Histoire de fous

 

Par Mehmet Akin

Un fou rencontre un autre fou. Il lui demande sans détours : à quoi te sert d’être nu si ton âme ne l’est pas ? Tes haillons et ta forme sont déjà une vêture de trop. Tant que tu n’es pas à l’abri des regards, tu es encore trop habillé.

Alors le sādhu le regarde avec étonnement mais lui répond simplement : tu as raison mon frère et je suis en route…

Amor et Sapientia

Embarcation flottante entre Ciel et Terre,
Quelle est la fleur horizon du doux Mystère,
Miroir glacé de quelques plissements ?
Entre savoir et Sagesse, j’écris ta bouche au firmament,
Quand d’un simple renversement,
Le Ciel est l’eau qui pourfend l’Invisible.
Depuis ce simple propos destiné aux âmes sensibles,
J’évoque ce qui n’a ni lieu ni commencement.
Sans doute est-ce la Semence d’un lointain îlot,
Perçue à l’instar des flots qui brûlent de Sapience ?
Jamais la vie ne désespère de la vie et pourtant,
Je vis, à mon insu, comme une Rose sortie des eaux,
Elle flottait à mon regard telle une simple chose,
Qui vient d’une appellation étrange et pourtant,
Suscitée par les pas en prose, je bus à son cœur au repos.
C’est là que je compris, sans m’étonner de la métamorphose,
Que notre âme souriante avait fui toutes les tourmentes.
La voici de nouveau partante, pour un voyage à l’infini,
Quand aux rives du Destin, le corps dépose ces vains propos.
Sagesse, quand Tu nous viens, Tu ruines et indisposes,
Mais comme farouche à tout emprisonnement,
Tu fais jaillir la suprême Conscience.
Là-bas, j’irai cueillir les semences du doux trépas,
Et qu’importe toutes les dérives, car la joie ne vient certes pas de moi.
Elle court sur les eaux-vives, nos cascades d’autrefois.
Mais que vaut la sagesse si l’Amour n’est pas son enclos ?

Ne considérez pas L’Amour comme un privilège réservé aux hommes. Il est sans doute une Source d’où coulent tous nos propos, et comment voulez-vous inventer telle chose, qui au profond de nos entrailles appelle et déchire certains voiles ? Sans Amour, il n’est aucune Sagesse, mais sans Sagesse, est-il un seul Amour ? Osez vous poser la question. Osez boire le Ciel et la Terre, et dites-moi ce qui vous a été révélé ? Laissez parler votre âme ou bien taisez-vous à jamais !

Rêves sauvages

De Stan Miller

Quand une femme donne son cœur sans même l’espoir
Des secrets vifs d’un retour dans l’antique demeure,
Prompte à livrer la douceur de chaque trouble regard,
Devenue tel un Cygne, la plainte de celle qui meurt ;

Quand elle donne sans compter ce qui noue son Destin,
Ravie à l’improbable, le fil tendu d’un labyrinthe,
Lors que le vaisseau gracie l’océan sans fin,
Que devient son âme et que deviennent ses plaintes ?

Vous m’êtes sans nul doute une aube pour qui l’on veille
Durant la nuit sans que rien ne trahit mon tourment,
Que donnerai-je pour n’être qu’un langoureux sommeil ?

Mais vous au milieu, allant toujours droit devant,
Impassible, vos yeux perdus dans les rêves sauvages,
M’apprenez que la vie est un apprentissage.

