Histoire de fous

 

Par Mehmet Akin

Un fou rencontre un autre fou. Il lui demande sans détours : à quoi te sert d’être nu si ton âme ne l’est pas ? Tes haillons et ta forme sont déjà une vêture de trop. Tant que tu n’es pas à l’abri des regards, tu es encore trop habillé.

Alors le sādhu le regarde avec étonnement mais lui répond simplement : tu as raison mon frère et je suis en route…

Histoire de Fous*

[Recueil. Moeurs et costumes des Orientaux. (Dessins en couleurs)] | Gallica

Le fou marchait de long en large en énumérant toutes sortes de choses que l’on avait peine à comprendre. Son ami qui passait par là lui demanda ce qui semblait autant l’agiter.

– Figure-toi que je viens de comprendre pourquoi les hommes sont moins que des bêtes.

– Ah ! Pourquoi donc ?

– Te souviens-tu de ce fameux récit de Noé ?

– Oui.

– Noé a parlé aux hommes durant neuf cent cinquante années. Il paraît qu’il a parlé avec toutes sortes de langages, mais son peuple n’a rien entendu. Il s’est même moqué de lui.

– Et alors ?

– Tandis qu’il a suffit d’une parole et toutes les bêtes se sont rangées par deux puis sont montés dans l’arche.

– Je n’ai rien compris à ton histoire.

– C’est bien ce que je dis. Il faut moins de temps à une bête pour comprendre.


* Histoire inspirée d’un petit discours entre amis, ou entre fous, qui sait ?

Histoire de Fous

– Pourquoi Dieu a-t-Il abandonné les hommes ?

– Détrompe-toi, c’est tout le contraire : ce sont les hommes qui ont abandonné Dieu.

– Pourtant, Dieu est tout puissant. Il peut changer le monde comme Il le désire.

– Dieu ne change le monde que si les hommes veulent changer le monde. Mais, les hommes se sont abandonnés eux-mêmes et c’est cela la pire des choses.

L’ombre et la poussière

john melhuishPeinture de John Melhuish (1849-1937)

Je me suis drapé de mille drapures,
Aucune vous n’avez osé soulever.
Je vous ai aimé tout ce temps en Silence,
Mais jamais vous ne m’avez parlé.
Je me suis caché dans les voiles du Jour,
Lors qu’en chaque Nuit, vers vous j’avançais.
Derrière un Arbre, je vous ai contemplé,
Et dans le gosier des fleurs blanches,
Je vous ai déclaré mon Amour effréné,
Qu’avez-vous donc à m’ignorer ?
A L’Aube, je me suspends au vent de l’azalée,
Et je bois à la grenade du rubis de vos pensées.
Les sentiers noctambules sont les ivresses de mes pas effondrés.
Je vous ai convié à l’étreinte des tourterelles, 
Gorgés de Lunes et de ruisseaux argentés.
Je vous ai suivi de mes frôlements indicibles,
Lors que la voix vous chantait l’éloge irrépressible.
Puis j’ai succombé au puits profond de votre sortilège,
Lors que je m’effaçais pour mieux vous retrouver,
Qu’avez-vous à me méconnaître, lors que je vous aime ?
Je bois encore au balancement de L’Iris parfait,
Et lors que vous marchez sans même soupçonner ma présence,
Je suis l’ombre et la poussière sous vos pieds.

Clameur de cœur

Aux Larmes d’abondances, du flux des errances, en circonvolutions aspirantes, élévatrices des oraisons incessantes. Mon âme, mon âme, mon âme, qu’as-tu fait de ce corps, qu’as-tu fais de nos soupirs, qu’as-tu fait de tant d’ardeur, langueur aux pâleurs qui rougeoient en ce rubis d’Amour et que deviens-je en ce discours, lors que s’efface ce monde et que de Toi me viennent ces suppliques en mon trouble paisible et que fais-Tu de mes chemins si longuement à Te désirer, et que fais-Tu de ces silences, au creux de ma vague, et que fais-Tu de cette force qui m’anéantie en Toi et que fais-tu de la larme suspendue aux rosées de notre Amour, et que fais-tu de cette marche en rythme muet de Ta Seule Présence, lors que La Clameur jaillit : Je n’ai nul autre Désir que Celui qui Te désire ?

