L’Ami Renard

Un clin d’œil à L’Ami

 

Illustration de Lisbeth Zwerger

L’as-tu rencontré, son doux regard des buissons,
Quand sa fourrure automnale allume cette clairière,
Que chante sa parure de féerie les doux mystères,
Que notre cœur s’arrête à l’affût de son frisson ?

L’as-tu serré tout contre toi et d’indolence,
Lui as-tu conté ces récits effeuillés de ruisseau,
Chercher les nervures éparses d’éloquences,
Ces menus tressautements qui rendent vains nos mots ?

Son cœur noble s’émeut des ardeurs de ton amour,
Quand, en silence, d’humeur plutôt animalière,
Te mène avec ferveur jusqu’à la pointe du jour.

L’as-tu vu, pupilles dilatées de lumière,
Versant ainsi sur l’ombre les paroles bénies,
Et t’invitant non loin de sa tanière chérie ?

La caravane passe

La caravane passe,
Tremblant le soleil,
De tous les horizons,
Sanguinolente danse,
Dans l’effondrement d’un monde,
D’une puissante indolence,
En ondulations submergeant l’onde,
Témoignage de notre silence ;
La caravane passe,
Meurtrissant ces dunes sauvages,
Et le pont frôle notre Aube naissante,
Au sein même des effluves du mirage,
Quand dardent les rayons,
Sur le lac marbré de sable,
La caravane passe,
Indifférente aux affres,
Lors que crissent les pas des chameaux,
Et que les grains glissent sur la peau,
De ton effervescente constance,
Mais la caravane passe,
S’unissant au vent,
Durant la veille transpirant tel un sevrage,
Nos mots jaillis dans l’étrange phrase,
C’est là qu’au creux de la dune,
Danse encore notre fièvre opportune,
Qu’avive l’affleurement nocturne,
Puis que la lune enveloppe le jour
D’étoiles virginales
Tandis que souffle encore le murmure
Et rappelle un feu étrange,
Prégnant de notre Amour
Emprunt de douceur suave
Mais vois-tu,
la caravane passe.

Pèlerinage

L’Âme vibrante sur Terre et dans les Cieux s’enchante
Du goût des lierres, pendus au mur, au creux du Temps,
Si vive et si légère parmi les herbes qui hantent
Le chemin, quand subrepticement naît l’instant.

La vie est un pèlerinage qui, semblable au voyage,
Nous invite en un lieu où séjournent les Amis de Dieu,
Et de leur longue veillée est un témoignage
Que respectent tous ceux qui font allégeance aux Cieux.

Heureux ceux qui demeurent fidèles à L’Origine,
Et du Sceau de leurs écritures avivent nos cœurs !
Heureux sont les Anges dont les ailes illuminent

Les descentes du Verbe glorieux et vainqueur !
De vivre mille défaites, un jour, l’Âme s’éveille,
Et du florilège d’une graine naissante s’émerveille.

Chemin de vie (3)

Peinture de Auguste Toulmouche (1829-1890)

Il n’est pas un détail qui nous semble anodin :
Cela naquit dans le sein complice de l’enfance,
Quand la mère nous submergeait de son doux parfum ;
Aujourd’hui encore suave est sa présence.

Sa grâce traverse tous les âges et ses tendres mains
Ont marqué mon être à tout jamais par leur douceur.
Douce est cette femme aux gestes lents mais plein d’entrain,
Son visage lumineux, la finesse de son cœur.

Elle pliait le linge ; j’y plongeais sans retenue.
Chose peu commune, sa silhouette nimbée de lumière
M’enthousiasmait et me transportait dans les nues.

C’est une Reine qui régna en mon cœur amoureux.
Elle éveilla en moi cette grâce singulière,
De nourrir pour l’instant, un Amour mystérieux.

 

©Chemin de vie, La Mère.

Le Chant du Barde

(Saison 2)

Chemin de vie (2)

Peinture de Guy Rose (3 mars 1867-17 novembre 1925)

La promesse d’un autre siècle me fit revenir,
Ruisselante d’une colonne jusqu’à la noble Terre,
Suintante de brûlures qui voulurent nous maintenir,
L’épanchement munificent d’un Mystère.

Nous rencontrâmes l’âme veilleuse d’une fourmi
Et nous lui parlâmes de notre extase, de notre rêve
Exhalé, un beau matin d’été qui frémit,
Épandu d’Amour, en cette suave Corolle qui s’élève.

La fourmi travailleuse nous appris tant de choses.
En silence, nous la suivîmes jusqu’à sa maison ;
Lors, il nous vint de respirer la grâce d’une Rose.

Son Souvenir nous hante, puisque de sa floraison,
L’éternel parfum du dialogue de nos âmes,
Me conduit au-delà des combats qui se trament.

