Ai-je bien vécu ?

Ai-je bien vécu mes derniers jours ?
Ai-je enrichi ma terre ?
Ai-je cueilli Tes effluves sur mon cœur ?
Mon corps, ton Voyage,
Ai-je bien nourri la sève,
L'essence de Ton Amour ?
Ai-je bien tourné le visage de mon âme,
Les yeux ivres de Ton Regard ?
Ai-je imprégné mon labeur,
De Rosées fraîches depuis l'Aurore ?
Ai-je lavé le sol de mes errances,
Tenant l'eau de mes regrets,
Puis, ai-je fait vœu de Retour ?
Car, ce corps est une graine,
Dans un autre monde,
Semé de semences,
Et lorsque je partirai,
Ne garde que mon Amour,
Je n'ai rien d'autre.
Et quand je germerai de nouveau,
Seigneur !
Je veux être encore celle qui pleure,
Les yeux devenus tes rivières écorchées,
L'Amour devenu mon seul instant.
Fais de moi entière, celle qui Te louange
Fais de moi celle qui ne cesse de T'aimer.

Sable

Mon frère des forêts,
Des noirs frondaisons,
Du bleu des grands nuages,
De mes prières et de mon oraison,
Du trèfle et des fétuques du près,
Dans le Ciel tendu de noir,
Par le Verbe d'une Majesté,
J'entends ce qui est Au-delà.
Ô frère des verts pâturages,
De la flûte des vents,
Des ombres et des lisières,
Pourfendant l'espace et le temps,
Une sauterelle sur un pont,
L'Echo d'une Voix, 
Des astres pleuvent sur le lait d'un cœur,
Des étoiles chantent l'Âme et La louange,
Les planètes irradient par leur clameur, 
Tandis que le frère fait le récit d'un mage :
Le Silence est un Miroir.
Mon frère du serment,
Ici débute un Voyage,
Dans la Beauté d'un Firmament,
Jamais, nous ne serons ceux qui fomentent l'outrage,
Font de leurs mots des armes,
Ourdissent des complots,
Violentent les corps et les âmes.
Nous avons dressé notre tente,
Dans le désert sans fin,
Et lors que la nuit tombe,
Nous entendons chanter le sable :
Son Silence est notre Maison,
Et il a fait basculer encore notre regard. 



Peuple de l’Aube

Le cri profond d’une nuée,
Vêtu des peaux de bêtes,
Quand le cor triomphe,
Au cœur de la constance,
Cri de Joie sur les glaciers,
Et d’un froid frémissement,
Le corps devient le leitmotiv,
Martelant les rives de Ton Chant,
J’entends bruisser le vent.
L’haleine au matin du givre.
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
Sans peur et sans hâte,
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
C’est par toi, que le regard s’évanouit
Et que les légendes surgissent,
Chevelure des neiges écorchées,
C’est par toi qu’est rétablie la mémoire,
Jaillissant des lacs éveillés,
C’est par toi que l’on connaît,
Les récits d’une Montagne,
Fondue aux larmes bleues,
Ceignant l’imaginal, rêve des preux.
C’est par toi, des tréfonds d’une mer,
C’est par toi que la voix s’élève.
Te voir venir, Ô Héros, te voir,
Imperturbable au sort,
Ton navire glissant sur les flots d’une aurore,
Brandissant l’oriflamme de la Victoire,
Les yeux acérés par l’unique Retour,
Savamment descendus du Ciel rapproché.
J’entends les fonds marins,
Illuminés par ta lumière,
J’entends le glissement ivre,
Sur le flanc de tes frères,
Hommes, fidèles compagnons.
Le sommeil ne saurait te toucher,
Ce cœur devenu ton glaive,
La main devenue ton verbe,
L’aube devenue ton peuple.

Trois lunes et trois étoiles

Trois lunes et trois étoiles, chacune allumée dans un ciel noir. Trois lunes et trois étoiles, suivirent le ciel d’une montagne, parcoururent l’étrangeté d’un désert, les épanouissantes joies hivernales, les grains de poussière sous les pas, les ruisseaux d’une Dame. Trois lunes et trois étoiles gravirent les champs d’un espace mémorable, puis exécutèrent une ronde parsemée de florissantes allusions. Le cœur de la Dame fit un bond et sous un palmier resplendissant, les mots furent une douce oraison. Chaque présent avait la beauté des lunes, la beauté des étoiles. La glorieuse remembrance de la solitude quand le cœur devient le ruisseau d’un Diamant, l’union exaltée du moment de vérité. En ce tréfonds, l’éclosion de l’âme, les effervescentes théophanies de notre épopée. Trois lunes et trois étoiles, et des réjouissances tel que le monde tremble de nouveau, jusqu’aux confins des terres, à l’isthme du renouveau, lors que les Jades de notre Epousée mariale ont les couleurs nobles de Ta Respiration.

