Peuple de l’Aube

Le cri profond d’une nuée,
Vêtu des peaux de bêtes,
Quand le cor triomphe,
Au cœur de la constance,
Cri de Joie sur les glaciers,
Et d’un froid frémissement,
Le corps devient le leitmotiv,
Martelant les rives de Ton Chant,
J’entends bruisser le vent.
L’haleine au matin du givre.
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
Sans peur et sans hâte,
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
C’est par toi, que le regard s’évanouit
Et que les légendes surgissent,
Chevelure des neiges écorchées,
C’est par toi qu’est rétablie la mémoire,
Jaillissant des lacs éveillés,
C’est par toi que l’on connaît,
Les récits d’une Montagne,
Fondue aux larmes bleues,
Ceignant l’imaginal, rêve des preux.
C’est par toi, des tréfonds d’une mer,
C’est par toi que la voix s’élève.
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
Imperturbable au sort,
Ton navire glissant sur les flots d’une aurore,
Brandissant l’oriflamme de la Victoire,
Les yeux acérés par l’unique Retour,
Savamment descendus du Ciel rapproché.
J’entends les fonds marins,
Illuminés par ta lumière,
J’entends le glissement ivre,
Sur le flanc de tes frères,
Hommes, fidèles compagnons.
Le sommeil ne saurait te toucher,
Ce cœur devenu ton glaive,
La main devenue ton verbe,
L’aube devenue ton peuple.

De l’Amour sans rivage

De cet Amour, que connaissez-vous donc ? demandait l’Amant. Une goutte de Son Océan est semblable à mille rivages impalpables. Mille autres rivages viennent s’y ajouter mais personne n’en connaît les limites. Il déborde de ses terres, submerge l’horizon, aplanit les montagnes, écourte les distances. Une fois ravi, l’Amant ne tient plus de discours. Le discours le tient tout entier. Il plonge dans les écumes du vent et en rapporte quelque nouvelle. Sa chair est en lambeaux, son corps évanoui. Le cœur est son siège, mais son trône vogue sur tout espace et parcourt toute mer. Il engloutit les vaisseaux et conquiert les abysses. Que dis-je ! Il devient ce Lieu, et puis devient cet ici, puis devient cet ailleurs, les passerelles de tous les mondes. Il erre hébété par l’étonnant prodige. Il est la flamme dont il s’alimente tandis que la flamme le laisse entier au feu intérieur. Libre, il s’élargit de sa propre force. Tout en Lui est le Vin de ses états, mais chacun de ceux-ci lui donnent à lire au point culminant de la Sagesse, et l’Amant de s’étourdir du Vin mystérieux. Son âme ivre s’abandonne aux récifs, tandis que les récifs s’adoucissent de son âme. Chaque roche, chaque arbre le soutiennent dans sa dérive. Son âme devient sa seule Loi. Il demeure hébété, car qui dans la nuit, lui trace ainsi le chemin ? Plus il s’abandonne à l’Amour et plus l’Amour le rend ivre et le mène d’une poigne sans égal. Être suprême ! Mon royaume contre une seule larme de ta dérive ! Aucun empire ne saurait me satisfaire. L’Amour naît en l’Esprit et aucun amour n’égale cette Folie. La chair connaît sa part, mais l’Amour dévore toutes sortes d’emprises. L’Amour écarte les frontières, détruit tout ce qui n’est pas Lui. Cet Amour-là, si vous le connaissez, jamais vous n’en revenez. Il vous détruit mille fois, et mille fois Il vous prend dans Ses Bras. Il est Lumière et Connaissance et Il est la Citadelle imprenable, le Gardien des Lois. Il donne à chacune de vos cellules, à chacun de vos membres, le discours de votre âme. Trahissez une seule seconde cet Amour, vous n’aurez plus de son visage qu’une copie bien banale, une parodie commune, une grimace ou bien un rictus fait d’étrange amertume, car cet Amour est une naissance qui vous veut tout entier. Ainsi est Sa Nature.

