Conte de Décembre : l’enfant de la forêt magique (3)

Illustration de Tae

Il était incontestable que Quelque chose s’était passé, mais il fut impossible de l’exprimer, Quelque Chose d’incroyable qui s’étonne toujours de l’océan et des vagues, Quelque Chose qui donne aux écumes les dispositions du nacre. L’Amour le submergeait et il ne lui donna pourtant pas de Nom. Il le laissa se décliner dans les transparences de la fluidité. Le quotidien n’était pas ordinaire et même ce qui semblait si important pour d’autres, ne l’était en aucune façon pour lui. Il n’avait peur de rien. Il n’avait pas peur de la faim ; il n’avait pas peur de manquer. Il n’avait pas peur de la soif, ni peur de la peur. Ce n’était pas qu’il était invulnérable. Non ! Il sentait bien que les choses l’atteignaient, mais, il n’en avait simplement pas peur. De fait, il voyait bien la peur, tout en étant en elle, l’éprouvant, mais il la savait furtivement passante, étrangère et simultanément, en lui comme transformée. Parfois, il se trouvait au creux même du Centre, et parfois, il survolait ce Centre en sa verticalité. Cela formait un Cône ; cela formait aussi une Pyramide. Chaque fois, il pouvait à loisir gravir les étages et ondoyer en ces cercles tournoyants qui, tout en oscillant, restaient étonnamment stables. C’est cela qui ressemblait le plus à L’Arbre de la forêt magique. Il s’endormit et le vit comme lui-même. Tantôt son visage se tournait vers L’Occident, tantôt il faisait face à L’Orient. Le Centre de cet Axe avait réuni tous les points cardinaux et chacun devenait étrangement un seul et exclusif point. Quand il se fondit dans le regard de L’Enfant, il comprit qu’il s’agissait non pas de la chair, mais de l’esprit. Il comprit aussi qu’en entrant dans la Lueur, il avait touché la primordialité et L’Enfant n’avait plus aucun lien avec l’enfance de chair. Il n’y a aucune innocence en cet enfant-là, se dit-il. L’innocence naît dans les profondeurs de la présence, exponentiellement épanchée de présence en La Présence. Il se mit à voir. La vision devint son visage, ses mains, son nez, sa respiration, ses pas, et il ne perdit jamais La Présence, car c’est Cela la Verticalité : L’Echelle qui relie tout à chaque Chose et devient Paroles. Alors Le Verbe est inondé de L’Essence originelle et chaque parole est Le Silence qui se met à parler. Il sut en lui que plus rien ne séparerait L’Enfant de L’Âme. Il sut que La Vie est L’Amour. Celui qui pense que L’Amour meurt, n’est pas encore né*.

© Océan sans rivageConte de Décembre : l’enfant de la forêt magique 

*Petite variante possible : celui qui pense que l’Amour meurt, n’a jamais vraiment aimé…

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