Digression (26)

Peinture de Mark Arian

La guitare gratte quelques airs sur les cordes ivres alors que le balancement du corps ne s’est point séparé, ni d’ici, ni d’ailleurs et qu’il vit jusqu’au bout des doigts son étrangeté. Je n’ai pas su retenir la joie qu’aborde chacun des sens alors que la vie prête avec allégeance les couloirs diffus, quelques fois éclairés par une myriade d’étincelances, mais les pas et les silhouettes éthérées ne savent pas toujours déraciner l’opprobre. Il est vain de deviser avec la vie, elle est la première qui a parlé. Je l’entends souffler et nous révéler les plus infimes secrets et lorsque nous parlons, nous sommes à peine effrontée. Je m’en voudrais de vous voir disparaître dans les nébuleuses galactiques et alors que je me suis assise face à vous, j’ai reconnu chacun de vos gestes. Il me plaît à mon pauvre petit être de me noyer dans vos yeux si sérieux et il me plaît à moi de m’y promener, puis de regarder la vie qui vous a submergé. Oui, il me plaît infiniment de vous rencontrer et de parler, à vos côtés, par le biais d’un regard furtif et de vous compagner. Il me plaît de veiller au milieu des fétuques et que vous me parliez des lapins qui mangent l’herbe grasse et les immenses trèfles qui ont abondamment proliférés. Il me plaît de m’asseoir sur le banc d’un jardin secret, et que vous leviez le bras lors qu’un pli sillonne votre front halé par les nombreuses années. Je ne vous dis pas tout, je vous parle dans le silence et je vous dis ces choses pour ne jamais les oublier. Chaque moment est un prétexte pour vous visiter. C’est ainsi, je n’y peux rien. Alors petit être s’adresse à petit homme et ne peut plus le quitter. Vous m’avez dit : L’Ami est fidèle et je sais qu’il s’agit d’une promesse qui vient depuis fort longtemps, depuis qu’un certain jour a vu naître le rayonnement crépusculaire et que nos mains s’étaient liées par le serment de loyauté. Qu’est-ce donc que l’Amour, s’il n’est pas une éclosion d’Amour dans L’Amitié ?

Digression (25)

Aquarelle de Cindy Barillet 

Quand la lumière chante l’implacable danse de la pluie, sur les toits et tout au fond des bois ; quand le grenier tremble de notre émerveillement serein, vif, exalté ; quand je prends la main de petite sœur et que la joie nous arrache presque des larmes effervescentes d’amour et que tout nous semble d’une limpidité emphatique. Je n’ose prononcer le seul mot qui pourrait briser l’émotion vive d’un bonheur diffus. Le rire est la cascade d’une gloire méconnue et peu importe si nous ne savons rien, peu importe si nous finirons ridés sur les plis incroyables du temps, l’enfant ouvre les yeux d’amour et le père entre avec une multitude de lumière, quelques brins de muguet et sa propre légèreté. Nous dessinons dans la chambre, ma sœur et moi, des fleurs : le lilas qui se penche, les gueules de loup au velours secret. Tous les noms que les fées ont saupoudrés d’irréalité. Je m’évade dans les gouttelettes et je rejoins le cœur pur qui m’attend, là-bas au bout du chemin. Nous conversons longtemps et nous nous endormons avec la petite chanson du mois de mai, les lanternes de notre sororité. Dans le rêve, je replace une fourmi égarée sur son chemin, et j’admire, ça et là, les papillons de nuit. Ils sont étonnamment secrets et je ne sache pas plus grande hébétude devant les choses que nos yeux ont caressées. Entends ! C’est encore la réalité éternelle du cœur ouvert. J’aimerais tout vous conter, tout vous ensemencer de mots fluviaux qui parfument les pétales pudiques de nos découvertes. Perdue en haut de la colline, mes yeux rient. Jamais je ne t’oublierai, Ô Joie exaltée ! Ô Épanchement ! Ô Vibrations ! J’ai fait courir, sur la soie, les couleurs du pinceau d’Amour et des pinsons de gaieté. La fauvette nous rattrape et nous confie le doux secret. Ne l’avez-vous donc pas découvert, ce Mystère ? Des petits cailloux égarés pour vous… Je ne reviendrai pas ; je ne reviendrai pas. Telle est ma joie !

