Océan

Océan a rejoint Océan,
Plus loin encore,
Océan a retrouvé Océan,
Il s'est étonné et Lui a dit : 
Est-ce bien Toi ?
Chacun se regarde avec Joie.
Amour m'a fait m'unir à Toi.
Océan a rejoint Océan.
Deux brassées de vagues,
De jaillissement en jaillissement,
Océan a ouvert le corps Océan,
Il est entré dedans,
Entremêlés tous les deux,
Fusionnés de leur instant.
Océan a chanté Océan,
Puis, Océan a pleuré Océan,
Enlacé dans l'écume du vent.
Il a ri semblable à un soubresaut,
Prenant les bras de l'Océan,
Compénétré du sable blanc,
Du corail et des algues ondoyantes
Les sillons d'une rivière de joyaux,
Et Océan embrasse de nouveau Océan,
Ivre des toutes possibilités,
Nous étions-nous quittés ?
Ô Eternité ! comme Tu danses,
Deux mains s'offrant et s'enfantant
Océan ! Lie-Toi donc à l'Aimé Océan !

Nous étions trois

Nous étions trois, enfants aux nattes sages, aux cheveux ébouriffés, indomptables et sauvages, et avec les elfes, nous convenions que tel ou tel élan méritait de se presser en jus savoureux, le pur et étincelant rayonnement d’une coupe vermeille et insaisissable, tandis que submergées par les herbes juvéniles, nous pourchassions les papillons multicolores, éprises d’effervescences, l’amour léger des frondaisons, le cœur exultant en des myriades de révérences. Avec les feuilles, nous tressions des couronnes, méticuleuses tâches, flamboiement de nos doigts menus et sages. Je me dressais fière et invaincue tout en haut d’un épicéa et voguais dans le vent courageux, bravant les limites des vues limitées. Nous étions trois, fines et tendues de cotonnade, des fleurs sur les fichus éthérés, des brindilles de soleil sur les lèvres rosées de perles et colliers de jasmin. Je secouais les mains au ciel sans ombrage et ne sachant plus s’il me fallait rester dans le silence de la nuit, tapie dans les rivières d’étoiles, où bien rentrer à moitié ivre de nos escapades. Non, je ne savais plus, s’il me fallait déserter la maison pour m’endormir au plus près de la lune ou s’il fallait obtempérer… J’imaginais des brassées de mondes et visitais les océans impétueux. L’enthousiasme avait parfois l’ampleur des supplices.

Jardin du Luxembourg

Je vais vous conter l’histoire d’une fillette qui se rendait souvent, avec sa maman, au grand Jardin du Luxembourg, la main dans la main. Je vais vous raconter comment cette maman l’aimait tendrement, d’une tendresse infinie qu’elle déversait en boucle suave tout en coiffant sa petite fille. Chaque phrase qu’elle prononçait était celle d’une lionne qui aimait farouchement ses petits, qu’elle regardait attentivement, mine de rien, et ce du coin de l’œil. Cet immense parc apparaissait semblablement à un gigantesque labyrinthe pour la petite fille. Mais elle n’avait nullement peur de courir parmi les chaises et elle retrouvait toujours le fameux sentier qu’elle connaissait par cœur. Ce magnifique Jardin devenait le plus grand des pays imaginaires, celui des souvenirs par milliers durant les longues journées parisiennes. Sa mère s’asseyait non loin de là, sur un banc et la regardait faire flotter son petit bateau dans l’immense bassin. Je vais vous conter combien les pigeons lui semblaient drôles avec leur démarche particulière. Elle les regardait s’envoler dans le ciel souvent gris, mais, tout en les suivant du regard, elle volait avec eux et la joie emplissait ses petits poumons. Paris était le plus beau pays du monde pour la fillette. Paris devenait de gigantesques et magnifiques bras fredonnant pour la petite fille. Paris, le beau souvenir d’une mère et de son enfant. Paris, encore et encore…

Juvéniles cascades

Aquarelle de Mary Marceli

Délicatesse d’une saisonnière floraison,
Qui nous a mené jusqu’aux juvéniles cascades :
L’été a ses rumeurs de foin et d’oraisons,
Et le cœur rutile d’extravagantes embrassades.

L’Amour ne manque jamais de nous bercer encore,
Vivante Lumière et Joie d’aimer entremêlées,
Juteux Zénith aux lèvres des rubis de notre corps,
L’ivresse de rencontrer Beauté et d’être touché

Par le frôlement des saveurs suaves d’une vigne.
C’est dans le cœur, le doux secret du pur baiser ;
Vives sont les ruisselantes rosées de l’Origine !

Cueillons ensemble l’essence du vrai Souvenir ;
Que nous importe un monde qui ne sait pas aimer !
Même leurs désirs insipides ont tôt fait de mourir !

