Digression (27)

Assise sur ce banc qui fait notre saison, nous comptons chaque petite goutte de pluie comme une effervescente cérémonie, de calme, de droiture et de joie. Nous échappons au moindre des bruits du monde. Combien de fois me suis-je retrouvée sous le platane du Jardin des Plantes ? Je n’ai pas toujours su donner aux arbres leur nom. Mais ai-je jamais manqué de saisir les palpables rugosités de l’écorce ? J’embrassais les feuilles et les fleurs. La guirlande de pluie sur la fenêtre, au matin, est un doux présage et j’observe la lumière du jour, perles nacrées du soleil caché derrière le voile nuageux. C’est ici que la crucialité nous saisit, sans détours. Voici que s’étourdit un pinson mystérieux enveloppé de branchages. Le moineau se baigne dans une flaque d’eau et nettoie avec minutie ses petites ailes. Tout a vacillé, et nous nous sommes échappée, tout en restant en cette Assise. Quel est donc ce navire imperturbable, ce Lac dorénavant stable ? Il n’est plus aucune émotion, si ce n’est ce Souffle puissant, à peine imperceptible. Beauté enchanteresse d’un monde véritable, d’une Terre promise. Sororité et fraternité des arbres balanciers : le cœur n’a pas changé. Il n’est point besoin de parler, ni d’écrire. L’instant est ici d’importance, relié au Ciel d’Amour. Unité et constance. Nulle trahison, ni corps mutilé, mais bien fervente Reliance, car la peur, aujourd’hui, est une drôlesse qui nous fait rire. J’embrasse Le Sol où je suis née et j’embrasse la vétuste fragilité de nos cœurs ensemencés. Sachez qu’en définitive, il n’est qu’un seul instant ; tout le reste est agitation.

Digression (26)

Peinture de Mark Arian

La guitare gratte quelques airs sur les cordes ivres alors que le balancement du corps ne s’est point séparé, ni d’ici, ni d’ailleurs et qu’il vit jusqu’au bout des doigts son étrangeté. Je n’ai pas su retenir la joie qu’aborde chacun des sens alors que la vie prête avec allégeance les couloirs diffus, quelques fois éclairés par une myriade d’étincelances, mais les pas et les silhouettes éthérées ne savent pas toujours déraciner l’opprobre. Il est vain de deviser avec la vie, elle est la première qui a parlé. Je l’entends souffler et nous révéler les plus infimes secrets et lorsque nous parlons, nous sommes à peine effrontée. Je m’en voudrais de vous voir disparaître dans les nébuleuses galactiques et alors que je me suis assise face à vous, j’ai reconnu chacun de vos gestes. Il me plaît à mon pauvre petit être de me noyer dans vos yeux si sérieux et il me plaît à moi de m’y promener, puis de regarder la vie qui vous a submergé. Oui, il me plaît infiniment de vous rencontrer et de parler, à vos côtés, par le biais d’un regard furtif et de vous compagner. Il me plaît de veiller au milieu des fétuques et que vous me parliez des lapins qui mangent l’herbe grasse et les immenses trèfles qui ont abondamment proliférés. Il me plaît de m’asseoir sur le banc d’un jardin secret, et que vous leviez le bras lors qu’un pli sillonne votre front halé par les nombreuses années. Je ne vous dis pas tout, je vous parle dans le silence et je vous dis ces choses pour ne jamais les oublier. Chaque moment est un prétexte pour vous visiter. C’est ainsi, je n’y peux rien. Alors petit être s’adresse à petit homme et ne peut plus le quitter. Vous m’avez dit : L’Ami est fidèle et je sais qu’il s’agit d’une promesse qui vient depuis fort longtemps, depuis qu’un certain jour a vu naître le rayonnement crépusculaire et que nos mains s’étaient liées par le serment de loyauté. Qu’est-ce donc que l’Amour, s’il n’est pas une éclosion d’Amour dans L’Amitié ?