Quand je ne serai plus

A l’Amour me suis liée,
Des blancs rivages qu’Il a effacés,
Aux roches vertes de nos étreintes,
Quelque rudesse de grâce,
Ecume ravie par Ton immaculé.
A l’Amour me suis baignée,
Monde jaillissant à la cime bleutée,
Quand l’Epouse poursuit l’étrange chevauchée,
Les constellations écrivent notre épopée,
Et sont-ce les voix secrètes d’Orion ?
Tandis que les sourds méprisent le Silence,
Nos ondées ont cette sagacité,
J’ai couru vers l’Exaltée,
Et mon âme, sans fin, s’y est mêlée.
As-tu existé, Ô ma folie ?
Es-tu étourdie ma Réelle ?
A l’Amour me suis liée,
Et j’emporte les moissons,
Des songes de mes nuits étoilées,
Mes mains étourdies depuis le Souffle,
Vont d’une ceinture à l’autre,
Inspectant l’océan d’étoiles.
Nous cherchons-nous, Ô douce Veillée ?
A l’Amour me suis liée,
Dans la constance de notre étonnement,
Et là où Tu es, je suis.
N’est-ce pas inouï de mourir à Ton Souffle ?
N’est-ce pas Joie de pleurer dans Tes Bras ?
N’est-ce pas bonheur que de Te connaître ?
A l’Amour me suis liée,
Hébétée, transie de froid,
Echevelée par de sidérales larmes,
Ce rang de perles au ruisseau clapotant,
Suave Alnilam, précieuse Mintaka, Ô Belle Alnitak !
Je vous vois !
Quelques senteurs à mon cœur qui bat,
Nos liens indéfectibles, votre noble Aura !
Et quand je ne serai plus,
En cette Terre Bénie,
Dans le caveau de ma folie,
Mon cœur sera rouge de notre Amour,
Baigné des lunes de nos intenses jours
Te Le dirai-je assez ?
Celui qui a aimé, celui qui a aimé,
A conquis Ciel et Terre,
Au Royaume éthéré,
Et quand le vent souffle,
L’Amant détruit palais et fausseté,
Lors qu’au milieu des ruines,
L’Amour fait jaillir fleuves et vallées,
Turquoises, opales, et mille épousées,
Aux Regards de notre intimité,
Le cœur a chanté.

La Voix

Nous n’avons pu éteindre la Voix,
Cœur du Mystère en émoi,
Et nous n’avons pu résister à Son Appel,
Nous n’avons su, ne fut-ce qu’une seconde,
Nous éteindre dans la vague des temps,
Mais, nous n’avons jamais su ne pas L’entendre,
Ni n’avons cessé de tournoyer en Toi,
Car, nous n’avons pu étouffer la Voix,
Guidée dans la Nuit sans voile,
Et nous n’avons su effacer Son message,
Ni n’avons pu écarter Son Souffle,
L’Etoilée de notre aspiration,
Le cœur ouvert au Ciel de notre ardeur,
Evanoui par la seule Réalité,
Nous n’avons su nous arrêter,
Force indomptable,
A la lueur du Jour,
Nous n’avons su descendre plus loin,
Dans l’empire infernal,
Remontée par la folie de l’Amour,
Non, nous n’avons pas su nous défaire,
Des tendresses effusives du Discours,
Implacable Verbe dans la tourmente de nos jours,
Non, nous n’avons pas cesser de danser,
Au rythme des gestes de nos veillées,
Ne sachant plus ni boire, ni même manger,
Unie au Nectar de Ta divine Présence,
Et nous dansons,
Le cœur saisi par Ta Réalité,
Ivresse inavouée,
Disparue à l’ombre de Ton Ombre,
Défiant l’indéfinissable,
Se moquant de tout,
Balayant même le sable de nos pas,
Toujours au puits de notre âme,
Libérée de toutes contingences,
Embrassant ce qui ne saurait être trahi,
Au Souffle de nos douces et suaves prétentions,
Sans qu’aucune insigne menace ne nous terrasse,
Car, une seconde de Ta Venue,
Est l’abondance d’un océan de grâce,
Reconnaissance de Ton grand Amour,
La Joie de Ton Baiser, Bien-Aimé !
A l’ampleur d’un Iris,
Lys immaculé de Ton Respir,
Au Jardin de notre éternité,
Quand l’âme s’ouvre à Ton Inspir.

