Mon Aimé

Peinture de Salvatore Postiglione (1861-1906) 

Mon Aimé, viens, jouons, cette île nous a trouvés,
Nous a couverts d’un drapé occulte et nous y garde !
Mon Aimé, aller au centre est la sauvegarde,
Et chaque instant du jeu est une éternité !

Mon Aimé, viens, dansons sans jamais nous soucier !
Notre patrie retrouvée s’amuse de notre mégarde.
Quand l’ondée céleste étend son infini cadre,
Nous voici sertis, de la tête aux pieds, de gaieté.

Mon Aimé, aimons-nous sans plus nous désunir,
Accrochés à nos souffles embrasés de désir.
Viens, volons et découvrons ce nouveau monde.

J’ai vu la colombe vêtir L’Amour de douceur,
Lors que nos âmes unies s’élancent et forment cette ronde.
Mon Aimé, entends-Tu le doux chant de notre cœur ?

Conte de Décembre : l’enfant de la forêt magique (2)

Illustration de Tae

Les contes sont fait pour être lus, près de l’âtre crépitant, et à défaut, allumons donc la bougie, regroupons-nous tous autour de la lueur de l’amitié, au cœur d’Amour, quand les yeux inquisiteurs attendent que la voix fredonne une chanson. Venez tout près, petits enfants, je vais vous raconter la suite de ce conte bien étrange. Je sais que vous comprenez le langage de l’âme et même si l’un d’entre vous s’écrit : « Je n’ai rien compris. » ; l’autre réplique aussitôt, avec emphase : « Ce n’est pas grave de ne pas tout comprendre, il faut juste écouter. » Alors le temps de la veillée est réellement féerie.

Si le feu insistait dans la nuit pour être omniprésent, l’enfant, qui continuait de découvrir les réalités du toucher, des translucidités de l’impalpable, finit aussi par regarder en lui-même et découvrit une lueur inconnue. Au début, il fut troublé par cette nouvelle réalité puisque la lueur n’apparaissait nullement à l’extérieur, et qu’elle n’était pas forme, ni consistance. L’enfant de la forêt magique fut longtemps intrigué et entra en lui-même avec fascination, ce qui lui procura une tout autre sensation. Au sein de cette lueur, il découvrit la joie, la tristesse, les larmes du cœur, les nostalgies de l’âme, les aspirations, l’étonnement et même les douleurs. Il découvrit aussi les perceptions du corps. Il devint perplexe et se transforma aussitôt en arbre afin que la sève de tous ses souvenirs s’élève et irrigue chacune de ses branches. L’arbre grandit jusqu’au bout des bourgeons et les feuilles vertes finirent par éclore en chantant allègrement. L’enfant se sentit pleinement heureux et l’arbre en lui frémit longtemps, comme ivre des myriades de sensations qu’il venait de découvrir. Tandis qu’il se laissait balayer par la brise estivale et qu’il rejoignait la montagne, il sentit quelqu’un caresser le tronc rugueux de l’arbre. Il en éprouva un surprenant frisson et ouvrit grand les yeux. Quelqu’un s’était endormi à ses pieds. Quel était donc ce petit être ? Pourquoi sa présence lui procura-t-elle une joie indicible ? Il ressentit aussi une sorte de chaleur qui lui rappela le feu, mais ce n’était pas le feu. Il entendit couler en lui le ruisseau aux effets de mille clapotis, mais ce n’était pas le ruisseau. Il vit le soleil poindre à l’horizon de son cœur, mais ce n’était pas le soleil. Ses branches frémirent et le vent s’accrocha à chaque feuille. Au bout de chacune d’entre elles, des bourgeons apparurent et des fleurs d’une blancheur inégalée s’ouvrirent en petites corolles. Il voulut s’emparer du petit être et l’enfouir dans les milliers de senteurs écloses.

© Océan sans rivageConte de Décembre : l’enfant de la forêt magique 

 

Le petit semainier

Keith Nash , aquarelliste britannique contemporainKeith Nash , aquarelliste britannique contemporain

Dimanche (22/12/2019)

Le temps a soufflé, 
Le vent a éternué.
Quand viendra donc l’étrangeté
De tes yeux bien avisés ?

Lundi (23/12/2019)

Les plaines effleurent
Les champs de l’hiver
Sans que l’oiseau 
Ne fuie son Azuré.

Mardi (24/12/2019)

Notre ivresse au silence,
S’émeut de Ta Grâce, 
Et ces vagues t’embrasent,
Au soleil du Regard.

Mercredi (25/12/2019)

Sérénité de l’écrin,
A la Topaze,
Des rayons de notre entrain,
Quand ton âme s’est épanchée.

Était-ce décembre ?

Hebergeur d'image

Était-ce décembre ou peut-être une semence sous terre ?
Mais qu’était-ce donc ? Notre ivresse qui scrutait L’Esprit ?
Cherchions-nous, comme exaltés, ces airs légendaires ?
Vers ces froides régions, nous étions bien partis.

Au souffle de la nuit, j’ai chanté : volons enfin !
Qu’importe si les étoiles nous prennent nos lanternes,
Je veux surprendre tous les vents du soleil en berne,
Et respirer en volutes la forêt de pin.

Volons, mon Ami, Ô mon frère, vers les hauteurs ;
Oublions nos craintes, rencontrons les cerfs sauvages
Dans le froid des blancs manteaux et vifs gagnages.

Courons ! Tandis que la lune veille encore,
Nous tremblerons des clameurs de nos jouissifs cœurs,
Et nous verrons danser nos regards à l’aurore.

De La Féminité (2)

Illustration - Conte de GrimmIllustration de Anton Lomaev

Je m’allonge chaque jour sur un lit où s’éveille La Mort ;
D’Elle, ma constance éblouit tous les Cieux d’Êtreté.
Quel est donc ce défi de langueur ?
Je marche dans la ville en la paix retrouvée.
De figures fantomatiques qui frôlent les murs,
La Mort est plus vivante que les vaines paroles.
J’ai ri de nous voir en ce rêve éveillé.
Comme est grandiose Le Cœur de L’Aimé !
Son Jardin est de Rose qui ne jamais flétrit,
Je le sais pour l’avoir longtemps observé.
N’allez pas de ce côté-ci, L’Aube est naissante,
De mille Rosées que l’on cueille avec Amour.
Je Lui suis fidèle tout le long du Jour.
La Nuit cache des secrets en L’Écrin de nos discours.
Je n’ai jamais eu peur d’aucun paradoxe.
Veuille cueillir La Vie de Sa Mort avérée !
J’ai su qu’en La Féminité L’Âme est à s’élever.
C’est d’Elle que L’Incendie donne à chaque instant Sa Volupté.
C’est d’Elle aussi que je goûte à L’Âme apaisée.
J’ai fermé les yeux consciemment à tous les mensonges.
La Liberté est ivre de contempler L’Éternité.