Le Temple

Dessin de Jean Carzou

Il s’agit d’un Temple qui réunit bien des hommes, ces hommes simples et véridiques, ceux qui ont le cœur transparent et savent courber la tête quand le vent souffle un peu fort. Se courber n’avilit pas le roseau. J’ai découvert ce Temple, tantôt : il se dressait au cœur de la nuit forestière. Mille et un secrets dansaient semblables à une myriade de lucioles. Cela bourdonnait très gracieusement. Le centre de cette merveille rayonnait tel le plus énigmatique des cœurs. Ou bien était-ce le rubis d’un porteur de soie ? Je me suis assise sur l’herbe tendre et me suis lentement endormie, bercée par les effluves sonores du crépitement nocturne. Sentez-vous cette pure rosée suinter dans le cristal d’Amour ? C’est de ce Temple dont il s’agit, celui que j’évoque présentement. L’on me fit le récit d’un voyageur porteur d’une lumière rare. Il était allé très loin, sans doute en des contrées qui nécessitent de franchir certains ponts atemporels. Son corps avait réussi à se transformer en cellules crépusculaires. Il avait appris à chanter les aurores au son de vibrantes flûtes que l’on avait sculpté dans un bois précieux. Ce bois, vous ne le trouverez jamais ici, puisqu’il s’agit d’un bois issu d’un arbre occulté depuis fort longtemps déjà. Un jour, cet arbre comprit qu’il fallait enfin que les hommes retrouvent le chemin du retour. Mais cela ne pouvait être révélé qu’aux plus aventuriers. Sachez bien mes amis, que l’aventure est, dans notre récit, une entreprise hardie et parfois même dangereuse. Pour s’y engager, Il faut littéralement apprendre tous les codes spécifiques inhérents à ce périple. Nul ne peut, en effet, déjouer les périls s’il ne traverse pas tout d’abord le grand Labyrinthe. Ce voyageur, que nous avons évoqué plus tôt, avait rencontré un sage et celui-ci lui avait remis, à son grand étonnement les clés les plus improbables, puisque ces clés lui permettaient d’entrer dans les mondes subtils et d’en sortir à sa guise. Mais il me faut vous le dire : rencontrer un tel sage n’est pas donné à tous. Il faut avoir la ténacité et la pureté des humbles et des innocents. Ce sage qui attendait son élève depuis des millénaires avait fini par ressembler à un arbre et quand un oiseau se posait sur son bras asséché par le vent, l’homme entamait le plus enivrant des chants et tout, autour de lui, verdissait et fleurissait. Il s’agissait d’un pur enchantement. Voici que la rencontre la plus improbable eut lieu, quand notre voyageur avait fini par succomber au malheureux sortilège du désespoir. L’arbre se leva et lui tendit, sans un mot, les clés magiques. C’est par ces clés que notre homme vécut les plus extraordinaires et les plus bouleversants voyages. Sachez cependant, qu’il revint au pays avec cette lumière et qu’elle devint un Temple à La Gloire de L’Amour. Mais n’allez pas vous tromper : il ne s’agit pas de n’importe quel sorte d’amour. Je vous parle de La Lumière d’Amour. Celle qui vous laisse hébété, celle qui vous fait oublier ce qui n’a pas lieu d’être et qui vous donne toutes les extravagantes audaces.

Océan sans rivage©Conte de Terre du Milieu.

Confidence du Barde

Toute vindication vient d’un excès d’âpreté,
Quand l’âme devenue le jouet de la violence,
S’évertue sans cesse à réduire, tout maquiller
De mots qu’elle veut incisifs ; mais est-ce somnolence

Que de vouloir tout briser ? Quand s’éveille la conscience
Quelque part, rien ni personne ne peut la retenir.
Lors, elle entre dans un profond et vibrant silence,
Puis l’effet devient unité et pur désir.

Quoi de plus indigne que la sombre somnolence !
Il est des crimes qui viennent de cette propension,
A ramener le Tout en cette forte violence.

Mais que dire ? S’accrocher à cette mécanicité,
Las ! révèle Ô combien l’homme dans sa déraison,
Détruit, et son âme et celle de l’humanité.