L’Or pur

Peinture de Franck Cadogan Cowper (1877-1958)

L’on ne voudrait aimer, mais aimer nous poursuit
Comme la Réalité de Son possesseur Souffle ;
L’on ne voudrait céder, encor abasourdi,
Plutôt nous défaire de l’emprise qui nous essouffle.

L’on voudrait ne pas résister face à Son Étreinte ;
L’on aimerait lui tourner le dos et s’enfuir.
Mais quoi ? Sa force vive nous marque de son Empreinte.
Avons-nous le choix face à Son ultime Désir ?

Quand je Le rencontrai, Amour devint ma Loi ;
Il fut certes impitoyable, mais Il fut si tendre.
Je Le servis nuit et jour et Il m’enseigna

Des Règles d’or qui fit de Lui encor m’éprendre.
Il se montrait  : Le Soleil devenait obscur,
Car du Soleil de L’Âme, rayonne L’Or le plus pur.

Supplique

Peinture de Józef Simmler (14 mars 1823- 1 mars 1868, Pologne)

J’ai soudain perçu la voix,
Chante mon Ami !
J’ai soudain perçu la voix,
Dans les landes vertes d’autrefois,
Dans les sentiers boisés de Tes pas,
Je T’ai attendu du fond de ma nuit,
Comme terrée de langueur,
Suave à mon cœur, mon Ami,
J’ai tendu la main dans le noir,
Entends-Tu mon chant ? il est à Toi.
Quand je L’ai entendu, mon Ami,
Je n’ai pas su rester loin de Lui,
J’ai offert à la perle de notre douleur,
Les quelques moments que quémande la tourterelle,
Vois-tu comme palpite sa gorge de tendresse,
Évanouie par la tremblante mélodie ?
C’est là que gît, sous les feuilles du lierre
La parole d’un mendiant d’autrefois ;
J’ai ouvert les paumes à l’offrande,
Et c’est  bien une vague qui m’atteignit,
Lors que les frissons de l’aube nous poursuivent,
Cheval de l’autre monde que conquièrent,
Nos pleurs dans les brumes solitaires,
Je l’ai encore entendue, cette voix ;
Dès lors, je sais qu’à Lui je veux revenir ;
Mais Ami, perçois-tu mon désarroi ?
Car en toutes choses, je Le vois.
Mon tourment est grand, mon Ami,
Viendras-Tu m’enlever au supplice ?
Viens, il me tarde de retrouver Ton Visage,
Quand rien ne peut nous séparer,
L’Amour ! Lui-ai-je lancé sans cesser de pleurer :
Ô L’Amour ! c’est en Toi que finit ma supplique.

L’Appel de nuit

Montserrat GudiolPeinture de Montserrat Gudiol

Avais-je crains de me noyer en Toi,
Lors que je me noyais en moi ?
Avais-je crains de Te rejoindre en Toi
Lors que Ton Parfum était en moi ?
Qu’ai-je vu que je ne pus vivre,
Sans que mon âme ivre,
D’une Puissance venant de Toi,
Fut enfin à me ravir.
Qu’ai-je donc pressenti en ce Respir,
Venant s’abîmer en mon Expir,
S’y mêler de Toi en Toi ?
Quelle est donc cette Vérité-là ?
Au Silence de Ton Intensité
Est-ce Toi qui donc agis en moi ?
Ô Souffle ! Je ne puis T’échapper.
Je n’osais enfreindre les limites,
Mais toutes les limites sont encore Ton Infinitude,
Lors que je suspends mon souffle,
Le Voici à se confondre en Toi,
Qu’as-Tu fais de moi ?

Qu’es-tu donc à comprendre ? Se défaire de toutes formes, entrer en L’Essence d’une Conscience. Mes nuits, mes nuits, vêtures de mes prières, jointure de mes offrandes, l’océan est à parler. Je compris l’inversion, la vision qui n’outrepasse aucune inobservance et je compris l’effet de La Contrition dans les soubresauts de L’Amour qui naît de Toi en moi et m’appelle depuis L’Appel, Ô appelle-moi, que je réponde à Ton Appel, Amour ! Se laisser sans forme, sans discontinuité, s’en aller…Ton Souffle, notre proximité.