S’épuise l’écume et l’océan rugit des violences du désert qui m’abreuvent encore de Toi. Que fais-je à ne savoir et à me laisser en cette poigne, et que fais-je à ne plus savoir ce qui est, juste Cela, en La Complétude de Toi, lors que Ton Discours donne au cœur son envolée aux flammes de L’Empyrée, et que fais-je lors que La Mort vaincue s’écrit : sauve-moi de Son Amour, chasse tout intrus et dissous aux cieux de Ta Seule Volonté, l’enlacement de Tes Bras, Ô Quiétude au sein de mon Tumulte, Ô Ravissement en La Vision devenue Ta Voix qui souffle, qui souffle en Echo de Radiance, Ô Amour, Ô Vénération, Ô L’Au-delà qui persiste en L’aveu des intimes de La Conscience. Des voiles qui se déchirent au goût de Toi en ce Lieu qui ne sait plus rien que recevoir. Que fais-je des évanescences qui me prennent en otage, lors que Ton Vin exacerbe Les Perceptions de Ta Réalité ? Que l’on me prenne pour le fou, l’ivrogne, je ris et c’est tout le ciel qui est complice, Ô Anges de mon enfance, Ô Amour de vos étreintes, Ô simplicité des doux émois, et que fais-je de mes mains pleines de Tes nuits de saisissement si ce n’est verser en rais d’Amour Ta Seule Solarité au monde esseulé. Ni plus de moi, ni plus de Toi, ni plus de Je : Lui ! Lui ! Lui!

Amour ! Amour ! Amour ! Grain de Sénevé, Oeuf de L’Origine en expansion en L’Absoluité du Regard ivre de Toi à La Première Lueur de L’Aube.

L’Océan

" The Sea Inside " by Christian Schloe« The Sea Inside » by Christian Schloe

A L’Eau, je me suis gorgée,
Jamais je n’ai autant été assoiffée,
Jamais L’Océan ne s’est épuisé.
Dire que je m’y suis noyée,
Est au dessous de la réalité.
Il est L’Eau qui fait mes vagues.
Tout entier sont ces mouvements,
Ou bien est-ce feu de L’Océan ?
Ou bien est-ce poisson prisonnier ?
Celui qui cherche L’Amour,
Ne s’arrête pas au seuil de l’écume,
Ni d’aucune amertume.
Mais plonge tout entier.
A force d’appeler l’océan,
Je suis devenue l’océan,
Ivre de nos enlacements,
Je ne cherche plus L’Eau,
C’est bien Elle qui me cherche,
Et toutes deux, nous sommes aimantées.

Histoire de Fous

the moghol prince parviz & a holy man early 17s

– Quelqu’un prétend que j’ai inventé Dieu, parce que je ne comprends pas pourquoi ce monde existe et que le néant me fait peur.

– Prétend-il que tu as inventé tes parents qui t’ont donné la vie ?

– Ah non ! Il pense que mes parents sont visibles et donc je ne peux avoir aucun doute sur mes origines.

– Mais, nos parents viennent bien de quelque part !

– C’est sûr !

– Alors d’où te viendrait l’idée de Dieu ?

– De Dieu bien sûr ! Je ne suis pas assez intelligent pour inventer Dieu à moi tout seul. C’est comme si tu me disais que je m’étais inventé. Je ne sais pas par quoi j’aurais bien pu commencer.

– Ah oui ! C’est incroyable !

(A suivre…)

Histoire de fous

Un fou voit un autre fou prendre ses jambes à son cou.
Il l’interpelle : « Hé, pourquoi cours-tu ainsi ? »
L’autre, à perte d’haleine, de lui répondre : « Je fuis car la peur me poursuit. »
Son compagnon lui jette un regard plein de compassion et lui dit : « Tu ferais mieux de t’arrêter, elle t’a déjà attrapé. »