Digression (25)

Aquarelle de Cindy Barillet 

Quand la lumière chante l’implacable danse de la pluie, sur les toits et tout au fond des bois ; quand le grenier tremble de notre émerveillement serein, vif, exalté ; quand je prends la main de petite sœur et que la joie nous arrache presque des larmes effervescentes d’amour et que tout nous semble d’une limpidité emphatique. Je n’ose prononcer le seul mot qui pourrait briser l’émotion vive d’un bonheur diffus. Le rire est la cascade d’une gloire méconnue et peu importe si nous ne savons rien, peu importe si nous finirons ridés sur les plis incroyables du temps, l’enfant ouvre les yeux d’amour et le père entre avec une multitude de lumière, quelques brins de muguet et sa propre légèreté. Nous dessinons dans la chambre, ma sœur et moi, des fleurs : le lilas qui se penche, les gueules de loup au velours secret. Tous les noms que les fées ont saupoudrés d’irréalité. Je m’évade dans les gouttelettes et je rejoins le cœur pur qui m’attend, là-bas au bout du chemin. Nous conversons longtemps et nous nous endormons avec la petite chanson du mois de mai, les lanternes de notre sororité. Dans le rêve, je replace une fourmi égarée sur son chemin, et j’admire, ça et là, les papillons de nuit. Ils sont étonnamment secrets et je ne sache pas plus grande hébétude devant les choses que nos yeux ont caressées. Entends ! C’est encore la réalité éternelle du cœur ouvert. J’aimerais tout vous conter, tout vous ensemencer de mots fluviaux qui parfument les pétales pudiques de nos découvertes. Perdue en haut de la colline, mes yeux rient. Jamais je ne t’oublierai, Ô Joie exaltée ! Ô Épanchement ! Ô Vibrations ! J’ai fait courir, sur la soie, les couleurs du pinceau d’Amour et des pinsons de gaieté. La fauvette nous rattrape et nous confie le doux secret. Ne l’avez-vous donc pas découvert, ce Mystère ? Des petits cailloux égarés pour vous… Je ne reviendrai pas ; je ne reviendrai pas. Telle est ma joie !

Peinture de Vladimir Gusev

Digression (24)

jody bergsma art #wolves; owl; deer; raccoon; man;

Nous finissons par jouer, tremblant au souffle du roseau, et d’incantations délicieuses, nous laissons le soleil advenir de splendeur en sa demeure intrigante. Il est une sorte d’éloge qui vient depuis l’autre rive, quand L’Ailleurs est une Danse. Je reviendrai, petit homme, chaque matin, je reviendrai vous attendre sur le chemin, quand se croisent les aubes naissantes de nos lendemains, je reviendrai, sans jamais lâcher votre main, au silence de l’arbre qui vient. Je n’ai pu oublier les paroles du sage que nous croisions ensemble sur le chemin, feutrés des pas du loup, de l’ours et compagné par la Dame blanche. Il nous en souvient comme d’hier, quand au loin, j’entendais les larmes d’une brume qui proclamait tout de même l’enchantement. Les chérubins se bousculaient secrètement devant le fameux repas de nos noces et nous soupirions en ce sourire cristallin. Nous leur avions fait le récit mirifique des fruits géants, fruits que l’on ne devait pas approcher, sous aucun prétexte. Car il s’agissait de monstres légendaires qui s’étaient malicieusement déguisés pour tromper les petits enfants. Mais, chut ! Rien ne nous embarrasse autant que les cous rigides et les nuques raides. Je cite vos paroles, petit homme. Quand j’étais confinée dans le salon familial, éclairée par une simple lueur de bougie, je lisais les contes des vieilles terres. Pourtant, il m’arrivait de me laisser distraire par cette flamme que je rapprochais le plus possible de mon livre pour être ainsi mieux éclairée, et la cire ruisselait de pâleur jaunie. Petit homme, c’est dans cette alcôve que nous fîmes nos vœux. L’Amour culmine mais l’Amitié est le sublime parachèvement de toute rencontre. Voyez comme les feux follets sont les complices de notre sortilège. Vous ai-je raconté le récit de ces anges qui tenaient patiemment les plats du dîner et comme il nous en coûtait de ne pas alléger leur service en finissant le repas plus vitement ? Nous les cherchions dans les étoiles blanches et la neige chantait des paroles parfumées au goût de l’autre monde.

