Océan sans rivage, Conte de Décembre : l’enfant de la forêt magique