Juvéniles cascades

Aquarelle de Mary Marceli

Délicatesse d’une saisonnière floraison,
Qui nous a mené jusqu’aux juvéniles cascades :
L’été a ses rumeurs de foin et d’oraisons,
Et le cœur rutile d’extravagantes embrassades.

L’Amour ne manque jamais de nous bercer encore,
Vivante Lumière et Joie d’aimer entremêlées,
Juteux Zénith aux lèvres des rubis de notre corps,
L’ivresse de rencontrer Beauté et d’être touché

Par le frôlement des saveurs suaves d’une vigne.
C’est dans le cœur, le doux secret du pur baiser ;
Vives sont les ruisselantes rosées de l’Origine !

Cueillons ensemble l’essence du vrai Souvenir ;
Que nous importe un monde qui ne sait pas aimer !
Même leurs désirs insipides ont tôt fait de mourir !

La Rose

Carl Zewy (1855-1929)

Au sein d’un ancien Jardin, je vis la Rose.
Me parla-t-elle de tous ses maux ou bien des mots
Éclos de son visage vermeil, et je n’ose
Encore vous décrire ses yeux emplis d’eau,

Du rougeoyant ruisseau qui en ce doux écrin,
Disposa ses pétales de velours grenadine,
Et pour en saisir son indicible parfum,
Ne faut-il pas devenir Rose cristalline ?

Au cœur naissant, quand le Jour frémissant à peine,
Murmure ces rosées à la bouche de ces instants
Complices, entre les pages du temps que l’on pressent :

Rose, que ne m’as-tu confié, à moi, fol amour,
Tandis que chacune de tes empreintes certaines,
Ouvrent, en mon âme, les portes du voyage sans retour ?

Pèlerinage

L’Âme vibrante sur Terre et dans les Cieux s’enchante
Du goût des lierres, pendus au mur, au creux du Temps,
Si vive et si légère parmi les herbes qui hantent
Le chemin, quand subrepticement naît l’instant.

La vie est un pèlerinage qui, semblable au voyage,
Nous invite en un lieu où séjournent les Amis de Dieu,
Et de leur longue veillée est un témoignage
Que respectent tous ceux qui font allégeance aux Cieux.

Heureux ceux qui demeurent fidèles à L’Origine,
Et du Sceau de leurs écritures avivent nos cœurs !
Heureux sont les Anges dont les ailes illuminent

Les descentes du Verbe glorieux et vainqueur !
De vivre mille défaites, un jour, l’Âme s’éveille,
Et du florilège d’une graine naissante s’émerveille.

Mon Aimé

Peinture de Salvatore Postiglione (1861-1906) 

Mon Aimé, viens, jouons, cette île nous a trouvés,
Nous a couverts d’un drapé occulte et nous y garde !
Mon Aimé, aller au centre est la sauvegarde,
Et chaque instant du jeu est une éternité !

Mon Aimé, viens, dansons sans jamais nous soucier !
Notre patrie retrouvée s’amuse de notre mégarde.
Quand l’ondée céleste étend son infini cadre,
Nous voici sertis, de la tête aux pieds, de gaieté.

Mon Aimé, aimons-nous sans plus nous désunir,
Accrochés à nos souffles embrasés de désir.
Viens, volons et découvrons ce nouveau monde.

J’ai vu la colombe vêtir L’Amour de douceur,
Lors que nos âmes unies s’élancent et forment cette ronde.
Mon Aimé, entends-Tu le doux chant de notre cœur ?

Ode à la Nature

Peinture de Carlo Dolci (1616 – 1686)

Il est des âmes frêles que l’on voudrait protéger.
Il est des êtres si graciles qui viennent sans relâche,
Des mondes invisibles nous aider dans notre tâche,
Puisque leur nature éthérée connaît tous nos secrets.

Ils sèment, nuit et jour, tels des paysans besogneux
Les graines du firmament et nous mènent au labeur.
C’est à la lueur d’une chandelle, le cœur heureux,
Que l’on cueille enfin les fruits mûrs du Temps vainqueur.

Il est des instants exquis qui veulent renaître,
Dans la magie des lieux, dans le tumulte des flots,
Des parterres de lierres acres et du chant de L’Hêtre,

Des violettes insouciantes, de l’écorce d’un bouleau.
Mes joies devant La Nature, qu’aucune main humaine
N’égale, viennent me réchauffer de douceur certaine.