Mots (4)

HANA (flower) #chinese #japanese #calligraphy

Il est des mots dont je me gargarise qui me torturent de beauté indicible, dont la gorge se gorge et qui viennent assaillir les poumons et même le ventre tout entier. Il coulent à flot d’encre et de rébus, et de simplicité, et de veine fluide et de signes, et d’essence jugulée. Il est des sons qui m’empoignent et me font hurler, quand courbée, je quémande et implore pitié, sans vraiment y croire, sans même fuir, me laissant crucifier à leur douleur mémorable et à leur vœu enchanté. Il est des images qui me lient au regard sans que je puisse m’en défaire et qui tourmentent mon corps et ma chair en leur intensité. Le ciel enfante et moi je suis chancelante, ivre et imperturbable aux mondes qui fuient sur les rives improbables. Il est des touchers qui deviennent des odeurs que la terre engendre dans le sein de son miracle, et il est des touchers qui sont mes pas sans mesure et dans les rues de la ville, j’embrasse le monde entier, libre d’aimer, et libre de marcher. Il est des naissances qui ruissellent sans qu’aucune seconde ne soit la fin, ni le commencement, et j’entre en ce Regard et je dis que je suis à T’aimer. Que le Verbe est l’incarnation des choses et que les choses sont les effets de nos intentions et que la puissance anéantit les montagnes et rend invulnérable l’oiseau. Il est des Chants d’une telle force que l’on se surprend hagard au sommet, inondé de pluies, inondé de larmes. Il est des mots qui ont enfanté les terres et les rivages, et il est des mots qui ont lié le ciel et la terre. L’océan a clamé et le sable s’est effacé, lisse sur les plages du nouveau monde. Il est des mots qui ont fui d’autres mots, et d’autres encore qui ont tout résorbé. Dans la chair de mes poumons, Il a tressauté, ivre de naître dans le sein des mots, dans le Silence qui a sonné, vibré. L’entends-tu ? Oh ! l’entends-tu ? Le corps en lyre ?

Oh ! Quand tu n’auras plus rien

Magnifique coucher de soleil, n'est-ce-pas ?

Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Quand les écumes auront creusé leurs sillages,
Quand les encres auront séché sur les rivages,
Que les larmes auront formé des volutes de fumée insensée,
Que les coquillages auront perdu aussi leur nacre.
Oh ! quand les voix s’élèveront et que la pluie aura trempé le lit de ta mendicité,
Quand les corps auront vaillamment quitté le naufrage,
Des morceaux du navire éparpillés,
Et que l’astre aura tracé le passage,
Dans les tourmentes du vent déchaîné,
Et que les nuits auront vomi les incohérences.
Oh ! quand tu n’auras plus rien,
Et que chaque vague surgie au matin,
Fracassant les limbes du dernier refuge,
Et que le monde vociférera les pleurs des affamés,
Quand le jour sera semblable à la nuit,
Que les sanglants sanglots auront vidé les cœurs égarés,
Que les stupeurs gagneront la foule délirante,
Quand la sève des arbres brûlera de douleur.
Oh ! quand tu n’auras plus rien si ce n’est la voûte des étoiles,
Et que les poussières te rappelleront les heures de ta nudité,
Quand le bien ne sera plus qu’un abîme dans les plaies de l’âme,
Viens, viens, je nous serrerai tout près,
Et je te chanterai encore les larmes,
Et je te dirai mon Mystère,
Qui des sublimités, accueille encore d’autres mystères,
Et d’être né, il est le Chant puissant et invaincu de L’Êtreté.

Chant de L’Étang

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Ecrit le vendredi 8 décembre 2017

Ce sont les écumeuses vagues du Nord qui lissent le cœur de l’insondable.
Les mots ont cette résonnance que le cœur surprend sans savoir pourquoi.
Depuis toujours, l’océan appelle les abysses de L’Âme et se veulent réjouissances,
Lors que les éclats de leur froidure sont les cimes bouillonnantes de souvenance.

N’attends pas que l’on te comprenne,
Oh ! n’attend pas, toi les broussailles extrêmes !
N’attends pas que l’on marche avec toi,
Oh ! n’attends pas, toi L’Amour de L’Amour !
Des pas qui se surprennent aux alentours,
Oh ! n’attends pas que cet étrange Discours,
Soit autre que Ton intime désir qui pénètre le silence !
Des Cieux de Ton Ivresse est La Joie du Retour !