Mon Ami

Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand la création entière,
Murmurait ses palpitants mots ?
Lors que les soleils s’effondraient à l’horizon,
Assis non loin d’un tumultueux océan,
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand suintait le souffle de votre âme ?
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand les ailes des passereaux,
Bruissantes dans le vent d’une flamme,
Vous faisaient lever votre regard lentement ?
A chaque pâleur, chaque rougissement,
Le flambeau de votre émerveillement,
Au firmament qui encerclait votre cœur,
Vous étiez l’ombre d’un Philosophe quêteur,
Et le ciel vous devenait une page blanche.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement ?
Mille échos devenaient votre résonnance
Tandis que vos doigts enfilaient ce décor,
Et vous pleuriez, mon Ami, ces trésors,
Vous pleuriez le feu des vagues d’un soleil ardent,
Le cœur soudain devenu votre encrier,
Et vous pleuriez les décennies de l’absence,
Votre joie dans la nuit de notre danse,
Le chant d’une aurore inéluctable.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami que j’embrasse à la cime des arbres,
Quand se froissent les feuilles d’un émoi
Vous étiez cette fleur embrasée,
Des lèvres de notre éternelle union,
Quand le ciel et la terre s’élancent,
Que l’éclair frappe nos pas à l’unisson,
Des tambours de la joie d’une guimauve,
Les senteurs d’une centaurée et d’un lilas
Les miroirs d’une ambre, les roses de votre aube,
Les fleuves d’un souvenir, d’un entrelac.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement
Ou n’étiez-vous pas la rencontre d’un au-delà ?
Quand ce monde périt dans la pupille d’une vague,
Vos mots apportent des nouvelles du par-delà,
Et votre Amour sans concession,
Vous, l’homme misérable, sans vêtement,
Vous dansiez parmi les étoiles,
Vous tournoyiez dans l’infinie oraison,
Vous témoigniez des noces avec l’Amant.

Le Souffle Vital

Le souvenir pourrait bien être un oubli, tout comme l’oubli pourrait bien être un souvenir. Mais trop de composition tue le naturel, nous dit un homme rencontré sur le chemin. Il faut du temps pour que la décomposition devienne Floraison. L’âme s’emploie à tremper dans les eaux tumultueuses, la douceur de l’être. Amour ! L’âme plonge dans les arcanes profondes et ne donne plus de nom ; il n’est plus aucun Nom au centre qui voit en cercle l’horizon ; Zénith tremblant d’une verticale effacée et le souvenir bascule en l’oubli, et l’oubli devient souvenir. L’émotion est au comble de sa suspension, le toucher fin d’une grâce, le cœur retenu en une apnée. C’est là que je Te trouve. C’est là que frémit l’infroissable, effet imperceptible du Visiteur. C’est là que l’on marche sur la pointe des pieds, Ô sol léger, léger, si léger. Avant le tourbillon des mots, les lettres tel un cyclone. Le corps devient les mots, les mots deviennent le corps. Les images s’amoncellent pour s’aplatir, tandis que ces images nous apprennent le regard de L’Unité.

Lire la suite »

Celui qui…

George Henry Boughton (1834-1905)

Celui qui ne L’a pas vu, ne L’a pas vu.
Celui qui ne L’a pas dit, ne L’a pas entendu.
Celui qui n’a pu Lui donner Le Nom, ne L’a pas reconnu.
Celui qui n’est pas entré, ne peut dire qu’il était dehors
Celui qui est à l’intérieur voit Le Dedans depuis Le Dedans,
Celui qui n’a pas vu Ses mains prendre son cœur, ne peut voir qu’il était entre Ses Mains.
Celui qui n’est pas mort, n’a pas vécu,
Celui qui n’a pas vécu n’est pas sorti du Rêve,
Celui qui ne voit par Lui, ne voit rien.
Celui-là rêve encore et conçoit ce qui n’est pas Lui.
Celui qui ne s’est pas arrêté, ne peut goûter L’Eternité.
Et celui qui ne L’a pas aimé, Le cherche encore
.

