Oh ! Quand tu n’auras plus rien

Magnifique coucher de soleil, n'est-ce-pas ?

Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Quand les écumes auront creusé leurs sillages,
Quand les encres auront séché sur les rivages,
Que les larmes auront formé des volutes de fumée insensée,
Que les coquillages auront perdu aussi leur nacre.
Oh ! quand les voix s’élèveront et que la pluie aura trempé le lit de ta mendicité,
Quand les corps auront vaillamment quitté le naufrage,
Des morceaux du navire éparpillés,
Et que l’astre aura tracé le passage,
Dans les tourmentes du vent déchaîné,
Et que les nuits auront vomi les incohérences.
Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Et que chaque vague surgie au matin,
Fracassant les limbes du dernier refuge,
Et que le monde vociférera les pleurs des affamés,
Quand le jour sera semblable à la nuit,
Que les sanglants sanglots auront vidé les cœurs égarés,
Que les stupeurs gagneront la foule délirante,
Quand la sève des arbres brûlera de douleur.
Oh ! quand tu n’auras plus rien si ce n’est la voûte des étoiles,
Et que les poussières te rappelleront les heures de ta nudité,
Quand le bien ne sera plus qu’un abîme dans les plaies de l’âme,
Viens, viens, je nous serrerai tout près,
Et je te chanterai encore les larmes,
Et je te dirai mon Mystère,
Qui des sublimités, accueille encore d’autres mystères,
Et d’être né, il est le Chant puissant et invaincu de L’Êtreté.