Nostalgie de L’Eau

Thomas Ralph Spence (1845-1918)

De vivre, j’ai désiré vivre,
Et de vivre j’ai désiré,
De larmes que ruisselle le jour,
J’ai suivi un cours d’eau.
M’empêches-tu d’aller vers mon Amour ?
Car de vivre, j’ai senti la vie,
Des transparences de l’eau,
Miroiter jusqu’à Toi.
Et de vivre, j’ai vu Ton Désir,
Me poursuivant de Ton Amour,
M’empêches-tu donc de vivre ce Retour ?

Conte des sept Orients

Algérie algeria peinture enregistré par adel Hafsi

Il était une fois un petit garçon, le benjamin d’une grande fratrie, qui avait l’âme et l’esprit vif. Il aimait escalader les clôtures, se promener sur les poutres des vieilles maisons, et faire quelques bêtises de son cru dont il ne mesurait pas toujours la portée. L’enfant n’était pas mauvais. Il était juste parfois distrait et compensait cela par diverses activités, toutes pour le moins étonnantes. Sa grande sœur avait toujours un œil sur lui. Pourtant, il arrivait qu’il échappât à sa vigilance. Voici que ce jour-là, notre drôle s’était emparé du tuyau d’arrosage, après avoir ouvert le robinet, et qu’il s’était mis à asperger partout, le sol, la terre et même les murs, sans aucune retenue. Le soleil était ardent au zénith. Tout le monde était à l’abri à l’intérieur, dans la fraîcheur des volets clos. La petite ville semblait déserte. Pas un chat n’avait osé braver les rayons cuisants du soleil ! C’est alors qu’un homme vêtu de blanc, comme ayant surgi de nulle part, interpella le petit et lui demanda de lui offrir un verre d’eau. Aussitôt, ce dernier lâcha le tuyau d’arrosage et se précipita dans la maison afin de chercher le verre. Mais quand il revint, il assista à un étrange spectacle : l’homme immaculé de blanc était à plat ventre et lapait l’eau d’une flaque. Puis, comme si de rien n’était, se redressa et s’en alla sans dire mot. L’enfant, mal à l’aise, comprit intuitivement la leçon. Durant de longues années, dès que midi sonnait, il se mettait au seuil de la porte pour le guetter, mais jamais plus il ne revit l’homme vêtu de blanc.

Océan sans rivage© Conte des sept Orients, le petit garçon et l’homme vêtu de blanc.

L’Été rouge (6)

Le lieu n’est pas un lieu et le temps n’est pas un temps

╬‴دكر ؟  والا نتايه ؟  نتايه  !  و آدى زبرى﴾﴿ﷲ ☀ﷴﷺﷻ﷼﷽ﺉ ﻃﻅ‼ﷺ ☾✫ﷺ ◙Ϡ ₡ ۞ ♕¢©®°❥❤�❦♪♫±البسملة´µ¶ą͏Ͷ·Ωμψϕ϶ϽϾШЯлпы҂֎֏ׁ؏ـ٠١٭ڪ.·:*¨¨*:·.۝۞۟ۨ۩तभमािૐღᴥᵜḠṨṮ‌‍‎‘†•‰‽⁂⁞₡₣₤₧₩₪€₱₲₵₶ℂ℅ℌℓ№℗℘ℛℝ™ॐΩ℧℮ℰℲ⅍ⅎ⅓⅔⅛⅜⅝⅞ↄ⇄⇅⇆⇇⇈⇊⇋⇌⇎⇕⇖⇗⇘⇙⇚⇛⇜∂∆∈∉∋∌∏∐∑√∛∜∞∟∠∡∢∣∤∥∦∧∩∫∬∭≡≸≹⊕⊱⋑⋒⋓⋔⋕⋖⋗⋘⋙⋚⋛⋜⋝⋞⋢⋣⋤⋥⌠␀␁␂␌┉┋□▩▭▰▱◈◉○◌◍◎●◐◑◒◓◔◕◖◗◘◙◚◛◢◣◤◥◧◨◩◪◫◬◭◮☺☻☼♀♂♣♥♦♪♫♯ⱥfiflﬓﭪﭺﮍﮤﮫﮬﮭ﮹﮻ﯹﰉﰎﰒﰲﰿﱀﱁﱂﱃﱄﱎﱏﱘﱙﱞﱟﱠﱪﱭﱮﱯﱰﱳﱴﱵﲏﲑﲔﲜﲝﲞﲟﲠﲡﲢﲣﲤﲥﴰ ﻵ!"#$69٣١@