Digression (23)

L’orage craquelle le ciel de lumières éblouissantes, et les toits se confondent sans ménager l’instant. Ce matin, nous étions à marcher sur les feuilles odorantes, puis de nouveau comme facétieux, le lutin vint nous rappeler les bois humides et les gouttes saupoudrées de soleil flamboyant. J’ouvre la fenêtre pour ne pas perdre un seul des grondements, là-bas, ceux des montagnes environnantes, et le ciel de se morceler de pâleur, enfilant les lueurs, tissant en l’abstraction les perles de chaque senteur. La pluie donne au mur d’en face des couleurs qui tracent des morceaux de sueur et le lutin m’amène comme par magie dans le pays des fleurs. Ne sont-elles point fanées, demandai-je, surprise. Nenni, il est une bougie dont l’étincelle a le pouvoir d’aviver chaque chose et les fleurs jamais ne meurent. Du moins, l’on dit qu’elles se renouvellent chaque fois que le vent qui souffle vient de la lointaine Arcadie. Alors, j’acquiesçais car le lutin dit toujours vrai lors qu’on lui pose une question. Ses réponses vous marquent pour toujours. Il sait quand tremble la terre, et quand les nains viennent jouer dans la nuit claire. Il connaît les maisons des petites fées et quand vous avez soif, très soif, il vous présente un bon chocolat parfumé de cannelle. Certains lutins vous préparent, dans les règles de l’art, du thé noir sucré de lait. Un délice. Tiens petit homme, le ciel s’éclaire au soir tombé et les nuages mélangent des couleurs allant du gris au rose incendié. La saison a ses humeurs et nous voilà à reposer près de l’âtre tandis que trois flammes chantonnent, trois flammes qui font le gué. Merci petit homme pour m’avoir compagnée lors que les toits ondulent sous le crépuscule, comme étonnés.

Digression (22)

Illustration de Anton Lomaev

Le Jardin n’est pas muré, mais il se voudrait de vérité établir chaque pierre, et d’angle appeler l’incisive beauté. N’en doute pas : les mots ont forgé chaque instant. Je n’y reviens pas. Il est ce qui se présente à mon âme, car je suis une pierre que l’on fend comme l’on fend du bois et mon arbre solitaire devient la raison qui me pousse jusque dans la forêt. J’y suis. Du lieu et de l’instant, les feuilles miroitent en abondance. Un Ami nous apprend à ne jamais nous défaire des liens, mais nous en délivre, tout doucement, parce que la lumière est une rencontre qui se boit incessamment dans le bouleversement d’une soudaine clairière. L’on se voudrait muet, mais le silence parle, car il est au-delà des mots, il est au-delà de l’entendement, il est au-delà du bruit, il est au-delà de l’absence, il est au-delà de la présence. Il ne s’enferme pas et chaque fois il est la jetée qui tend Le Bras. Comment ? Est-ce possible ? M’as-tu menée jusque là ? C’est pourtant la délivrance et tout s’estompe et tout revient. Le Jardin nomme les choses et devient l’infini qui découvre la beauté d’une vérité. Petit homme, je ne lâche jamais ta main, précieuse comme une Amie qui frémit et me donne au sillon de l’âme qui fait son parchemin. Tu me dis : celui qui a cultivé son moi, récoltera son moi. Et je sursaute à peine. Le Temps est un frisson sur L’Eau qui danse. Elle jubile de joie ; Elle nous fait Sa Révérence. Des milliers de petites mains qui secouent les lumières éparses, des milliers de petites touches, à l’endroit, à l’envers. Tu me dis : fuis la compagnie des hommes. Je me détourne des leurres, mais aucun je n’abandonne. Telle est ma réponse. Alors, Toi de saisir cet instant qui sourit à ton visage et moi de comprendre. Je t’entends dire : la véritable ascèse est la vie-même. Ecoute-la, elle est à ton image. Cueille Le Jour du Trépas et ne te soucie que d’une chose : au milieu des broussailles, il est une ligne droite et lors que tu marches, trace large car d’autres marchent… Et moi de rire.

