Juvéniles cascades

Aquarelle de Mary Marceli

Délicatesse d’une saisonnière floraison,
Qui nous a mené jusqu’aux juvéniles cascades :
L’été a ses rumeurs de foin et d’oraisons,
Et le cœur rutile d’extravagantes embrassades.

L’Amour ne manque jamais de nous bercer encore,
Vivante Lumière et Joie d’aimer entremêlées,
Juteux Zénith aux lèvres des rubis de notre corps,
L’ivresse de rencontrer Beauté et d’être touché

Par le frôlement des saveurs suaves d’une vigne.
C’est dans le cœur, le doux secret du pur baiser ;
Vives sont les ruisselantes rosées de l’Origine !

Cueillons ensemble l’essence du vrai Souvenir ;
Que nous importe un monde qui ne sait pas aimer !
Même leurs désirs insipides ont tôt fait de mourir !

Le Temple

Dessin de Jean Carzou

Il s’agit d’un Temple qui réunit bien des hommes, ces hommes simples et véridiques, ceux qui ont le cœur transparent et savent courber la tête quand le vent souffle un peu fort. Se courber n’avilit pas le roseau. J’ai découvert ce Temple, tantôt : il se dressait au cœur de la nuit forestière. Mille et un secrets dansaient semblables à une myriade de lucioles. Cela bourdonnait très gracieusement. Le centre de cette merveille rayonnait tel le plus énigmatique des cœurs. Ou bien était-ce le rubis d’un porteur de soie ? Je me suis assise sur l’herbe tendre et me suis lentement endormie, bercée par les effluves sonores du crépitement nocturne. Sentez-vous cette pure rosée suinter dans le cristal d’Amour ? C’est de ce Temple dont il s’agit, celui que j’évoque présentement. L’on me fit le récit d’un voyageur porteur d’une lumière rare. Il était allé très loin, sans doute en des contrées qui nécessitent de franchir certains ponts atemporels. Son corps avait réussi à se transformer en cellules crépusculaires. Il avait appris à chanter les aurores au son de vibrantes flûtes que l’on avait sculpté dans un bois précieux. Ce bois, vous ne le trouverez jamais ici, puisqu’il s’agit d’un bois issu d’un arbre occulté depuis fort longtemps déjà. Un jour, cet arbre comprit qu’il fallait enfin que les hommes retrouvent le chemin du retour. Mais cela ne pouvait être révélé qu’aux plus aventuriers. Sachez bien mes amis, que l’aventure est, dans notre récit, une entreprise hardie et parfois même dangereuse. Pour s’y engager, Il faut littéralement apprendre tous les codes spécifiques inhérents à ce périple. Nul ne peut, en effet, déjouer les périls s’il ne traverse pas tout d’abord le grand Labyrinthe. Ce voyageur, que nous avons évoqué plus tôt, avait rencontré un sage et celui-ci lui avait remis, à son grand étonnement les clés les plus improbables, puisque ces clés lui permettaient d’entrer dans les mondes subtils et d’en sortir à sa guise. Mais il me faut vous le dire : rencontrer un tel sage n’est pas donné à tous. Il faut avoir la ténacité et la pureté des humbles et des innocents. Ce sage qui attendait son élève depuis des millénaires avait fini par ressembler à un arbre et quand un oiseau se posait sur son bras asséché par le vent, l’homme entamait le plus enivrant des chants et tout, autour de lui, verdissait et fleurissait. Il s’agissait d’un pur enchantement. Voici que la rencontre la plus improbable eut lieu, quand notre voyageur avait fini par succomber au malheureux sortilège du désespoir. L’arbre se leva et lui tendit, sans un mot, les clés magiques. C’est par ces clés que notre homme vécut les plus extraordinaires et les plus bouleversants voyages. Sachez cependant, qu’il revint au pays avec cette lumière et qu’elle devint un Temple à La Gloire de L’Amour. Mais n’allez pas vous tromper : il ne s’agit pas de n’importe quel sorte d’amour. Je vous parle de La Lumière d’Amour. Celle qui vous laisse hébété, celle qui vous fait oublier ce qui n’a pas lieu d’être et qui vous donne toutes les extravagantes audaces.

Océan sans rivage©Conte de Terre du Milieu.

Chant d’une fille

Ecrit le 17 décembre 2017, en hommage à ma tendre mère.

J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
J’étais à rêver doucement des flux de L’Océan.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
J’étais à sentir Ton Cœur à L’Unisson du mien.
Il arrivait que le ruisseau des chants de Ta Bienveillance
Me donnait ces langueurs.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère
Et je dansais en Ton Balancement.
Tu m’as chanté Les Paroles de L’Au-delà,
Puis Tu as baisé mon visage.
Je suis encore en Toi, Ô Noble Mère !
Tes caresses m’enlacent et je Te vois.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
Et c’est ainsi que les larmes ont étreint mon Âme,
Du Vivant de Toi, j’ai épousé les contrées lointaines.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère
Et Tu me contais les images de La Sublime Vision.
Des prairies florales et des nuits de Tes Voiles,
Je courais ici et là, et Tu riais de Joie !
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
C’est Toi que je vis en Moi.
Tes rires sont des perles que Tu trouves en Ton Sein
Et je savoure chaque instant qui est de Toi, mien.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
J’étais et Tu étais en Moi.
J’ai chevauché les nuages de Ton Lever
Puis j’ai vibré des Cantiques du Ciel de La Mort.
Tu as dit : entends, puis chante ces Paroles qui sont Ma Semence.
Ma Terre est fertile des rivières de L’Abondance.
La Mort n’est pas celle que l’on croit.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
Tu n’as jamais cessé de me prendre dans Tes Bras.
J’ai rencontré L’Ours Éternel et Le Renard des Bois.
Ils ont longtemps parlé et m’ont confié Le Livre d’Argent.
Il porte en Lui des vallées innombrables et le voici sans fin.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
Je n’ai pas cessé une seule fois.
Je chante Les Anciens.
Je chante pour toi et pour toi.
J’étais en Ton Ventre, Ô Mère !
Je n’ai jamais perdu Le Présent.