J’aime que tout disparaisse en l’horizon de nos mots pétris de chair ; c’est là que surgit l’aube de nos retrouvailles, et l’on ne cesse de rire d’avoir bu en la nuit de nos souvenirs. Combien de ces flots qui ravivent notre insouciance, ou bien sont-ce nos pas méticuleux, ourlets de boue du chemin ? Il n’y a plus aucun espace pour ce monde, décor infini du rivage flottant et nous aimons cette intemporalité que nous nourrissons de la présence. Nous visitons en cet instant chaque recoin du monde, depuis le vol des passereaux, légèreté des conquêtes intérieures, et quelle est donc cette grâce immuable qui nous tient en sa chair mémorable ? Les vents fleurissent du souffle, et ne sont pas nos ennemis, mais annonciateurs des jours qui ouvrent sur l’assagissement des eaux salées devenues eau douce. Elle a le goût de lumière, et elle est fluide des transparences du royaume volubile que nomme un homme qui marche. Nous avons appris à cultiver chaque ère, chaque élément, et l’Amour est une force, au-delà du Mystère, car en Lui se déploient les beautés de La Reliance. Serions-nous provocateurs ? Sans doute, il est une sorte de sourire qui plane toujours ici ou là-bas et nous laissons couler l’eau vive et n’avons peur d’aucun trépas. Glorieuse Gloire de l’enfant au neuf années sonnantes qui par son serment de cycle en cycle raconte l’épopée d’un long voyage, en ce couloir de vie, en ce couloir d’espoir. Nous avons traversé un pont et nous avons regardé ceux que nous n’oublions jamais. Le cœur apprend l’humanité et s’extraie des humeurs.  A toutes les Voies, il est un passage, et ainsi s’est ouverte la fenêtre. Mais l’humanité n’est pas ce que l’on croit. Il faut du temps pour devenir un homme. Il faut du temps pour devenir petit. Il existe un éloge et puis un autre et chacun nous ravit. Nous donnons très peu, mais nous tissons inlassable pour défaire les liens d’avec l’ancien monde et nous œuvrons ici ou là, sans condition. Des couleurs, il en est de celle que l’on masque des incolores et insonores. Vous ai-je nommé l’influence magistrale de l’âme qui s’en revient ? Je puis vous dire que rien ni personne ne peut la retenir. Quand la flèche est partie, la cible n’a jamais été une distance.

Océan sans rivage© L’Été rougeconte des nuits du Silence

Digression (20)

