Les oiseaux

De mémoire de Jardin que l’automne fait frémir,
Est-il un seul arbre que ravit la sépulture,
Qui d’embruns et de pluies que marque la nature,
Quand s’efface l’été, je n’ai entendu gémir ?

Grâce volatile d’une Joie qui sans périr,
Des états fatidiques que sème la rupture,
Voit soudain le rouge-gorge, et de sa voix pure,
Entreprend de venir compagner notre soupir,

Tandis que sa gorge de feu nourrit notre entrevue.
Lors, ai-je souri de larmes effusives à sa vue ?
C’est ainsi que l’instant s’exalte du transport

De l’oiseau et le jardin devient la promesse vive
D’un ballet que m’impose sans doute le Sort,
Puisque le rouge-gorge me remet cette douce missive.

***

De mémoire de Jardin, venaient les tourterelles
Faire leur Révérence avant que de se nourrir.
Comme les gestes de la nature font sourire !
Dites-moi, n’est-ce pas là beauté d’une vie éternelle ?

Dites-moi, du piaillement des moineaux querelleurs,
Que penser, lors qu’en fait chacun partage le grain ?
Or, souvent, et je les voyais tôt le matin,
Se suspendre au mangeoire, attendre chacun son heure.

Dites-moi, quelle belle leçon de vie, ces petits êtres !
Convenez que ces drôles d’oiseaux sont des maîtres.
De les observer m’apprit à voir autrement.

Sachez que des mésanges, je vis une étrange danse,
Cela tout le long du jour, lors que savamment,
Elles venaient, après les moineaux, comme une évidence.

De rerum natura

L’essence d’une Rose, ou l’évidence des parfums.

Mille et une roses délivrent un suave parfum ;
D’aucune, l’essence subtile vainement ne s’échappe,
Car Le Nom de Rose exhale un noble Jardin :
La Rose meurt mais Sa Réalité est immuable.

Ces parfums évoquent la pure Quintessence.
D’Elle, nous apprenons à remonter le courant,
Car les senteurs de chaque fleur sont une Présence,
La fugacité révèle ce qui est constant.

Or, entrer en L’Esprit, c’est laisser les choses
Parler de ce qu’elles sont pour ouvrir nos propres cœurs.
Entrer dans l’hébétude, c’est écouter la Rose.

Les hommes croient tout savoir mais ce n’est que leurres.
La mort annihilera leur absurde vide.
Ils auront, par la grande stupeur, le cœur livide.

Le Livre magique

Quelqu’un qui exista, il y a bien longtemps, s’échappa presque miraculeusement d’un sortilège puissant, un sortilège qui lui avait fait découvrir, malgré tout, les souterraines et macabres danses de certaines créatures, des créatures odieuses que l’on avait peine à imaginer être proprement des créatures, et comment étaient-elles parvenues ainsi à se manifester ? Cela existe-t-il vraiment ? se demanda un passereau en survolant un lac primordial aux couleurs éthérées et qui avait entendu notre histoire. Une voie jaillissante déploya alors une gigantesque et puissante aile blanche, mais nul ne sut d’où cela venait exactement. Cette voix eut pour effet de guider ce triste et misérable personnage loin des marécages putrides. Certes, il avait traversé une multitude de strates, toutes les unes plus que les autres sombres et même éminemment  violentes. Il avait pourchassé sur des mers improbables les dauphins argentés et s’était extirpé de lamentables et précaires vicissitudes que l’on nomme aussi la vallée des larmes. Il fut longtemps captif de cet affreux sortilège qui le transformait, tantôt en crocodile, et tantôt en une petite tortue très primitive. Parfois, lorsque les jours étaient rieurs, il devenait un goéland. Il avait longtemps côtoyé une grenouille qui lui fit moult récits incroyablement sidérants. Il y avait, pour mémoire d’éléphant, des histoires cocasses sur le règne millénaire des girafes. Oui, car personne ne le sait, mais les girafes avaient autrefois été de prodigieuses amazones. On lui avait raconté aussi que le monde pouvait s’inverser et que le blanc devenait noir. Quand il hoquetait, il se changeait en chien et courrait durant des kilomètres et des kilomètres jusqu’à rejoindre son amie la perruche. Mais le plus éprouvant pour ce triste et misérable personnage, c’est quand il dut descendre très bas dans le monde infernal de ces hideuses créatures dont nous tairons volontairement le nom. Il fut le témoin de scènes, qui assurément, seraient absolument terrifiantes pour la majorité d’entre nous, surtout les êtres sensibles. Quant à lui, pour avoir reconnu certains habitants de son village natal, il comprit, à son grand désarroi, que ceux-là même qu’il croyait être d’honnêtes et braves gens s’étaient, au sein de ce monde souterrain transformés en les plus infâmes et cruelles créatures. Ces dernières passaient le plus clair de leur temps à torturer les nobles oiseaux du sud, ceux qui prenaient les teintes bleues et roses de l’horizon. Je ne m’étalerai pas sur la description des horribles méfaits qui se commettaient. Mais sachez que le supplice était grand pour ces admirables volatiles. Heureusement, le sortilège prit fin, quand de sa petite embarcation, une petite fille vint vers lui et lui offrit, alors qu’il était gisant dans les étangs marécageux, en l’Afrique sauvage et intacte, un morceau de son livre, un livre magique qui s’ouvrait chaque fois à la bonne page, y compris quand tout allait mal.