Digression (19)

Jules Bastien-Lepage - Le Père Jacques (woodgatherer), 1881Peinture de Jules Bastien-Lepage (1848-1884)

J’aime la voix paradoxale, puisqu’il s’y résorbe tous les bruits et les mensonges de tous les miroirs concaves, convexes et même ceux qui défigurent l’être singulièrement. Par elle, je t’entends et je sonde le village. J’allume chaque soir un flambeau, parce que la courcelle voit le petit oiseau roi. J’aime que dans le vent s’élance les délicats boutons de rose, hébétée par le goût de la vie abondante. La vérité est un éclat de roche, pure, sans concession, comme une longue plainte, et surtout comme le jaillissement. J’ai découvert dans le morceau de roche de quoi boire pour l’éternité. C’est une amie sauvage qui écoute longtemps et qui scrute chaque détail. Tu dis que la vérité est crue et désamorce tous les pièges au sillon des images entêtantes. Je le sais. Mais ce n’est pas elle qui me fait peur. La joie de te retrouver, la joie de n’avoir jamais rien perdu, la joie béate. Réverbération en source une, sur l’éclat des miroitements du cœur, épousé de ta splendeur, lors que des virgules articulées sur l’écume de l’océan, voient le balancier de l’horloge devenir la respiration de ma douceur. Tu ne m’as jamais quittée, tu ne m’as jamais perdue, et tu n’as jamais changé. Debout, tu attends. Assis, tu attends. Allongé, tu attends. Je n’ai pas rêvé, puisque je m’éveille de la mort et je m’exclame : tu es vivant ! Chaque bête, même la plus infime me secoue de ma torpeur, et si j’ai marché violemment dans la brume du dimanche, ce jour clame enfin que je n’ai pas goûté l’amertume et tu me disais : jette-donc ce leurre. Alors la perfection fut sublime et sur le dos d’une fourmi, de l’abeille qui butine, dans le frémissement du laurier en fleur, dans les métaphoriques soleils de l’araignée habile, les yeux devinrent deux magnifiques fenêtres ouvertes au cœur de la tombe scellant notre amitié constante. Le sépulcre n’est guère une tourmente, et je fais de lui un lit de bonheur. Chaque fois que je respire, je trouve en la mort, les yeux qui s’émerveillent de ton odeur, aspergé de l’écume, irradié de soleil, éclatant de silence, lumineux de chaleur. Le musc enveloppe délicatement ce corps et l’ambre en fait un trésor.

Digression (16)

Résultat de recherche d'images pour Peinture de Ludwig Knaus (1829-1910)

