Digression (23)

L’orage craquelle le ciel de lumières éblouissantes, et les toits se confondent sans ménager l’instant. Ce matin, nous étions à marcher sur les feuilles odorantes, puis de nouveau comme facétieux, le lutin vint nous rappeler les bois humides et les gouttes saupoudrées de soleil flamboyant. J’ouvre la fenêtre pour ne pas perdre un seul des grondements, là-bas, ceux des montagnes environnantes, et le ciel de se morceler de pâleur, enfilant les lueurs, tissant en l’abstraction les perles de chaque senteur. La pluie donne au mur d’en face des couleurs qui tracent des morceaux de sueur et le lutin m’amène comme par magie dans le pays des fleurs. Ne sont-elles point fanées, demandai-je, surprise. Nenni, il est une bougie dont l’étincelle a le pouvoir d’aviver chaque chose et les fleurs jamais ne meurent. Du moins, l’on dit qu’elles se renouvellent chaque fois que le vent qui souffle vient de la lointaine Arcadie. Alors, j’acquiesçais car le lutin dit toujours vrai lors qu’on lui pose une question. Ses réponses vous marquent pour toujours. Il sait quand tremble la terre, et quand les nains viennent jouer dans la nuit claire. Il connaît les maisons des petites fées et quand vous avez soif, très soif, il vous présente un bon chocolat parfumé de cannelle. Certains lutins vous préparent, dans les règles de l’art, du thé noir sucré de lait. Un délice. Tiens petit homme, le ciel s’éclaire au soir tombé et les nuages mélangent des couleurs allant du gris au rose incendié. La saison a ses humeurs et nous voilà à reposer près de l’âtre tandis que trois flammes chantonnent, trois flammes qui font le gué. Merci petit homme pour m’avoir compagnée lors que les toits ondulent sous le crépuscule, comme étonnés.

Le petit semainier

Le monde n’est pas perdu des balbutiements qu’il prononce et je vois celui qui ne trahit pas la présence, et sur les vagues, l’océan est l’impermanente vérité d’un jeu, tandis que le piano chante et sait observer, avec une telle acuité, et l’aigle de passer, tandis que nous amusent les corbeaux.

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               Dimanche

Le soleil a ses abondances,
Des rayonnements trop éclatants.
Nos pas cimentent le silence.
L’étourneau se tient hors du temps.

                Lundi

Je n’entends plus le bruit,
Je n’écoute plus les dissonances,
Je vis sans même l’armature d’une nuit,
Mais comme la profondeur est dense !

Le petit semainier

Résultat de recherche d'images pour "le jardin de luxembourg aquarelle"Aquarelle de Thérèse Tarsiguel

                   Mardi

Les toits semblent déambuler,
Jusqu’au Jardin ensoleillé.
D’étranges passants sans vie,
Et de nous étonner.

                 Mercredi

Le vide sur le lac,
Moment qui balaie le passé.
Puis une âme de converser,
Le cœur s’éprend de simplicité.

                 Jeudi

Je ris des imprévus.
Je ris du Silence.
Je ris de Ta Permanence.
Il n’est pas de plus belles réjouissances.

              Vendredi

Ce qui part est de nature à partir.
Ce qui reste est de nature à rester.
De nos larmes, qui jaillit donc émerveillé ?
Le vrai s’éveille sans discuter.

Digression (19)

Jules Bastien-Lepage - Le Père Jacques (woodgatherer), 1881Peinture de Jules Bastien-Lepage (1848-1884)

J’aime la voix paradoxale, puisqu’il s’y résorbe tous les bruits et les mensonges de tous les miroirs concaves, convexes et même ceux qui défigurent l’être singulièrement. Par elle, je t’entends et je sonde le village. J’allume chaque soir un flambeau, parce que la courcelle voit le petit oiseau roi. J’aime que dans le vent s’élance les délicats boutons de rose, hébétée par le goût de la vie abondante. La vérité est un éclat de roche, pure, sans concession, comme une longue plainte, et surtout comme le jaillissement. J’ai découvert dans le morceau de roche de quoi boire pour l’éternité. C’est une amie sauvage qui écoute longtemps et qui scrute chaque détail. Tu dis que la vérité est crue et désamorce tous les pièges au sillon des images entêtantes. Je le sais. Mais ce n’est pas elle qui me fait peur. La joie de te retrouver, la joie de n’avoir jamais rien perdu, la joie béate. Réverbération en source une, sur l’éclat des miroitements du cœur, épousé de ta splendeur, lors que des virgules articulées sur l’écume de l’océan, voient le balancier de l’horloge devenir la respiration de ma douceur. Tu ne m’as jamais quittée, tu ne m’as jamais perdue, et tu n’as jamais changé. Debout, tu attends. Assis, tu attends. Allongé, tu attends. Je n’ai pas rêvé, puisque je m’éveille de la mort et je m’exclame : tu es vivant ! Chaque bête, même la plus infime me secoue de ma torpeur, et si j’ai marché violemment dans la brume du dimanche, ce jour clame enfin que je n’ai pas goûté l’amertume et tu me disais : jette-donc ce leurre. Alors la perfection fut sublime et sur le dos d’une fourmi, de l’abeille qui butine, dans le frémissement du laurier en fleur, dans les métaphoriques soleils de l’araignée habile, les yeux devinrent deux magnifiques fenêtres ouvertes au cœur de la tombe scellant notre amitié constante. Le sépulcre n’est guère une tourmente, et je fais de lui un lit de bonheur. Chaque fois que je respire, je trouve en la mort, les yeux qui s’émerveillent de ton odeur, aspergé de l’écume, irradié de soleil, éclatant de silence, lumineux de chaleur. Le musc enveloppe délicatement ce corps et l’ambre en fait un trésor.

Le petit semainier

Résultat de recherche d'images pour "Louis Janmot"Peinture de Louis Janmot (1814-1892)

Vendredi

Rivières et quelques pierres ;
Du désert est née Ton Chant,
Lors que chaque fois souffle le vent,
Me rappelle Son Désir au firmament.

.
Samedi

Furtif et inconnu,
Le Ciel s’évade encore,
Puis des nues,
Perle de L’Aurore.

.
Dimanche

.En Toi, je marche.
Des nuits et tout s’efface ;
Quand Le Rossignol m’emporte,
Que reste-t-il ? Amour sauvage.

.
Lundi

.Ma Demeure est en L’Aimé
Je ris encore de toutes nos farces.
Mais, la gravité est une comparse.
Et je lui sais gré de sa gorge déployée.

 

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

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