Conte des sept Orients

Algérie algeria peinture enregistré par adel Hafsi

Il était une fois un petit garçon, le benjamin d’une grande fratrie, qui avait l’âme et l’esprit vif. Il aimait escalader les clôtures, se promener sur les poutres des vieilles maisons, et faire quelques bêtises de son cru dont il ne mesurait pas toujours la portée. L’enfant n’était pas mauvais. Il était juste parfois distrait et compensait cela par diverses activités, toutes pour le moins étonnantes. Sa grande sœur avait toujours un œil sur lui. Pourtant, il arrivait qu’il échappât à sa vigilance. Voici que ce jour-là, notre drôle s’était emparé du tuyau d’arrosage, après avoir ouvert le robinet, et qu’il s’était mis à asperger partout, le sol, la terre et même les murs, sans aucune retenue. Le soleil était ardent au zénith. Tout le monde était à l’abri à l’intérieur, dans la fraîcheur des volets clos. La petite ville semblait déserte. Pas un chat n’avait osé braver les rayons cuisants du soleil ! C’est alors qu’un homme vêtu de blanc, comme ayant surgi de nulle part, interpella le petit et lui demanda de lui offrir un verre d’eau. Aussitôt, ce dernier lâcha le tuyau d’arrosage et se précipita dans la maison afin de chercher le verre. Mais quand il revint, il assista à un étrange spectacle : l’homme immaculé de blanc était à plat ventre et lapait l’eau d’une flaque. Puis, comme si de rien n’était, se redressa et s’en alla sans dire mot. L’enfant, mal à l’aise, comprit intuitivement la leçon. Durant de longues années, dès que midi sonnait, il se mettait au seuil de la porte pour le guetter, mais jamais plus il ne revit l’homme vêtu de blanc.

Océan sans rivage© Conte des sept Orients, le petit garçon et l’homme vêtu de blanc.

Histoire de fous

“La route de Samarkand” de Roland et Sabrina MICHAUD, Ed. du Chêne, 1983.    Janvier 1981, San’a’, Yémen du Nord. Musulman yéménite.

Ce jour-là, le fou avait placé une pile de livres devant lui et la tête dans l’un d’eux marmonnait des phrases, tout en tournant les pages avec l’air le plus sérieux. Son ami le rejoignit et lui demanda ce qu’il faisait :
– Ne le vois-tu pas ? Je m’instruis.
– Pour quoi faire ?
– Je veux devenir un sage. Un grand homme !
– Mais, tu te trompes l’ami, le sage n’est pas un grand homme.
– Comment ça ?
– Je viens d’en rencontrer un. Il était tout petit, tout petit…si si je t’assure.

Rêve d’un Barde

Watercolour by Andrzej Rabiega.Aquarelle de Andrzej Rabiega

Tel l’immense vaisseau, Ton Rêve fut aussi le mien ;
Infime en Ton Ciel, je n’en voulus pas un autre.
Souvent de mes secousses, nous nous sommes tant étreints.
Je me suis cognée en Tes vagues qui furent les nôtres.

C’est la mouette jolie suspendue à Tes Nouvelles,
Qui me fit lever la tête et partir au loin.
Des écumes voilées de nos yeux, soies naturelles
De nos limites, quel monde a donc surgit soudain ?

Rêve encor de moi, Ô mon Âme, et me caresse
De l’ignorance qui devint muette interrogation !
Le cri de la mouette révéla la maladresse :

C’est en ce déchirement que jaillit la provocation,
Et à genoux, j’aimai que La Lune apparaisse
Car en Elle, mon cœur s’ouvrit à Ta pleine Sagesse.


Le Barde a quelque Chose du Rêve éclos, et l’on dirait que souvent, en ce Temps, il marche sur l’autre Rive et poursuit comme une chimère, les promenades du reflet d’un océan : telle est soudain la question qui se suspend aux mots que butinent sans cesse quelques glissements, savamment enfuis sur le sable fin qu’efface le doux silence. Il n’exclut aucun moment et s’abandonne au vent qui joue avec les cordes d’une Lyre que l’on ne voit qu’en Rêve, et sache pourtant que du Rêve, il est un firmament qui devient Le Miroir du Présent. Alors, le Rêve n’est plus un Rêve, mais plutôt Le Jaillissement d’un perpétuel Commencement…

Allégorie du Jardin de L’Âme (27)

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-L’Améthyste-

Si tu marches légèrement, si tu poses ce pied en toute acuité, si tu te relies au Jour qui naît, si tu surprends L’Âme expansive en La Nuit de Ta Veillée, si tu prends la chandelle et la places là où le papillon n’a aucunement peur de se brûler, si tu deviens le Regard de La Béance qui te donne au mystère du cœur palpitant, si tu ouvres grand la porte à la seconde féconde, si tu entends le bruissement au goût du vent, si tu irrigues les âmes éplorées, si tu ne crains de mettre ton cœur au supplice de L’Abandon, si tu agrées de rester au seuil, si tu fais fi de tout formalisme, entends donc les vestiges crépusculaires à l’orée du Jour.