Image associéePeinture de Laura Wilder

La vie demeure en permanence l’immense étonnement, celui-là même qui nous relie à Celui qui le place en nous. Les ricochets sur l’eau n’ont pas ces duretés du cœur chargé d’humus et bien d’autres éléments opaques, ainsi que ces humeurs qui aspergent toutes les affirmations pleine d’alluvions ; mais, il demeure Un. Il n’est pas de froideur, ni de rejet, ni aucune espèce de jugement, car l’eau est lisse et semblable à elle-même. Il ne reste que La pure Présence ; Joie et douceur. J’ai vu l’égo pavoiser, faire du bruit, mais l’eau est belle, sans remous, de sa beauté de grande voyageuse. L’Eau du Mystère, et nulle évidence qui ne te réduise, et nulle affirmation qui ne Te contredise. La négation est comme un égarement qui s’épuise sur les plages de l’infini et de tous les concepts. Le Temps rudoie les vêtements de cet ego, craintif, chétif, adversaire de lui-même, inégalement bruyant, tels les pas titubants dans cette cité qui s’estompe peu à peu, comme poussiéreuse des brumes accablantes, hypnotisée par les vagues de l’ancien monde. Le rêve n’est plus une buée aveuglante, mais transparence, et j’abandonne, sans rien retenir, ivre sans mesure, ivre sur les trottoirs qui se disputent des illusions incessantes, quand chaque fois que la pensée dérive, elle, cette pureté du moment, trempe dans L’Encrier des océans de Vénus, oui, cette Vénus du Ciel de L’Âme et l’oiseau passe avec la beauté du mouvement éternel. La Clé était d’argent, dentelée de Lumière, ciselée de patience, ouvrant la porte d’une Maisonnée matricielle. Les Deux rejoignent ma folie, qui est La Vacuité même, puis au-delà de La Délivrance, il est une exultation,  un tremblement de voix, des cymbales, et mélodie de cette Remembrance. Paix à tous les univers qui virent Le Jour éclore en Ton Soleil éternel. Paix à L’Aube, et Paix à cette Assise qui burine toutes les révoltes, les transforme, les résorbe. Paix en L’Alchimie d’un incendie de Lumière, au feu de L’Eau lustrante. La Constance est une eau qui goutte à goutte devient le ruisseau luminescent, vibrant au cœur du Silence. L’ignorance ne saurait éliminer l’évidence, ni l’affaiblir, ni la détourner de Sa Réalité. Je m’assois auprès de tous les visages, et je leur parle, sans que personne ne puisse me voir. Être là. Je suis sans peur, sans retenue, sans doute, sans révolte. C’est ainsi que Tu parles, c’est ainsi que je Te vois. C’est ainsi qu’apparaît le fil d’Ariane, visible, enseignant, transmetteur, réceptionnant, aventurier des splendeurs de l’inconnu, Toi, L’Inconnu, le rendu manifeste en Ton Œuvre. Alors, Tu vins et me montras cette infime goutte semblable au Temps qui s’en rejoint L’Océan, celui de toutes les gouttes, luxuriant, minutieux, L’infiniment Patient, L’Infiniment Bienveillant.

Allégorie du Jardin de L’Âme (31)

Résultat de recherche d'images pour "alphonse osbert art"Peinture de Alphonse Osbert (1857-1939)

-Le Temps-

Il faut du temps pour que le temps passe et trace ce qu’il retient de sa main de velours, au-delà des torrents qui charrient toutes les alluvions ; il faut du temps pour que le peuple se peuple de Ton Regard, comme il faut du temps pour respirer et sentir les yeux venir te parler du Soleil, pleinement ardent, dès L’Aube qui renaît sur l’opale de Ton Expir ; il faut du temps pour s’abandonner à Tes Mains bien-aimées et se laisser pétrir de Ton Respir. Et si Le Ciel épuise une larme dans la campagne esseulée des pas solitaires, si Le Ciel écrase une perle de Ton Âme suintée sur la Terre éplorée, si Le Ciel cherche encore le ruisseau pour s’y jeter ; si Le Ciel éclate en sanglot devant l’étincelant Été ; et si Le Ciel continue de clamer Sa Présence vénérée, il en renaît des milliers en Ton Âme abreuvée. Il faut du temps pour se laisser éprouver par l’étreinte de Ses Bras qui nous essore de nos aspérités. Il faut du temps pour que le temps échappe au Temps, implacablement, et s’évanouisse dans le bouillonnement de l’érosion, lissé par les passages incessants ; il faut du Temps pour que L’Astre se lustre à L’Eau de La Lune et s’arme des pacifiques gestes retrouvés. Il faut du Temps pour voir L’Épousée, belle et gracieuse, aux lèvres de grenade et aux propos sages et illimités, puis entendre les feuillets bruisser au Silence magistral au sein du Palais de L’Amant. Il faut du Temps pour traverser Le Ciel et plonger dans Son Lac argenté, comme il faut du temps pour être saisi par ce Temps qui n’est plus Le Temps. Il faut du Temps pour que les rivières soient les pages de Ton Ecriture, au Pays de L’Esprit, lors que Le Calame chante et adoucit les plaies de L’Âme qui n’a jamais désespéré. Il faut du Temps pour entrer en L’Éternité et Le contempler et L’honorer.