Peinture de John Henry Henshall 1883 (British, 1856-1928).

Océan sans rivage©Conte de Terre du Milieu.

Verticale

Quand tout est évidé,
Sans pensée,
Au silence de l’horloge,
Le salon de prescience,
Annonce L’Infinitude,
Joie d’apparaître,
Joie de disparaître,
Sans que rien ne vienne ni enraciner, ni briser
Le Temps,
De ce qui Est,
Éternité,
Exactitude de La Correspondance.

Le Poète entre en ce lieu privilégié de ce qui est L’Unité et L’Onde est perfection qui dévoile les effets. La Coupe est L’Être du Poète en l’harmonie du Son éclot en l’infinitude des mondes. Il dit ce qui est en Sa Contemplation active, alors Le Soleil-Essence s’unit avec La Lune-Essence et Le Silence est Verbe.

Proche de Toi

Peinture de Ernest Charles Walbourn (1872-1927)

Je suis si près de Toi, à Te toucher sans voix,
Tu es mon étranger et je suis bien plus proche,
Plongeant dans de feintes eaux qui ne feignent pas l’émoi,
A la Terre et le Ciel, du surplus sans accroche,

Je suis mêlée à Ton noble Parfum, notre Constance.
Tu es si proche de moi, que je ne me vois plus.
A l’insipide, qu’ai-je entendu, Souverain Silence.
Comme est belle la Joie qui boit à l’horizon nu !

Tu es si proche de moi, que je dors dans Tes Bras
Si douleur épouse la Joie, que valent les tourmentes,
Puisque si proche Te voilà, l’esprit n’est jamais las ?

Je suis si proche de chaque seconde qui me hante,
Sans me défaire du goût ivre de Ton cher Discours ;
Je succombe tour à tour ; quel étrange Ton Amour !

Histoire de Fous*

[Recueil. Moeurs et costumes des Orientaux. (Dessins en couleurs)] | Gallica

Le fou marchait de long en large en énumérant toutes sortes de choses que l’on avait peine à comprendre. Son ami qui passait par là lui demanda ce qui semblait autant l’agiter.

– Figure-toi que je viens de comprendre pourquoi les hommes sont moins que des bêtes.

– Ah ! Pourquoi donc ?

– Te souviens-tu de ce fameux récit de Noé ?

– Oui.

– Noé a parlé aux hommes durant neuf cent cinquante années. Il paraît qu’il a parlé avec toutes sortes de langages, mais son peuple n’a rien entendu. Il s’est même moqué de lui.

– Et alors ?

– Tandis qu’il a suffit d’une parole et toutes les bêtes se sont rangées par deux puis sont montés dans l’arche.

– Je n’ai rien compris à ton histoire.

– C’est bien ce que je dis. Il faut moins de temps à une bête pour comprendre.


* Histoire inspirée d’un petit discours entre amis, ou entre fous, qui sait ?