Quelques impressions de l’an finissant

Peinture de Duy huynh

Les yeux gourmands,
Ceux de la vie,
M’ont appris la lenteur.

Il n’est pas éveillé,
Il n’a jamais été endormi,
Il voit par Lui.

La conque était un prétexte,
Le nacre, un écho,
La splendeur, un verbe.

Le monde vit une tragédie,
Une démence et une dérive,
Quelques uns regardent.

Si vous écoutiez la vie,
Vous n’auriez pas peur d’elle,
Mais puisque vous la désertez,
Elle vous déserte.

Personne ne peut vous emprisonner à votre insu.

Ce que vous vivez vient de vous.

Ne voyez-vous pas l’absurde ?

Ne soyez plus égoïstes !

Vivez d’Amour et de rosées, vous n’aurez plus peur de rien.

Tout quitter est le propre de l’Amant.

Faites comme si vous aviez tout perdu !

Perdez tout et vous serez gagnants !

L’Insondable

Puissance d’une pulsation,
Unique vibration d’un cœur,
Aux flammes du tambourin,
Vos mains qui scandent,
Le rythme d’un noble chroniqueur,
Sur la peau tendue, au diapason !
Fjords lointains de ton embarcation,
Il vient au rubis du souffle,
Et à la fonte des glaciers solitaires,
Quand le vent voyage jusqu’aux confins,
L’ours brandit sa blancheur solaire.
Entends-tu les étoiles descendues,
Par la cordée de notre enlacement ?
Le soleil plonge si profond dans la Terre,
Qu’en profusion, le lac légendaire
Fait jaillir la voix venue de Ton Appel.
Peuple des mondes parallèles,
S’ouvrent pour vous un chant séculaire.
Le cœur enseveli voit venir ses frères.
Unanime est le vœu de nos semailles
Tandis que s’étend l’horizon,
Au Dôme de la mémoire de vos pères,
Il ressurgit les battements d’une prière,
N’est-ce pas, Ô Álfheim, virile oraison ?
Des univers qui font de Toi, le Retour,
Mais comme sont nobles vos retrouvailles !
Un jour, nous écouterons les récits,
Qui firent de vous une Nation,
Nous apprendrons de vos lèvres,
Les vérités de naguère,
L’unité d’une chevalerie solidaire.
Chantez depuis les terres lointaines, chantez !
J’entends vos pas, mes frères, j’entends,
Dressée dans la nuit boréale,
Depuis le Nord, l’Etoile a parlé.
Dans le ciel de votre montagne,
J’entends vos pas, mes frères, j’entends.
Armés du bouclier phénoménal,
Partout, vous allez et partout vous voyez.
L’insondable, telle est votre armure,
Telle est aussi votre glorieuse Assemblée.

Quand je ne serai plus

A l’Amour me suis liée,
Des blancs rivages qu’Il a effacés,
Aux roches vertes de nos étreintes,
Quelque rudesse de grâce,
Ecume ravie par Ton immaculé.
A l’Amour me suis baignée,
Monde jaillissant à la cime bleutée,
Quand l’Epouse poursuit l’étrange chevauchée,
Les constellations écrivent notre épopée,
Et sont-ce les voix secrètes d’Orion ?
Tandis que les sourds méprisent le Silence,
Nos ondées ont cette sagacité,
J’ai couru vers l’Exaltée,
Et mon âme, sans fin, s’y est mêlée.
As-tu existé, Ô ma folie ?
Es-tu étourdie ma Réelle ?
A l’Amour me suis liée,
Et j’emporte les moissons,
Des songes de mes nuits étoilées,
Mes mains étourdies depuis le Souffle,
Vont d’une ceinture à l’autre,
Inspectant l’océan d’étoiles.
Nous cherchons-nous, Ô douce Veillée ?
A l’Amour me suis liée,
Dans la constance de notre étonnement,
Et là où Tu es, je suis.
N’est-ce pas inouï de mourir à Ton Souffle ?
N’est-ce pas Joie de pleurer dans Tes Bras ?
N’est-ce pas bonheur que de Te connaître ?
A l’Amour me suis liée,
Hébétée, transie de froid,
Echevelée par de sidérales larmes,
Ce rang de perles au ruisseau clapotant,
Suave Alnilam, précieuse Mintaka, Ô Belle Alnitak !
Je vous vois !
Quelques senteurs à mon cœur qui bat,
Nos liens indéfectibles, votre noble Aura !
Et quand je ne serai plus,
En cette Terre Bénie,
Dans le caveau de ma folie,
Mon cœur sera rouge de notre Amour,
Baigné des lunes de nos intenses jours
Te Le dirai-je assez ?
Celui qui a aimé, celui qui a aimé,
A conquis Ciel et Terre,
Au Royaume éthéré,
Et quand le vent souffle,
L’Amant détruit palais et fausseté,
Lors qu’au milieu des ruines,
L’Amour fait jaillir fleuves et vallées,
Turquoises, opales, et mille épousées,
Aux Regards de notre intimité,
Le cœur a chanté.