Paroles témoins du Temps : 

Le temps se manifesta souvent sous la forme de L’Eau, de la Terre, mais aussi du Vent, du Feu, de La Lumière. Les ailes de L’Oiseau furent peintes à maintes reprises par le pinceau magique du  Langage alchimique, celui de la densité et de L’Éthéré. Les dimensions du Jardin sont illimités, et le temps recule devant l’intensité du Regard de L’Amour. Le parfum fut une évocation affleurante, lors que le Maître des lieux s’approcha, une nuit de pleine Lune, accompagné de son valet le plus sûr. Il lui confia son secret : cette entreprise n’était pas sans danger. Le valet en fut fort étonné. Il s’agissait de surprendre L’Épousée. Le valet lui rétorqua : « – Mon Maître, il s’agit effectivement d’une entreprise fort dangereuse ». Mais, le Maître avait été bel et bien transpercé par la plus ultime des flèches de L’Amour. Il aspirait à voir Sa Fiancée. Derrière les brumes du soir, lors qu’un rayon de Lune baigna de sa douce clarté Le Jardin, Il vit L’Épousée qui marchait lentement et levait avec douceur Son Visage de noblesse, nimbé du Voile de la plus tendre pudeur. Le Temps s’arrêta et le cœur du Maître devint soudain Le Jardin.

Août

Livre d'Heures à l'usage de Rome_1540

Tu le sais, sur les rives où s’enflamment les roseaux,
Soleil languissant de sa force insoutenable
– Même les oiseaux fuient vers des contrées insondables –
Le chemin se retire sous les chênes, près de l’eau.

D’ardentes secondes frémissent au Souffle de l’olivier.
Les roses sont d’humilité couchées et patientent :
L’été s’offre à la grâce d’un orage qui nous hante.
Le soir, allongé, comme est précieuse la veillée !

Puis des voiles de transparence qu’étendent les étoiles,
La nuit est hébétée et s’unit à L’Amant.
Que ne fus-je évanouie en cette Source sidérale,

Et fuyant sur La Monture de Ton Firmament !
Auguste est ce Prince qui fixe ainsi la lune :
Cette pure vision est devenue l’encre de ma plume.

 

*Image extraite du Livre d’Heures à l’usage de Rome, datée de 1540

L’Âme de l’enfant

Le Petit Poulailler

Quel est donc le monde mort jailli de tes entrailles,
A l’évanescente cascade d’Eau rafraîchie,
Lors que poussifs les roches dures de tes semailles,
Pulvérisent tous les soupirs de ta longue nuit ?

Mais du monde cristallin est né ce pur désir,
Revêtu d’armure, paré des voiles de Lumière :
Laurier, figuier, romarin, frémit aussi la bruyère.
L’Ami, n’est-ce pas la caresse du léger Zéphyr,

Sur le sol que pétrissent nos deux mains d’argiles ?
N’est-ce pas le refrain de notre doux Souvenir ?
C’est ainsi : j’ai perçu L’Âme de l’enfant nubile.

Son regard se perd au loin, et le jour expire,
A L’horizon lors que La Lune veille vaillamment.
Le vent agite ses mains ; L’Âme rejoint Son Amant.

L’averse

William-Adolphe Bouguereau by hauk sven, via FlickrPeinture de William Bouguereau (1825-1925)

D’attention soutenue qui n’a rien de si étrange
Je vais et le Ciel soudain me semble bien bas.
Sont-ce les nuages qui frôlent les herbes là-bas ?
C’est une pluie qui me pousse vers la grange :

Un vieux mulet peu farouche continue de boire.
Je salue la bête, puis dans le foin, je m’endors.
C’est alors que je m’éveille dans la nuit noire ;
Soudain, la voûte céleste s’anime de poussière d’or.

Un vent léger me surprend ; l’herbe est encor grasse
Sous mes pieds hébétés. La caresse d’un ruisseau
Me fait le doux récit de l’averse de tantôt.
Puis je fais quelques pas et les étoiles, pleine de grâce,

Miroitent sur les lointaines montagnes qui les courtisent.
Pour elles, elles ont des yeux, elles ont aussi un cœur.
De la nature qui parle, je surprends des rimes insoumises
Ou peut-être des discours qui font tout mon bonheur.