Rougissante des flammes de L’Âtre,
Tes joues de pudeur savourent
L’onctuosité de ton rêve.

Ils ont ri ces oiseaux par milliers dans le ciel,
Des fièvres des étapes du Périple et de La Ténacité de leurs Ailes.
Sur les plaines enneigées, tes pas sont à creuser les silences.
Douceur d’un vent qui murmure : n’aie donc plus peur.
C’est le cœur qui tressaute de cette intensité.
L’Alchimie est le four secret de tes seules attentes.
Pose en cette délicatesse tous les bagages.
Ici commence La Journée qui ne jamais finit,
Lors que Le Pétrissage est en Son Souffle encore à te parler.

Tourne le feuillet, et vois comme L’Encre de tes cents rivages
Trace les ourlets de La Féminité.
Des impétueuses vagues, voici aussi le preux chevalier.
Il est en son âme vaillante à te donner La Renaissance.

Ce n’est plus toi qui va vers Lui,
Mais Lui de Sa Constance.
L’as-tu remarqué ?

Tous ces oiseaux sont autant de vagues que L’Océan de ton être.
Chacun est à faire Le Récit de ton acuité.
Transperçant est Le Silence du Verbe,
Marche droit et ne t’arrête jamais !

Le secret est celui de la Patience de L’Occulté.
Ouvre les yeux et contemple !
Ton cœur est étreint par les mots déployés.
Reste bien droit, L’Ami !
Ne respire plus et laisse venir !
D’avoir été en ce Silence, Le Silence est à revenir.

N’attends pas que l’on te comprenne,
Oh ! n’attends pas, toi le Pont des deux Mondes !
N’attends pas que les brumes se dissipent.
Il est un étang qui aime le Voyage et La Fleur s’élance.
– Je suis toi de tes marécages, L’Offrande !
N’attends pas que tes appels soient entendus
Par l’inertie d’un monde, Oh ! n’attends pas !
Tu es à rappeler Les Réalités, lors que l’on s’inonde
De rêves embourbés et de putrides stagnations.

Le Barde et le Sage

Résultat de recherche d'images pour "gustave moreau aquarelle""Aquarelle de Gustave Moreau

Comme nous nous promenions le long d’une grève,
Nous rencontrâmes l’homme sorti de nulle part.
Il portait le manteau du vent, Souffle du grand Rêve.
Quand nous nous vîmes, nous n’étions pas loin du rempart.

M’initia-t-il au chant du Barde ? Je l’écoutais.
En moi, sa voix résonna, comme cent mille merveilles.
Il réveilla l’histoire, celle-même que l’on redoutait,
Mais les sages avaient lié son cœur à L’Éternel.

Ce qu’il dit me fit frémir, et je sus qu’il disait vrai.
N’avais-je pas reconnu la parole des justes ?
Elle est une ancre, celle-même qui me révélait.

Quand la houle agite l’océan de nos vagues injustes.
Un homme s’approche et nous tend, avec discernement,
La main trempée dans l’encre bleue du firmament.

***

Je vous conterai les écumes des rivages
Puis celles des lumières qui font le large
Puis les danses que le Chant évoque lointainement
Tandis que les hommes s’en vont.
Qu’importe, puisqu’ils rentreront !
Quand L’Amour dépasse l’entendement,
Voyez le Barde qui tranche, 
Du regard silencieux à l’horizon ! 
Quel est donc le feu impétueux de son âme
Lors que son cœur, souverain des océans
Vogue au son d’une larmoyante larme,
Et nous raconte comment hurlent les vents ?

Il fait les confidences au Silence,
Puis s’en retourne d’où il est né.
J’ai vu son cœur nourri des sèves d’un autre temps,
Quand vainquent les convaincantes plaies,
Et des sanglots d’une femme,
Il apprend les yeux enflammés,
Les vestiges d’une antique beauté,
Et sur les tremblantes cimes,
Il conquiert l’évanescence,
Quant à L’Aube de son abîme,
Il saisit l’instant auquel il a succombé.