Warda

Éclose en vase éclos,
Du jaillissement de glaise,
Partout et au-delà des mots,
Comme trempées de braise,
Quand de grenade vermeille,
Sur les temps pliés au son d’un Glaive,
Les larmes sont moins que des oripeaux,
Car d’une argile rouge,
S’échappe la force d’un Renouveau.
Partout les cœurs s’embrasent,
Puis fusionnent dans la flamme des mots.
Mais éclos de Ton Essence,
Le Vase devient Louanges,
Serti de pierres angulaires,
Et telles des réminiscences,
Quand L’Âme appelle La Présence,
S’élance L’Arbre des Secrets.
Cette nuit, je vis cette pleine Réalité
Et bientôt, j’en parlerai, telle L’Évidence,
Lors que je sais que tu écoutes :
Plus qu’un corps, au-delà des limites,
Dans les confins du Souvenir,
J’ai chanté, j’ai chanté.
Louange à L’Invisible !
Vois L’Âme qui se retrouve
Hébétée, Hébétée !

Le grain choisit où se reposer, dans les ténèbres de la Terre, dans la chaleur du ventre de La Mère. L’Haleine suprême anime La Présence, tandis que nourri de confiance, le grain s’amollit et perd de sa résistance. La main du Jardinier est main de bienveillance, compassion et Transpir sans retenue. Le Soleil a fait une promesse, et le feu du Retour est un chemin sûr. Warda, Bien-Aimée, Ta Cordée est lancée, et la main l’a trouvée.

 

Amor et Sapientia

Embarcation flottante entre Ciel et Terre,
Quelle est la fleur horizon du doux Mystère,
Miroir glacé de quelques plissements ?
Entre savoir et Sagesse, j’écris ta bouche au firmament,
Quand d’un simple renversement,
Le Ciel est l’eau qui pourfend l’Invisible.
Depuis ce simple propos destiné aux âmes sensibles,
J’évoque ce qui n’a ni lieu ni commencement.
Sans doute est-ce la Semence d’un lointain îlot,
Perçue à l’instar des flots qui brûlent de Sapience ?
Jamais la vie ne désespère de la vie et pourtant,
Je vis, à mon insu, comme une Rose sortie des eaux,
Elle flottait à mon regard telle une simple chose,
Qui vient d’une appellation étrange et pourtant,
Suscitée par les pas en prose, je bus à son cœur au repos.
C’est là que je compris, sans m’étonner de la métamorphose,
Que notre âme souriante avait fui toutes les tourmentes.
La voici de nouveau partante, pour un voyage à l’infini,
Quand aux rives du Destin, le corps dépose ces vains propos.
Sagesse, quand Tu nous viens, Tu ruines et indisposes,
Mais comme farouche à tout emprisonnement,
Tu fais jaillir la suprême Conscience.
Là-bas, j’irai cueillir les semences du doux trépas,
Et qu’importe toutes les dérives, car la joie ne vient certes pas de moi.
Elle court sur les eaux-vives, nos cascades d’autrefois.
Mais que vaut la sagesse si l’Amour n’est pas son enclos ?

Ne considérez pas L’Amour comme un privilège réservé aux hommes. Il est sans doute une Source d’où coulent tous nos propos, et comment voulez-vous inventer telle chose, qui au profond de nos entrailles appelle et déchire certains voiles ? Sans Amour, il n’est aucune Sagesse, mais sans Sagesse, est-il un seul Amour ? Osez vous poser la question. Osez boire le Ciel et la Terre, et dites-moi ce qui vous a été révélé ? Laissez parler votre âme ou bien taisez-vous à jamais !

Florescence

Il ruisselle le Cœur qui bat,
Il ruisselle du doux trépas,
Quand le monde s’en va,
Il reste la Beauté exquise,
D’un éon suspendu de joie.
Il ruisselle le soleil,
Dans les larmes de soie,
Miel témoin de nos emphases.
Il ruisselle jusqu’au bout des doigts,
La Florescence d’une Extase,
Célestielles membrures de nos pas,
Il s’épanche ce vent diapré,
De nos rires suaves aux sucs éthérés
Quand s’élève la Coupe de nos désirs,
Mariés à Vénus et l’Éros du Ciel alloué,
Conquise au front d’un Expir,
Reprenez la douceur de notre discours,
Puis goûtez d’Amour à l’unique Amour.