La Voix

Nous n’avons pu éteindre la Voix,
Cœur du Mystère en émoi,
Et nous n’avons pu résister à Son Appel,
Nous n’avons su, ne fut-ce qu’une seconde,
Nous éteindre dans la vague des temps,
Mais, nous n’avons jamais su ne pas L’entendre,
Ni n’avons cessé de tournoyer en Toi,
Car, nous n’avons pu étouffer la Voix,
Guidée dans la Nuit sans voile,
Et nous n’avons su effacer Son message,
Ni n’avons pu écarter Son Souffle,
L’Etoilée de notre aspiration,
Le cœur ouvert au Ciel de notre ardeur,
Evanoui par la seule Réalité,
Nous n’avons su nous arrêter,
Force indomptable,
A la lueur du Jour,
Nous n’avons su descendre plus loin,
Dans l’empire infernal,
Remontée par la folie de l’Amour,
Non, nous n’avons pas su nous défaire,
Des tendresses effusives du Discours,
Implacable Verbe dans la tourmente de nos jours,
Non, nous n’avons pas cesser de danser,
Au rythme des gestes de nos veillées,
Ne sachant plus ni boire, ni même manger,
Unie au Nectar de Ta divine Présence,
Et nous dansons,
Le cœur saisi par Ta Réalité,
Ivresse inavouée,
Disparue à l’ombre de Ton Ombre,
Défiant l’indéfinissable,
Se moquant de tout,
Balayant même le sable de nos pas,
Toujours au puits de notre âme,
Libérée de toutes contingences,
Embrassant ce qui ne saurait être trahi,
Au Souffle de nos douces et suaves prétentions,
Sans qu’aucune insigne menace ne nous terrasse,
Car, une seconde de Ta Venue,
Est l’abondance d’un océan de grâce,
Reconnaissance de Ton grand Amour,
La Joie de Ton Baiser, Bien-Aimé !
A l’ampleur d’un Iris,
Lys immaculé de Ton Respir,
Au Jardin de notre éternité,
Quand l’âme s’ouvre à Ton Inspir.

Mon Ami

Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand la création entière,
Murmurait ses palpitants mots ?
Lors que les soleils s’effondraient à l’horizon,
Assis non loin d’un tumultueux océan,
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand suintait le souffle de votre âme ?
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement,
Quand les ailes des passereaux,
Bruissantes dans le vent d’une flamme,
Vous faisaient lever votre regard lentement ?
A chaque pâleur, chaque rougissement,
Le flambeau de votre émerveillement,
Au firmament qui encerclait votre cœur,
Vous étiez l’ombre d’un Philosophe quêteur,
Et le ciel vous devenait une page blanche.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement ?
Mille échos devenaient votre résonnance
Tandis que vos doigts enfilaient ce décor,
Et vous pleuriez, mon Ami, ces trésors,
Vous pleuriez le feu des vagues d’un soleil ardent,
Le cœur soudain devenu votre encrier,
Et vous pleuriez les décennies de l’absence,
Votre joie dans la nuit de notre danse,
Le chant d’une aurore inéluctable.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami que j’embrasse à la cime des arbres,
Quand se froissent les feuilles d’un émoi
Vous étiez cette fleur embrasée,
Des lèvres de notre éternelle union,
Quand le ciel et la terre s’élancent,
Que l’éclair frappe nos pas à l’unisson,
Des tambours de la joie d’une guimauve,
Les senteurs d’une centaurée et d’un lilas
Les miroirs d’une ambre, les roses de votre aube,
Les fleuves d’un souvenir, d’un entrelac.
Etiez-vous simplement Poète,
Mon Ami, l’étiez-vous seulement
Ou n’étiez-vous pas la rencontre d’un au-delà ?
Quand ce monde périt dans la pupille d’une vague,
Vos mots apportent des nouvelles du par-delà,
Et votre Amour sans concession,
Vous, l’homme misérable, sans vêtement,
Vous dansiez parmi les étoiles,
Vous tournoyiez dans l’infinie oraison,
Vous témoigniez des noces avec l’Amant.