Conte des sept Orients

 

Résultat de recherche d'images pour "song for the basilisk by patricia mckillip""Illustration de Kinuko Y. Craft

Elle vint à passer sur le chemin et s’étonna de la pauvreté des formes figées. Que ne jeta-t-Il en cette Empreinte, La Lumière, se dit-elle, La Lumière qui donne à chaque chose La Vie. Puis Elle se mit à danser autour de la forme et lui chanta, le cœur épris d’Amour :

Te dirai-je l’aride sécheresse des terres que viennent à vanter les souffles qui ne sauraient ni attiser ni féconder les timides offrandes des bouches de l’âme inféconde ? Il était en ce Palais de luxuriantes poésies, candélabres de nos ondoiements, vérité de L’Orient qui n’achève jamais Son Expir devant le goût de notre Promesse, Soieries des cordes du luth et de la cithare, quand le corps s’émeut des rosaces du Jardin, aux capiteuses effluves de Jasmin, et l’hiver n’est  rien comparé à ces rigidités que sème le jour de l’égarement. Je suis arrivée vers Lui et de chanter sans nous défaire des lianes de nos cœurs aimantés par L’Éternel. Je L’ai regardé derrière le voile des effets du long Voyage et n’ai plus vu que Lui. En Lui, et en Lui seul sont déversés les sublimes flux d’un chantre, à l’aube, quand se rétrécissent les ombres du sommeil des enfants, ceux des lettres de l’intériorité, évanescentes allégories dont les muscs sont un Divin Oratoire et sans que les vents soyeux de nos confidences ne violent le Sien Regard, mais L’épousent au contraire des Inspirs au cœur des perles de Jade ; quelles peuvent être les rivalités pâles de tes suppliques, Ô forme inerte ? A Ses paupières de velours, je m’accroche et notre entente devient la célébration de nos Noces. Il a placé la Désirée au centre du sol tournoyant, et au-dessus, le Dôme des cristaux de L’Echo aux branchages des réciproques courtoisies. Telle est L’Exultation suave au Couchant de L’Âme quand s’embrasèrent les regards. Vêtue des parures, voici que s’avance vers Lui, L’Octave des mille nuits quand L’Une dispense d’élire nos meurtrissures. A L’Aube, j’ai vu frémir Son Visage caressé par les lumières de Sa Souveraine Étincelance. Tandis que tu n’as des mots que leur forme, j’en épouse chaque essence et j’embrasse leur puissante origine, mais je ne daigne pas rire de ton ignorance. Je m’en remets à Celui qui donne sans compter, afin qu’Il t’offre La Beauté des Essences du Jardin de L’Âme.

Océan sans rivage© Conte des sept Orients, La Princesse et la forme.

Mille brisures

Birth of Venus by Sandro Botticelli - detailPeinture de Sandro Botticelli (1445-1510)

Mille brisures des récifs de nos aspérités,
Mille écorchures et l’on cuit de l’alchimie pure,
De toutes dérives que l’on ne saurait s’épargner,
Quand finalement vient L’Aube qui nous épure.

L’on sait devenir l’ombre, l’on sait encor chanter
Sous le feuillage des arbres que l’on aime d’Amour pur,
Lors que le cœur de délivrance a tout quitté,
Lors que l’on sait qu’ici est Le témoignage sûr.

Que le moi se meurt sur l’heure et que La Vie clame,
Ce pour quoi Le Temps s’arrête lors que L’Horloger
Vient nous rappeler et du Souffle qui s’enflamme,

Je veux encor vous annoncer et vous mander,
En La Beauté du Silence qui de sa constance,
Nous enveloppe et nous donne à L’unique Présence.

Promenade du Barde

Peinture de Joséphine Wall

Il ne faut point être surpris des chants de notre Joie,
Lors que de La Vie, partout, est la pure semence,
Et si rugissent les vagues lointaines, ce sont les Lois,
Quand même elles semblent cruelles, elles sont bienfaisances.

J’en sais quelque chose : d’avoir laisser le Temps agir
Au Souffle profond du Cœur, La Paix rayonne sans cesse.
C’est de marcher sur l’autre Rive, qu’ici je soupire ;
N’en prenez guère ombrage, voyez-y une promesse.

À l’indolente ivresse, le rire est une larme,
Cueillie à la fournaise ardente, tel un Rubis.
Ce parfum, certes, nous unit puis nous désarme.

Quand même, je marche éternellement et je souris ;
L’Amour est L’Âme, ambre et turquoise, sans nul écueil.
Tantôt, le savez-vous ? J’ai vu le chèvrefeuille.