Voyage au bout du monde (3)

La Tour

Les temps planent longuement au-dessus de la fameuse Tour où Aryani me mena. Elle était pour le moins insolite, car parfois, la Tour se tenait bien droite et parfois elle se penchait avec délicatesse, à l’image d’une gracieuse révérence, tout comme la fameuse Tour de Pise, vous savez… Cette Tour prenait diverses apparences selon les degrés obliques ou non des rayonnements du soleil. Tantôt elle était comme encerclée d’escaliers qui montaient en colimaçon, et tantôt elle devenait carrée. Il lui arrivait aussi de prendre d’autres formes et de changer de matière. Il émanait d’elle une réalité organique et quelque chose que je ne parvenais pas à nommer. Mais le plus extraordinaire, le plus incroyable, ce fut lorsque nous parvînmes tout en haut, et que deux grandes et merveilleuses chambres nous attendaient. Ces deux pièces se faisaient face et n’étaient séparées que par un palier exigu. Aryani me présenta la chambre de droite et me dit qu’elle m’était réservée. Je ne pouvais en croire mes oreilles et une joie débordante et inexplicable m’envahit. En franchissant le seuil, je pus observer la beauté simple de cette dernière dont les murs étaient faits de pierres.  Très peu de meubles occupaient la pièce. Un énorme coffre en bois sculpté trônait au milieu de la chambre. De grosses dalles de pierres lustrées couvraient le sol. La pièce me murmura, non, ne soyez donc pas étonnés, les mots les plus bienveillants que l’on puisse entendre et m’invita chaleureusement à entrer au-dedans, mais Aryani m’en empêcha et me prit la main afin de me mener, cette fois-ci, de l’autre côté, dans la seconde chambre. Celle-ci était bien plus richement meublée, et de luxuriantes tentures décorées de fleurs de lys sur un fond d’un vert vieilli couvraient la majorité des murs. Tout comme la première chambre, un grande fenêtre éclairait la pièce. Mais le plus improbable, le plus surprenant, c’est qu’elle était habitée. Un homme s’y trouvait et peignait sur une toile, celle-ci posée sur un magnifique chevalet, orné de pierreries de toutes sortes. Il était si absorbé par sa tâche qu’il ne nous vit pas de suite. Néanmoins, quand Aryani me fit entrer, l’homme leva son regard assez lestement et aussitôt accourut vers moi et me serra très fort dans ses bras, sans que je ne pusse esquiver son geste. Seulement, comme pour Aryani, au moment où cet homme me tint ainsi tout contre lui, je fus submergée par le souvenir d’une étreinte semblable et tout disparut autour de moi, excepté la présence intense de cet homme. Il ne faisait aucun doute que celui-ci me connaissait tout autant que je le connaissais. Sachez, cependant, que la Tour me révéla encore bien d’autres choses inouïes que je vous conterai probablement une prochaine fois…

© Voyage au bout du Monde, La Tour. Océan sans rivage.

Auteur : Océan sans rivage

Ou bien parais tel que tu es, ou bien sois tel que tu parais. Rumi

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