Florescence

Il ruisselle le Cœur qui bat,
Il ruisselle du doux trépas,
Quand le monde s’en va,
Il reste la Beauté exquise,
D’un éon suspendu de joie.
Il ruisselle le soleil,
Dans les larmes de soie,
Miel témoin de nos emphases.
Il ruisselle jusqu’au bout des doigts,
La Florescence d’une Extase,
Célestielles membrures de nos pas,
Il s’épanche ce vent diapré,
De nos rires suaves aux sucs éthérés
Quand s’élève la Coupe de nos désirs,
Mariés à Vénus et l’Éros du Ciel alloué,
Conquise au front d’un Expir,
Reprenez la douceur de notre discours,
Puis goûtez d’Amour à l’unique Amour.

Absolution

Mon cœur s’est vidé,
Absous des océans de formes violentées,
Mon cœur vogue sans discontinuité,
Jusque noyé dans l’abyssal vacuité.
En Toi, en fulgurance, s’est projeté,
Contre les flancs de Ton Imaginal,
Apaisé dans les profonds silences,
Et L’Aube émerveillée,
A défroissé nos yeux étonnés,
Car le cœur accueille l’abnégation.
Sans doute comme une chance.

Perpétuel souvenir

Bois

Il faut beaucoup de temps pour s’extraire des filets,
Mais il faut encore plus de temps pour le dire,
S’apercevoir que l’on a déjà tout quitté,
Par ce regard qui a vu l’étranger venir.

Il était bien en nous, toujours à nous unir ;
Il était nos yeux, notre toucher, notre guide.
Il était plus que tout, notre perpétuel souvenir,
Celui qui traduisait Le Rêve et le rendait limpide.

Barde, avant de tout quitter comme tout nous quitte,
Sans qu’aucune distance ne soit à nous séparer !
C’est Toi, L’Homme de notre âme, qui nous y invites,
Dans le murmure indicible, dans le simple arrêt,

Et le cœur de tressauter et de mettre les mots,
Sur ce qui a devancé et qui nous anime.
Gloire à La Reliance, quand la fin n’est pas fléau,
Ni même outrecuidance : Ta Présence est magnanime.

Conte des sept Orients

Résultat de recherche d'images pour "sao pedro girolamo batoni"Peinture de Pompeo-Girolamo BATONI (1708-1787)

Je l’ai vu, cet homme d’un certain âge, poussière au vent de ses nuages, clés perdues dans le sillon de son voyage ; il avait tenu ce miroir des huit présents, et ne savait qu’en faire. Il le tint tout d’abord éloigné de lui, puis avait, comme un animal, léché la surface, puis encore, il avait placé son regard et l’avait collé à ses oreilles. Plus tard, il m’en fit le récit. Ce miroir s’appelle : les huit présents. Ce récit n’en mentionne qu’un.

Les pierres ont parlé et elles se sont fendues en deux, laissant leur joie s’écouler. Les pierres ont suinté, et arrondies sous le soleil de leur fébrilité, elles ont laissé leurs histoires se raconter. Sur le sol de notre terre, que les tombes amoncellent, je n’inscris rien, mais à la pierre de notre feu intérieur, il s’est chanté des longs murmures de constance et de beauté. Sur le chemin de grève, sur les falaises de nos aspérités, sur les roches ébaubies, sur le parterre des garrigues, sur les massifs bleutés, sur les petites allées, sur la terre jaune, sur la terre de neige hébétée, sur la terre noire des volcans incendiés de peurs et de nos jaillissements, tremblements, sur la terre rouge de nos passions enflammées, et sur la terre brune de nos vertes vallées, en toutes pierres, en nos heures dans l’océan de notre fraternité, en la terre de lumière, en cette voix qui nous est chère, en cette exclamation sans que rien ne vienne la troubler, en ces morceaux de verdures et ces primevères, quand même l’ignorance nous a rattrapés, quand même nos illusions sèment ces perles de rosées, je tiens l’étendard d’aucune magie, si ce n’est celle de la résorption, car il n’est aucune illusion, et j’ai vu quelqu’un prendre un miroir et glacé croire à l’image du reflet, puis brandir l’étain, le cristal et l’eau de chaque côté et soudain, le monde lui apparut comme la lumière à peine bleuie, à peine voilée et la rose délicate devenue les yeux de l’amoureux, quand les cœurs se fondent à l’unisson et chantent. Le miroir a éclaté et des directions de l’espace invisible, les points ont dansé. Je ne sais, je ne sais. La folie, sans doute de boire à l’eau d’un miroir, et de voir que mes yeux ont un cœur, et que mes yeux sont le présent pour l’éternité.

Océan sans rivage© Conte des sept Orients, l’homme et le miroir.

Mots (4)

HANA (flower) #chinese #japanese #calligraphy

Il est des mots dont je me gargarise qui me torturent de beauté indicible, dont la gorge se gorge et qui viennent assaillir les poumons et même le ventre tout entier. Il coulent à flot d’encre et de rébus, et de simplicité, et de veine fluide et de signes, et d’essence jugulée. Il est des sons qui m’empoignent et me font hurler, quand courbée, je quémande et implore pitié, sans vraiment y croire, sans même fuir, me laissant crucifier à leur douleur mémorable et à leur vœu enchanté. Il est des images qui me lient au regard sans que je puisse m’en défaire et qui tourmentent mon corps et ma chair en leur intensité. Le ciel enfante et moi je suis chancelante, ivre et imperturbable aux mondes qui fuient sur les rives improbables. Il est des touchers qui deviennent des odeurs que la terre engendre dans le sein de son miracle, et il est des touchers qui sont mes pas sans mesure et dans les rues de la ville, j’embrasse le monde entier, libre d’aimer, et libre de marcher. Il est des naissances qui ruissellent sans qu’aucune seconde ne soit la fin, ni le commencement, et j’entre en ce Regard et je dis que je suis à T’aimer. Que le Verbe est l’incarnation des choses et que les choses sont les effets de nos intentions et que la puissance anéantit les montagnes et rend invulnérable l’oiseau. Il est des Chants d’une telle force que l’on se surprend hagard au sommet, inondé de pluies, inondé de larmes. Il est des mots qui ont enfanté les terres et les rivages, et il est des mots qui ont lié le ciel et la terre. L’océan a clamé et le sable s’est effacé, lisse sur les plages du nouveau monde. Il est des mots qui ont fui d’autres mots, et d’autres encore qui ont tout résorbé. Dans la chair de mes poumons, Il a tressauté, ivre de naître dans le sein des mots, dans le Silence qui a sonné, vibré. L’entends-tu ? Oh ! l’entends-tu ? Le corps en lyre ?