Ce sont les boutons d’or qui ont ma préférence, au milieu des trèfles dont on goûte la fleur sauvagement, dont on savoure lentement le sucre de chaque pétale mauve. L’herbe est notre tapis quotidien. Celui que nous préférons. Nous n’y échappons pas. Le voudrions-nous seulement ? Nous longeons avec une profonde gravité un mur en ruine, ce vieux muret chargé d’histoire, lors que le lierre indifférent épouse chaque pierre. Je converse avec ces dernières qui me répondent par l’insolite écho. Une voix intérieure me donne à leur dire : posé-je sur vous le regard des anciens ? Alors, elles de me répondre : n’as-tu pas compris qu’il s’agit du même regard ? J’avance timidement, retenant mon souffle, caressant de mes yeux chaque feuille, chaque arbre, chaque fleur, chaque caillou, et même les flaques boueuses attirent mon regard. Lors qu’un oiseau passe, je surprends le chêne et le salue au vent qui frémit. Je m’avance vers la sève de l’érable. De la nature, je suis friande, et l’impalpable est une promesse au détours du sentier, lors que la clairière est un miracle, logée au cœur de la forêt. Non loin, la chaleur timide monte telle une exhalaison et le lézard mordille la pierre de sa peau rugueuse. Il se faufile, surnaturel, au milieu des feuilles qui craquellent. Sont-ce des sursauts, lors que le cœur se réchauffe au goût furtif de leur passage ? Parfois, un écureuil court si vite, que je l’attrape de mes yeux amusés et ris aux éclats. Je ne voudrais jamais quitter ce lieu, dormir à la belle étoile, frissonner de froid aux heures matinales, me couvrir de quelques bruyères et m’enfoncer dans la mousse, au pied de l’arbre. C’est là que je vous surprends. C’est là que vous êtes tout entier à moi, petit être sans jamais que rien ne soit à s’évanouir aux lueurs du crépuscule. J’écoute votre chant, tandis que votre corps entier se penche et c’est aux herbes des sous-bois que vos mains parlent. Je vous vois grimper sur les rochers et suspendre votre regard lors que la mésange passe, ou bien s’agit-il de la grive ? Au loin, le coucou rompt la solitude. Un chant mélodieux se répand partout dans la forêt, tandis qu’un chevreuil vient manger au creux de votre main. Je vous ai attendu tant de fois, cachée derrière les bosquets fleuris tandis que certains insectes me chatouillaient les chevilles bien cruellement. Le soleil me mettait en nage et vous de marcher vers moi, presque nonchalamment : venez petite fille, allons cueillir quelques baies sauvages.

Виктор Бритвин - В лесу.Peinture de Victor Britvin

Digression (15)

Gustave Doré, Lancelot et GuenièvreD’après Gustave Doré, Lancelot et Guenièvre 

Il est des raccourcis qui n’en sont guère, comme il est des stratégies qui ne visent qu’elles-mêmes. Nous convenons des étrangetés qui sont à nous incessamment surprendre et ce qui semble ne jamais disparaître est aux confins des deux mondes une absoluité incontournable. La première circonstance d’une Rencontre est assurément La Rencontre elle-même. Elle est sa raison d’être, tout comme Elle est en Son Unité à se déployer en actes, tantôt nimbés de Lumière, et tantôt traversés par les vagues du rassemblement. Il n’est pas de plus grande saveur que d’être au Ciel, cet oiseau qui plane. Le Temps se suspend à ses ailes et L’Âme courtise L’Autre Monde. Nous nous laissons imprimer de Phrasées dont L’Essence a ce pouvoir de tremper par le biais d’une larme sur les parois étonnantes de L’Éternité, Celle même qui s’étend sans jamais finir et qui enlace d’effluves le cœur des êtres éplorés. Nous connaissons le sursaut des montagnes qui bouillonnent du Silence implacable. Depuis que vous m’enseignez ces choses dans l’étreinte des beautés de votre Empreinte, les perceptions s’accroissent et pourfendent les opacités du cœur. C’est ici, en ce Point, que les Joyaux pleuvent et nous offrent en chaque transparence, les mondes imaginaux, ceux de notre Arche qui vogue sur les ailes du Temps. Il n’est plus de peur, car, lors que la flèche transperce notre cœur, les ruisseaux de douleur se transforment en cordées de Lumière. Petit homme, votre parfum est entêtant, et je ne cherche pas à fuir, mais, je lève les bras au ciel et le vent danse sans briser le charme de notre enfance. Les anges ont enveloppé de promesses notre corps qui se lamente de votre absence. Or, La Présence jaillit comme une Victoire et enlace notre poignée qui danse. Maintes fois, vous voyez la petite fille qui devient cet Arbre, et lors que vous m’apprenez à contempler les choses depuis leur essence, le monde bascule et plus rien n’est comme avant. Cela ressemble aux souvenances sans pour autant être la même chose. Je goûte au Silence poignant de Révérence. Au loin, Le Rossignol scrute L’Aube et c’est Le Merle qui me fait toujours les confidences. Ne dissocie jamais, petite fille, un moment de La Présence, me dites-vous, et jamais ne te laisse envahir par la médisance. Le Royaume est une contrée qui de pureté s’efface aux yeux de l’insouciance. C’est un Cristal que Le cœur sonde en cet élan et notre Amour est Le Verbe de L’Alliance. Prends soin du Trésor. Fuis les faussetés et entre encore plus dans La Forêt de ton âme : quelque part, L’Amour est La Fleur éclose de ton Jardin. Je sais vous aimer, noble compagnon, d’un Amour si puissant, qu’il n’a plus d’âge et depuis toujours, sur les sentiers de nos pas entrelacés, j’ai chanté L’Echo de notre Rencontre. J’ai bu à la coupe de vos mains et me suis laissée écorcher par les troublantes écumes de l’occultation. Lors, je puis clamer haut et fort, qu’à vous seul, en La Lumière de Son Secret, L’Amour nous a toujours liés.