Voyage au bout du monde (5)

Illustration de Kinuko Y. Craft

Cycles et saisons

Une fourmi apparaît telle une luciole, et tout à l’heure, un insecte dansait avec ses graciles ailes. Je lui parlais, aimantée par la douceur transparente de son être, tout comme je m’attardais à L’Echo que faisait jaillir le pot d’argile. D’une porosité évidente, il m’enseigna une ou deux choses et j’en saisis l’analogie manifeste. Il me fallut, avec ce paroxysme évident, reconnaître le bien-fondé de La Voie. L’on m’avait empoignée et menée au sein d’un tourbillon sans pareil, car sans pour autant affecter mon être, il me donna à voir les éléments épars. J’en distinguais chaque nuance sans voir nettement l’ensemble. Je le devinais sous les parures. Celles-ci se donnaient semblables à des voiles qui jouaient dans le vent. Elles représentaient les oscillations, mais surtout la beauté des vagues. Chaque fois que l’une d’entre elles se soulevait, apparaissait une autre vague, tandis qu’au milieu, en la béance incontestable, un univers entier s’épandait et venait s’imprimer entier sur mon cœur. En chacun de ces univers, l’enseignement y était révélé, d’élocution sûre et claire. L’on m’avait donné Le Temps et je fus éprise de Sa Vérité. Ce Temps était au-delà du Temps ; Il se révéla en sa forme phénoménale, mais Lui-même qui s’adressa au plus profond de mon être m’invita au dépassement. Il semblait me dire : rien ne se perd et chacun de ces enseignements te sera restitué en son heure. Il me fallait donc continuer d’avancer. Sans doute est-ce l’enseignement le plus important que l’on me transmit. Puis, je rencontrai un homme qui me retint le laps de temps nécessaire : pas une seconde de plus, pas une seconde de moins. La répartition géographique du temps est liée aux feuillets cosmiques, et lors que l’un de ces feuillets est entraîné dans la rotation, rien ni personne ne peut retarder le moment où le cycle doit s’achever. S’il s’achève, c’est que l’enseignement duquel il est tributaire s’occulte de nouveau. Il s’agit, en effet, des cycles successifs de toutes les lunes et de tous les soleils. Pour certaines personnes, ces mansions sont des réalités existenciées qui viennent guider leurs pas. Elles sont telles des clés de voûtes. Chacune d’entre elles résonne longtemps et vient activer les yeux du cœur. Celui-ci, alors, entre dans le secret des cycles et des saisons. Ce qu’il voit en lui-même est réverbéré à travers La Cartographie céleste. Son cœur est de fait orienté selon les résonnances concomitantes des fréquences vibratoires de L’Origine et il devient La Coupe qui reçoit. Ainsi, il est en ce que l’on appelle L’Axe vertical, la Cordée. Telle est sa perception. Celle-ci est le parfait alignement. C’est ainsi, en sa fidèle présence, que je percevais Aryani, lui qui apparaissait toujours à la fin de chaque cycle comme l’effet probant du voyage et c’est par cette présence constante que mon corps put, petit à petit, se familiariser aux vibrations du plan céleste et décrypter puis relier les Cycles et les saisons. Quand Aryani était de nouveau pleinement visible, à l’unisson, nous jouions de la harpe durant des heures entières, que dis-je, des années-planètes, en oubliant tout le reste. Mais quand Aryani disparaissait, j’errais, perdue dans les larmes de l’océan. Il me fallait chaque fois Le retrouver et je sus bien plus tard, qu’en vérité, il ne me quittait jamais. Jamais, car la présence de l’absence est réellement Présence.

© Voyage au bout du MondeCycles et saisons. Océan sans rivage.