Peinture de Vladimir Gusev

Immersion (3)

amospoe:  ““A wed wose. How womantic.” – Lili Von Shtupp, “Blazing Saddles” ”

Warda, en ce Rosaire, les perles défilent,
Du savamment aimer,
La conscience conscientise,
Dans le formulé, L’Informulé,
Puisque au Zénith disparaissent les ombres,
Lors que fusent les soifs inextinguibles,
Dans L’Immersion de l’abandon,
Lui ne t’abandonne pas,
Au Vol éthéré de ton Corps entier,
Les larmes du feu alchimique, 
Donnent au Cœur Son Secret,
Et des battements successifs, 
Les secousses renforcent tes perceptions,
Alors, au miracle intelligible,
Il palpite et te révèle à la danse des lettres,
Dans les profondeurs des mots insondables,
Les lettres se détachent et font avec L’essence, La Cordée,
Immersion en latence qui n’est plus inconscience,
Mais Secret du Jeu entre Le Secret.


Warda à La Roseraie Mystique est Liturgie matricielle des transformations alchimiques du Verbe en monde suscité dans Le Kun Fa Ya Kun des signifiances occultes, Jeu en Langue des Révélations et non celle des consonances restrictives de la matière rendue inerte par les solidifications de la linéarité mentale, insondable par la raison, mais écho dans le cœur angélique des vibrations Malakutiya, quand rien n’est séparé, La Vie est Le Jeu décrypté, et Le Traducteur convertit chaque mot en un monde de Lumière. Alors Le Verbe est Chair. Wird, Souffle puissant en La Connexion du Réel, Roseraie des pulsations cosmiques en Quintessence du goût et du sens. La Phraséologie a été révélée dans les contritions dilatatoires du Four alchimique, ATa-Nour, Athanor, Offrant Les Lumières d’une Sagesse enfouie. L’Oiseau a décrété les effets de La Liturgie et de L’Être en L’Origine de Sa Descente et de Son Ascension. La trigonométrie des réalités spatio-temporelles.

Le ressac

Tout ce qu’une mer rejette dans les bras d’un ruisseau
Tout ce ressac au-delà des flots
Tout ce que Tu fracasses sur les récifs
Toute L’Alchimie du Verbe.
Dedans ! « فیه مافیه »
Épousant le flanc des eaux,
Et mon Amour palpant les parois,
Tout ce qui reste sur un rivage,
Le sable fin du sel de nos ébats,
Te toucher dans L’Étreinte du Souffle,
La chair de L’Esprit n’en finit pas,
Tandis que Le Corps devenu Lumière,
Éternel Eden,
Dedans ! « فیه مافیه »
L’Océan, remous de mon délire,
Mes mains devenues notre Parfum.
Ne me dis pas, ne me dis rien
J’en viens,
C’est là que mon corps est né,
Dans la vastité de Ton Ombre
Au creux de Ta Lumière
Dans La Terre de Ton Verbe,
L’Encre de Tes mots.
Ni avant, ni après
Le Temps est notre Chant
Le Cœur Ton Sceau.

Dire jusqu’à faire, ne jamais se défaire des mots en substance, qu’ils coulent en nos veines et nos actes, telle une épée fendant les sillons de nos labours, qu’ils soient ce Dedans, ni extérieur, ni intérieur, le temps de la seconde, le temps ADN, le temps de la Présence en La Reliance, en Lui, dévoilant l’autre monde, celui de notre ombre. Poète de mon âme, les flots ont déchaînés les océans de nous-mêmes. Crucialité de L’appel. Poète ne jamais renonce !