Souffle Vital

L’Océan des confluents

Partout, il n’est que cet Océan sans mesure. Je n’ai pas compté, et ne désire aucunement compter. Tu es La Prunelle douce des confluents de deux mers et chaque fois, je n’ai pas su m’échapper tandis que je m’y baigne éternellement, car suis-je autre que cet Océan ? L’hiver nous visite, le printemps nous enveloppe, l’été nous enchante et l’automne est une danse. Chaque saison est une, la même au regard du Temps. L’hiver décline son Amour, Le printemps nous le rappelle, l’été s’émerveille et l’automne est ivre. Jour après jour, il n’est plus qu’un seul jour, et les secondes nous font le récit d’une ascension, mon Maître, T’en souviens-Tu ? Nous marchions ensemble, Tu te tenais droit, tandis que nous arrivions au sommet. Tu me fis entrer dans le sein étonnant du Temps et j’y plongeai perplexe car je touchais de nos mains réunies la coupe d’un Océan sans rivage et je buvais l’instant qui lui-même buvait en moi. Nous étions l’océan simultanément et je plongeais dans l’incessant Secret de nos mots. Nos bouches mêlées à nos ivresses, dans L’Alcôve ultime de nos confidences. J’avais lancé en riant : je n’abandonnerai jamais ! J’irai encore plus loin qu’Alexandre le Grand. Je n’aurais guère peur d’aucune ténèbre. Quel défi ! J’en ris encore ! Nos Océans s’emmêlant dans le tourbillon de nos vagues. J’inscris mes mots dans notre Océan trempé d’illimitation. Je lance mille flèches avec la fougue des fous au fond de mon abîme et je repousse chaque limite comme l’impossibilité de toute limite. Tel est le Souffle de mon Amour. Tel est L’Océan de mon périple.

Ô Nour

Ô Nour !

Au front brille Ton étoile,
Main de la constance,
Cordée dans Le Ciel,
Ô Nour !
Tu nous as parlé toute une nuit,
La lumière ruisselle,
Source pure de Ta Présence,
Je me suis levée,
J’ai frappé des mains,
J’ai frappé des pieds,
La Joie de venir jusqu’à Toi !
Les univers dansent,
Dans le cœur d’une seconde,
Fulgurance en La Tunique Sacrée,
Emplie de Ta Seigneurie,
Bleu Nuit,
Eclairée de Ton Amour,
Le Soleil se lève à L’Occident de L’Êtreté,
Il s’est appelé,
A L’Horizon de Ton Eloquence,
Le Souffle de L’Allié,
Suave Aube émerveillée.

Loi de L’Amour

L’Amour s’invente,
L’Amour se crée,
Puis L’Amour s’écrit,
Sauvage et magnanime,
L’Amour brandit un poing,
Puis s’effondre sur l’onde,
Des rugissants matins,
Pour que L’Œuvre se dessine,
L’Amour feint d’être morcelé,
Dans le tourbillon des corps,
L’Amour s’abandonne,
Mais point ne dévore,
Comme ensanglanté de veinures,
Les troublantes insensées,
Ne vocifère que l’âme impure,
Tandis que L’Amour renaît,
Les cendres du Soleil sanguinolent,
Et L’Amour chevauche des Dunes,
Sans que cela ne comble l’absence,
L’Amour a son courage,
Des déchirures du voyage,
L’épreuve de notre Océan,
L’Amour n’a plus besoin de L’objet d’Amour,
L’Amour est une vague qui ne finit jamais,
Incorruptible dans les impostures,
L’Amour qui n’est plus, l’est encore.
Il disloque les faibles,
Anéantit même les forts,
Mais L’Amour est une parfaite désinvolture,
Pour tout ce qui est tiède.
Il est un océan et puis un autre encore,
Il est le rugissement d’un lion,
Il est le cœur rutilant de l’éléphant,
Puis, il court jusque dans les jungles,
Fait fi des dogmes et des silences,
Il parle et devient Sa propre Loi.