Je suis en Ton Ventre, ma fille, ne le vois-tu donc pas ?

La Rose

Carl Zewy (1855-1929)

Au sein d’un ancien Jardin, je vis la Rose.
Me parla-t-elle de tous ses maux ou bien des mots
Éclos de son visage vermeil, et je n’ose
Encore vous décrire ses yeux emplis d’eau,

Du rougeoyant ruisseau qui en ce doux écrin,
Disposa ses pétales de velours grenadine,
Et pour en saisir son indicible parfum,
Ne faut-il pas devenir Rose cristalline ?

Au cœur naissant, quand le Jour frémissant à peine,
Murmure ces rosées à la bouche de ces instants
Complices, entre les pages du temps que l’on pressent :

Rose, que ne m’as-tu confié, à moi, fol amour,
Tandis que chacune de tes empreintes certaines,
Ouvrent, en mon âme, les portes du voyage sans retour ?

La caravane passe

La caravane passe,
Tremblant le soleil,
De tous les horizons,
Sanguinolente danse,
Dans l’effondrement d’un monde,
D’une puissante indolence,
En ondulations submergeant l’onde,
Témoignage de notre silence ;
La caravane passe,
Meurtrissant ces dunes sauvages,
Et le pont frôle notre Aube naissante,
Au sein même des effluves du mirage,
Quand dardent les rayons,
Sur le lac marbré de sable,
La caravane passe,
Indifférente aux affres,
Lors que crissent les pas des chameaux,
Et que les grains glissent sur la peau,
De ton effervescente constance,
Mais la caravane passe,
S’unissant au vent,
Durant la veille transpirant tel un sevrage,
Nos mots jaillis dans l’étrange phrase,
C’est là qu’au creux de la dune,
Danse encore notre fièvre opportune,
Qu’avive l’affleurement nocturne,
Puis que la lune enveloppe le jour
D’étoiles virginales
Tandis que souffle encore le murmure
Et rappelle un feu étrange,
Prégnant de notre Amour
Emprunt de douceur suave
Mais vois-tu,
la caravane passe.

Mon Aimé

Peinture de Salvatore Postiglione (1861-1906) 

Mon Aimé, viens, jouons, cette île nous a trouvés,
Nous a couverts d’un drapé occulte et nous y garde !
Mon Aimé, aller au centre est la sauvegarde,
Et chaque instant du jeu est une éternité !

Mon Aimé, viens, dansons sans jamais nous soucier !
Notre patrie retrouvée s’amuse de notre mégarde.
Quand l’ondée céleste étend son infini cadre,
Nous voici sertis, de la tête aux pieds, de gaieté.

Mon Aimé, aimons-nous sans plus nous désunir,
Accrochés à nos souffles embrasés de désir.
Viens, volons et découvrons ce nouveau monde.

J’ai vu la colombe vêtir L’Amour de douceur,
Lors que nos âmes unies s’élancent et forment cette ronde.
Mon Aimé, entends-Tu le doux chant de notre cœur ?

L’Océan

Peinture de George Frederic Watts (1817 –1904 )

Connaissez-vous Amour qui vint de L’Océan,
Et connaissez-vous ses vagues insoutenables,
Se fracassant sauvages sur les fragiles flancs,
Faisant chavirer ses lourds flux insatiables ?

Quand une vague passe et que l’autre vous submerge,
Sans laisser de répit, ou si peu, lors que vous soufflez,
Connaissez-vous cette folie qui vous bouleverse,
Ces menus détails qui vous laissent comme dispersé

Aux quatre vents ; et quand Amour vous offre ses Bras,
Dans sa troublante Force baignée de pure Lumière,
Et vous écartèle, puis que le cruel trépas

Vous fait basculer sur des rives singulières,
Vous gisez ainsi haletant, sans plus penser,
Lors que du corps dissous, jaillit l’Éternité.

Elfe

Être elfique
L’Ondée dans les brumes promises
Au soleil levant
Je T’ai surprise
Et nous avons dansé
Toi rosée et moi éprise
J’ai couru dans les prés
Des mûres conquises
A la bouche juvénile
Mon Elfe des sous-bois
J’ai croqué les cerises
Juteuses de tes rubis
Juteuses de ton ivoire
Et la main dans la main
Cette balade pleine de surprise
Ivres du vent ombragé de tilleul
Elfe de notre Joie
Je danserai avec Toi.

Chemin de vie (3)

Peinture de Auguste Toulmouche (1829-1890)

Il n’est pas un détail qui nous semble anodin :
Cela naquit dans le sein complice de l’enfance,
Quand la mère nous submergeait de son doux parfum ;
Aujourd’hui encore suave est sa présence.

Sa grâce traverse tous les âges et ses tendres mains
Ont marqué mon être à tout jamais par leur douceur.
Douce est cette femme aux gestes lents mais plein d’entrain,
Son visage lumineux, la finesse de son cœur.

Elle pliait le linge ; j’y plongeais sans retenue.
Chose peu commune, sa silhouette nimbée de lumière
M’enthousiasmait et me transportait dans les nues.

C’est une Reine qui régna en mon cœur amoureux.
Elle éveilla en moi cette grâce singulière,
De nourrir pour l’instant, un Amour mystérieux.

 

©Chemin de vie, La Mère.

Le Chant du Barde

(Saison 2)