Digression (14)

Résultat de recherche d'images pour Illustration de Margaret Winifred Tarrant (1888-1959)

Souvenez-vous des rayons d’or pâle de L’Aube, des cristaux de pluie en ce temps que l’on tient par la main. Souvenez-vous des prés que parcourt le vent en rasant de trop près les herbes folles. Souvenez-vous des lapins trop sages à mon goût, au milieu des blés verdoyants, des rafales de Silence hébété tout en haut de la colline, et de la fougue ivre du printemps au Soleil de midi. Souvenez-vous du Rêve gorgé du chant des oiseaux réunis sur d’improbables arbres inondées de crépuscule, d’ondées fluides au sourire d’une lune montante. Souvenez-vous des fragments de songes envolés sur les fragiles tremblement d’une bougie, égarée sur une trop grande table. Les légendes dansaient à vos yeux éblouis et vous couriez sur les rochers des marais perdus dans la brume, lors que quelques papillons frôlaient votre rêve adouci de féerie. Souvenez-vous des plongées en ces étoiles qui vous tint longtemps en L’Apnée, peut-être même en une sorte de sursis. Souvenez-vous de votre fratrie qui vous donnait des ailes de joie sublimée par les effets de la bonté naturelle. Petit homme, vous êtes venu me chercher, vous avez bousculé ma paisible assise au fond des bois, lors que les violettes, les jacinthes embaument les étincelances amusées du soleil déguisé en rayons obliques. La libellule nous salue avec tant de grâce et le moment n’est plus d’ici et nous le savons tous. Petit homme, vous êtes tantôt assis dans le patio, tantôt vous marchez élégamment dans la forêt de l’autre rive et je vous suis par ce passage très étroit que nul ne connaît excepté quelques simples d’esprit. Vous me confiez cette grâce qui m’enivre : nul ne peut prétendre entrer en ce Royaume de la subtilité s’il n’a connu l’esprit des choses. Quel est-il exactement ? demandé-je.  Chaque grain en ce monde est une Élévation dilatée au cœur de L’Âme. Celui qui perçoit L’Esprit de La Matière, est sorti du Rêve. Mais, que représente le Rêve ? Un Long couloir d’apprentissage, ou perce quelques fois La Lumière, quand Elle n’est pas entière Guidance. Que faut-il faire, alors ? questionné-je. La suivre, même s’il s’agit d’une faible étincelle, me dites-vous avec solennité.