Je ne suis pas venue au monde mais Il est apparu et Sa Splendeur nous captive depuis de nombreux siècles, depuis les temps immémoriaux, depuis les temps qui ne comptent plus le temps, enlacés de Présence. Je ne suis pas venue au monde, ni ne suis née, Seule Sa Réalité, manifestée, épanchée d’expansion s’est existenciée en cette multiplicité de parfums. Des codes chevaleresques, le sillon est tracé, jusqu’à ce que s’effacent les traces de ce sentier. Lors que L’Évanouissement est l’étape ultime, il est soudain à se comprendre que la mort est La Vie. De ne pas être ingrat est le mot d’ordre. Maintenant, je vais te parler de L’Accueil réverbérant des sagesses effeuillées aux bouches écorchées de tes mots répétés, litanies de sens et rappel au corps de La Luminescence. C’est en secret que Le Jasmin s’est enfin disposé à nous évoquer les capiteuses pensées du bourgeon. Des ustensiles que l’on nettoie en ce désert vif de La Présence de La Lumière et que se répandent alors, en ondes de Lumière, les salutations vénérables au Bleu manteau de L’Azuré, car de lui j’ai suivi les pas et j’ai embrassé le sol de Son Empreinte. Jasmin des rochers parcellaires et des ruptures d’espace, en ce mausolée. Des parterres de soierie vertes ondulent et le ciel s’ouvre à Sa Majesté. Il flotte cette vérité implacable, pliée aux senteurs des années qu’occulte Son Mystère. Ceci est un Récit qui vient des veillées de L’Âme. C’est depuis Le Monde de Son Intériorité que La Connaissance se déploie et se lit. Le Parchemin est un Corps dont La Semence est Clarté et Vision. Des couleurs qui s’interpénètrent en ces yeux clos : De couleur Blanche puis de Jaune, enfilant la pierre de L’Améthyste. Du vert de Ton Éclosion flotte un étendard de Rubis flamboyant. Il tournoie. Je l’ai vu en cette atemporalité. J’ai vu le faux, l’usurpateur qui prétend donner au Vivant Le Pouvoir dont il n’a nulle science. Telle est La Confidence de La douce et effusive Améthyste :

Je suis abrupte et de couleur secrète. Ma Finalité est en ce Discours énigmatique, mais les prismes de Lumière en mon étincelance ont pour effet de rendre à La Lumière Primordiale les Réalités sans fin du Discours essentiel. Sept évolutions en chacune des sphères concomitantes et le silence des ignorants est mutisme impénitent. Ma Force vient de l’imperturbabilité contre les forces obscures et au secret des ruisseaux de L’Alchimie elliptique, je fais usage de La Sagesse vive qui exclut toute forme d’ivresse, lors que je rétablis en vibration les subtilités sous la forme de La pleine lucidité. Mon acuité perce les mystères de La Traversée et je donne à qui le mérite le flambeau de la passation. Je t’ai fait mention de ce secret pour attiser le feu des veillées en ton Assise. Veuille t’écarter des futilités et t’abstenir de toute mésalliance. Le bruit est au silence, vulgarité. Penche-toi sur L’Eau et consulte enfin L’Oracle. En ce pourpre est ma sérénité. Va ! La singularité est encore à se frayer un chemin de Beauté et Celui-ci est en ce Tracé qu’aucune raison ne peut déceler.

Mon Ivresse ne jamais s’assagit de Ta Largesse, mais mon cœur cueille en La Majesté de Ta Droiture et La Nuit soudain égale Le Jour. A toute imperturbabilité, il est un bouton germinateur de Force effective et bientôt je te dirai les douces confidences de la tourterelle.

Tous droits réservés© Océan sans rivage, Allégorie du Jardin de L’Âme