Elfe

Être elfique
L’Ondée dans les brumes promises
Au soleil levant
Je T’ai surprise
Et nous avons dansé
Toi rosée et moi éprise
J’ai couru dans les prés
Des mûres conquises
A la bouche juvénile
Mon Elfe des sous-bois
J’ai croqué les cerises
Juteuses de tes rubis
Juteuses de ton ivoire
Et la main dans la main
Cette balade pleine de surprise
Ivres du vent ombragé de tilleul
Elfe de notre Joie
Je danserai avec Toi.

Digression (25)

Aquarelle de Cindy Barillet 

Quand la lumière chante l’implacable danse de la pluie, sur les toits et tout au fond des bois ; quand le grenier tremble de notre émerveillement serein, vif, exalté ; quand je prends la main de petite sœur et que la joie nous arrache presque des larmes effervescentes d’amour et que tout nous semble d’une limpidité emphatique. Je n’ose prononcer le seul mot qui pourrait briser l’émotion vive d’un bonheur diffus. Le rire est la cascade d’une gloire méconnue et peu importe si nous ne savons rien, peu importe si nous finirons ridés sur les plis incroyables du temps, l’enfant ouvre les yeux d’amour et le père entre avec une multitude de lumière, quelques brins de muguet et sa propre légèreté. Nous dessinons dans la chambre, ma sœur et moi, des fleurs : le lilas qui se penche, les gueules de loup au velours secret. Tous les noms que les fées ont saupoudrés d’irréalité. Je m’évade dans les gouttelettes et je rejoins le cœur pur qui m’attend, là-bas au bout du chemin. Nous conversons longtemps et nous nous endormons avec la petite chanson du mois de mai, les lanternes de notre sororité. Dans le rêve, je replace une fourmi égarée sur son chemin, et j’admire, ça et là, les papillons de nuit. Ils sont étonnamment secrets et je ne sache pas plus grande hébétude devant les choses que nos yeux ont caressées. Entends ! C’est encore la réalité éternelle du cœur ouvert. J’aimerais tout vous conter, tout vous ensemencer de mots fluviaux qui parfument les pétales pudiques de nos découvertes. Perdue en haut de la colline, mes yeux rient. Jamais je ne t’oublierai, Ô Joie exaltée ! Ô Épanchement ! Ô Vibrations ! J’ai fait courir, sur la soie, les couleurs du pinceau d’Amour et des pinsons de gaieté. La fauvette nous rattrape et nous confie le doux secret. Ne l’avez-vous donc pas découvert, ce Mystère ? Des petits cailloux égarés pour vous… Je ne reviendrai pas ; je ne reviendrai pas. Telle est ma joie !

Peinture de Vladimir Gusev

Proche de Toi

Peinture de Ernest Charles Walbourn (1872-1927)

Je suis si près de Toi, à Te toucher sans voix,
Tu es mon étranger et je suis bien plus proche,
Plongeant dans de feintes eaux qui ne feignent pas l’émoi,
A la Terre et le Ciel, du surplus sans accroche,

Je suis mêlée à Ton noble Parfum, notre Constance.
Tu es si proche de moi, que je ne me vois plus.
A l’insipide, qu’ai-je entendu, Souverain Silence.
Comme est belle la Joie qui boit à l’horizon nu !

Tu es si proche de moi, que je dors dans Tes Bras
Si douleur épouse la Joie, que valent les tourmentes,
Puisque si proche Te voilà, l’esprit n’est jamais las ?

Je suis si proche de chaque seconde qui me hante,
Sans me défaire du goût ivre de Ton cher Discours ;
Je succombe tour à tour ; quel étrange Ton Amour !

Bouton d’or

Il est de ceux qui attendent,
Puis de ceux qui en silence,
Vous font don de leur présence.
Rien ne trahit les boutons d’or.


« La fée de cette fleur éprouve tant de compassion et d’empathie pour les humains qu’elle ne souhaite que nous aider à découvrir nos dons et la manière de les exploiter durant notre vie actuelle. Cette fleur et sa fée nous font bénéficier de leurs grandes vertus thérapeutiques et de leur immense compréhension de la condition humaine. C’est pourquoi elles contribuent à nous faire redécouvrir notre valeur personnelle. Elles nous font voir les occasions qui s’offrent à nous et nous indiquent de nouvelles voies à emprunter. » Selon Ted Andrews, dans Le Monde enchanteur des Fées (1993, 2006).

Le bouton d’or dans le langage des fleurs exprime la joie d’aimer et, en général, la joie.

Le petit semainier

Glade de Hans Thoma (1839-1924, Germany)Peinture de Hans Thomas (1839-1924)

   Jeudi   

D’avoir aimé, m’a transformée.
D’avoir chanté, je me suis envolée.
D’avoir écoutée, j’ai entendu la joie.
Mais d’être aimée de Toi, qu’est-ce Cela ?

Vendredi     

Je ne retiens qu’une chose :
Partir est comme revenir,
Recevoir est accueillir
Le vibrant message.

       Samedi       

Je ne sais rien quand je marche,
Je ne sais rien quand je vais,
C’est juste que l’on me donne à voir,
Puis que je n’oublie pas.