***

Les hommes tremblent et conçoivent d’inutiles édifices,
Afin de se rassurer d’un vide abyssal.
Pourtant, Le Souffle est une Rose sans artifice.
Le découvrir est un doux éveil auroral.

Il n’est pas un moment qui imprime sa douceur.
La fourmi chemine et je souris en secret.
Elle fut ma complice et je connais son labeur,
Tout comme l’araignée qui tisse ses mots enchantés.

Bien souvent, j’attendais l’inconnu tant rêvé.
Je tendais les mains et buvais à la fontaine
Les fraîcheurs juvéniles d’une joie étonnée.

Mon cœur solitaire appréhendait la Rencontre.
Quand elle survint, jaillit un profus Océan.
C’est ainsi que naquirent nos longues heures profondes.

 

Dis-moi, Barde !

Peinture de Carlo Dolci (1616 – 1686)

Pourquoi d’une enfance sereine toujours exaltée,
Dis-moi, je marche encore dans les vastes plaines,
Chevauchant le Ciel et friande de gaieté,
Libérant notre aigle qu’un frisson toujours nous ramène

Depuis les cimes lointaines jusqu’au souffle enchanté ?
Dis-moi noble Chevalier, quand tu surpris la Reine,
As-tu cherché à conquérir son âme humaine,
Où bien trembles-tu de son Baiser tant redouté ?

Pourquoi, lors que le monde chavire de délire,
Dis-moi, au charme exsudant d’une Rose parfaite,
Le Soleil éclaire le perpétuel souvenir ?

La Lune bleue s’étonne de la pesanteur muette,
Pourfendant le cœur des récitants de la nuit.
Dis-moi donc, qu’est-ce que tout ceci, mon bel Ami ?

Amor et Sapientia

Embarcation flottante entre Ciel et Terre,
Quelle est la fleur horizon du doux Mystère,
Miroir glacé de quelques plissements ?
Entre savoir et Sagesse, j’écris ta bouche au firmament,
Quand d’un simple renversement,
Le Ciel est l’eau qui pourfend l’Invisible.
Depuis ce simple propos destiné aux âmes sensibles,
J’évoque ce qui n’a ni lieu ni commencement.
Sans doute est-ce la Semence d’un lointain îlot,
Perçue à l’instar des flots qui brûlent de Sapience ?
Jamais la vie ne désespère de la vie et pourtant,
Je vis, à mon insu, comme une Rose sortie des eaux,
Elle flottait à mon regard telle une simple chose,
Qui vient d’une appellation étrange et pourtant,
Suscitée par les pas en prose, je bus à son cœur au repos.
C’est là que je compris, sans m’étonner de la métamorphose,
Que notre âme souriante avait fui toutes les tourmentes.
La voici de nouveau partante, pour un voyage à l’infini,
Quand aux rives du Destin, le corps dépose ces vains propos.
Sagesse, quand Tu nous viens, Tu ruines et indisposes,
Mais comme farouche à tout emprisonnement,
Tu fais jaillir la suprême Conscience.
Là-bas, j’irai cueillir les semences du doux trépas,
Et qu’importe toutes les dérives, car la joie ne vient certes pas de moi.
Elle court sur les eaux-vives, nos cascades d’autrefois.
Mais que vaut la sagesse si l’Amour n’est pas son enclos ?

Ne considérez pas L’Amour comme un privilège réservé aux hommes. Il est sans doute une Source d’où coulent tous nos propos, et comment voulez-vous inventer telle chose, qui au profond de nos entrailles appelle et déchire certains voiles ? Sans Amour, il n’est aucune Sagesse, mais sans Sagesse, est-il un seul Amour ? Osez vous poser la question. Osez boire le Ciel et la Terre, et dites-moi ce qui vous a été révélé ? Laissez parler votre âme ou bien taisez-vous à jamais !

Chemin de Vie (1)

Peinture de Annie Stegg

Il nous vint souffrance comme éperdue de larmes.
Il nous vint aussi distance, comme nous fracassant
Dans les regards d’indifférence qui nous désarment.
Lors, il nous vint errance dans le trouble des tourments.

Puis, il nous vint  perplexité dans la nature.
En ces liesses exultantes comme échappée de tout.
Il nous vint, si vibrant, L’Esprit d’aventure,
Le rire à travers les facéties de l’avant-goût,

Trempée dans la suée du front bien téméraire,
Le poing levé brandissant l’épée d’une guerrière,
Dans les ronces des vastités du questionnement.

Solitaire et farouche, vois Le Dieu du cœur aimant.
Des subtiles réponses, que devins-je dans la tourmente ?
Sache, Ô toi ! La Vie fit de moi cette endurante.