Conte des sept Occidents

Résultat de recherche d'images pour "arbre""

Il était une fois un Arbre qui se souvint de La Constance. Il prenait de multiples formes, mais ne changeait jamais, car La Majesté de son Essence résidait dans L’Élévation. Il avait plusieurs fois rencontré les animaux de la forêt et quand nul ne pensait à lui, ni ne lui prêtait attention, il glissait vers la douce clairière. Là, il scrutait le ciel avec ses branches et s’élançait pour atteindre les nuages. Il laissait volontiers se nicher dans ses feuillages les plus belles étoiles, et même les constellations. Il offrait sa robe brune aux rayons du soleil, et la pie se posait avec quelque fracas, comme il lui en semblait toujours avec cette drôle de bête, mais il ne bronchait pas. La mésange et la fauvette aimaient à se retrouver au creux de ses bras. Il avait vu tant d’oiseaux qui s’étaient naturellement abrités dans les branchages. Souvent un écureuil grimpait jusqu’à la cime de l’Arbre avec une telle légèreté qu’il lui était impossible de le surprendre. Il le cherchait partout mais en vain. Même quand le pivert l’attaquait de son dur bec, il savait qu’une raison l’y poussait et cela l’enchantait. Cet Arbre se souvint aussi de La Fidélité et s’émut de voir que les petits êtres de la forêt venaient lui rendre visite avec une grande vénération. Certains lui faisaient le récit de leurs exploits, pour d’autres il s’agissait de leurs déboires. En Lui-même, Il croisait les jambes et les écoutait tous très attentivement.  Souvent dans la nuit, il entendait le hululement du hibou. Il apercevait des yeux luire et sentait quelque renard le frôler, presque comme dans un souffle. Le vieux pin lui contait ses malheurs, car son grand frère avait été coupé par des bûcherons. Ce dernier s’en remettait à peine. Quelques aiguilles jonchaient le sol et étaient les seuls vestiges de son frère. L’Arbre le rassurait comme il pouvait. Leur amitié était indéfectible. – Tu es le plus vieil arbre de la forêt et tu en as vu passer des choses. Tes meilleurs amis t’ont quitté mais tu restes impassible. – Détrompe-toi, ils ne m’ont jamais quitté. Je les ai tous gravés en moi, car il est un grand secret que l’homme ne connaît plus : rien ne sombre dans le néant. Tout peut être détruit, mais tout peut renaître. En nous est une puissante Mémoire.

Océan sans rivage©Conte des sept Occidents, L’Arbre.

Devenir

A nos Amis,

Matin d'été - 1891Peinture de Emil Claus (1849-1924)

Quand l’indicible souffle révélera le jour d’ambre,
Et que l’Aube plaintive en Toi enfin s’accordera,
Jusqu’à ce que l’oiseau nu sorti des décombres,
Au bec fleurissant le thème des doux entrelacs,

Les arbres du verger plantés à leur juste place,
Annonceront les grâces et l’opulence des fruits,
Tandis que les ruisseaux perdus au fond des glaces,
Jailliront de nouveau sous les gouttes de pluies.

Les femmes tisseront les lumières sans nom,
Et la terre nouvelle aura goût de friandises.
Oui partout, les pages des livres de nos bourgeons

Formeront de blanches veines sur les rouges cerises,
Et nous laisserons le temps venir ardent nous cueillir,
A la sève des amants, d’un été qui soupire.

L’incessible

Earth Goddess, by Meraylah AllwoodPeinture de Meraylah Allwood

J’ai lavé le lierre puis j’ai contemplé ses mains
Comme un moment d’indolence, à l’hiver qui se balance,
J’ai cueilli des reflets de lumière son essence.
Le lutin, de ses yeux, m’a offert un festin.

J’ai pensé : désormais, qu’importe ce qui se passe !
Tout en nous est une porte et même vérité,
Et c’est au frissonnement que l’instant pourchasse
Que le monde éveillé éclot de sa Beauté.

Celui qui est à nous sauver est notre Temple.
Ce siècle n’a pu Le détruire, ni Le dévoyer.
La fin est une bouche au Ciel qui tremble

De voir témérité et constance inépuisée.
Comment alors être troublé par la fin d’un cycle,
Qui fait acte de Retour sans faillir à l’incessible ?

Le petit semainier

Résultat de recherche d'images pour "lamia by john keats""Peinture de John William Waterhouse (1840-1917)

               Samedi

Quelque chose d’approfondi,
Sur les cœurs imprimés,
Au goût d’Éternité,
Jamais commencé, jamais achevé.

              Dimanche

J’ai vu gorger le soleil pulpeux,
Du jus matinal des montagnes,
J’ai vu la pupille se plisser,
Devant l’incandescent bleuté.