Digression (26)

Peinture de Mark Arian

La guitare gratte quelques airs sur les cordes ivres alors que le balancement du corps ne s’est point séparé, ni d’ici, ni d’ailleurs et qu’il vit jusqu’au bout des doigts son étrangeté. Je n’ai pas su retenir la joie qu’aborde chacun des sens alors que la vie prête avec allégeance les couloirs diffus, quelques fois éclairés par une myriade d’étincelances, mais les pas et les silhouettes éthérées ne savent pas toujours déraciner l’opprobre. Il est vain de deviser avec la vie, elle est la première qui a parlé. Je l’entends souffler et nous révéler les plus infimes secrets et lorsque nous parlons, nous sommes à peine effrontée. Je m’en voudrais de vous voir disparaître dans les nébuleuses galactiques et alors que je me suis assise face à vous, j’ai reconnu chacun de vos gestes. Il me plaît à mon pauvre petit être de me noyer dans vos yeux si sérieux et il me plaît à moi de m’y promener, puis de regarder la vie qui vous a submergé. Oui, il me plaît infiniment de vous rencontrer et de parler, à vos côtés, par le biais d’un regard furtif et de vous compagner. Il me plaît de veiller au milieu des fétuques et que vous me parliez des lapins qui mangent l’herbe grasse et les immenses trèfles qui ont abondamment proliférés. Il me plaît de m’asseoir sur le banc d’un jardin secret, et que vous leviez le bras lors qu’un pli sillonne votre front halé par les nombreuses années. Je ne vous dis pas tout, je vous parle dans le silence et je vous dis ces choses pour ne jamais les oublier. Chaque moment est un prétexte pour vous visiter. C’est ainsi, je n’y peux rien. Alors petit être s’adresse à petit homme et ne peut plus le quitter. Vous m’avez dit : L’Ami est fidèle et je sais qu’il s’agit d’une promesse qui vient depuis fort longtemps, depuis qu’un certain jour a vu naître le rayonnement crépusculaire et que nos mains s’étaient liées par le serment de loyauté. Qu’est-ce donc que l’Amour, s’il n’est pas une éclosion d’Amour dans L’Amitié ?

Chant de L’Âme

Nixe in Golfishteich (Nymphe dans un étang à poissons rouges) de Franz Hein, 1904. Lithographie couleur - #etang #franz #golfishteich #lithographie #nymphe #poissons #rouges - #newIllustration de Franz Hein (1863-1927)

Tous les royaumes m’importent peu. Toutes les voix se sont éteintes. Ni la mort, ni la vie ne protégeront nos mots envolés. Ni la gloire, ni la renommée n’auront raison de notre illusion. Ni le parfum d’une étoile fragile et enneigée, ni les joies, ni les peines ne suffiront à remplir l’univers, ni ton esprit, ni ton âme n’auront de sursis, et j’attends que les aiguilles de l’horloge se dissolvent, et ta voix ne me détourne pas de ce qui reste, sous les décombres, dans la vétusté du sol retourné, dans les flots, car dans le silence, j’ai rencontré l’amour et mon cœur a crié, puis a vu, puis a reconnu. L’amour m’a saisie et ne m’a plus lâchée. J’ai dit : je vais chanter. Il m’a dit : Viens ! Depuis, j’entends le son d’une Lyre et mon cœur se refuse à toutes les illusions, et la liberté vient du Maître de La Toute Puissance. Je sus que dans un puits, j’avais plongé. Dans les jours qui ont suivis, le puits est devenu L’Âme qui distingua les confusions et s’aligna dans la margelle qu’effleura l’étoile. Je vis la grande ourse et m’émerveillais. Soudain, elle était à me parler. Elle me rappela la loyauté et l’intégrité. L’Amitié est La Constance du Vrai, car mentir est la condamnation des cœurs malades. Je ne veux ni Terre ni Ciel, car ici, L’Amour m’a encerclée. Il a tracé les constellations en chaque membre, puis la voix a encore parlé : Ceux qui ont L’Empreinte sont les seuls à La reconnaître. Quelle est-elle, Ô Voix  venue depuis les constellations ? L’Empreinte est un signe de limpidité. Le cœur pur, tu ne peux le tromper. Ne mens jamais au cœur pur, car un jour, L’Amour l’emporte loin de toi et tu ne peux plus le trouver.

Digression (24)

jody bergsma art #wolves; owl; deer; raccoon; man;

Nous finissons par jouer, tremblant au souffle du roseau, et d’incantations délicieuses, nous laissons le soleil advenir de splendeur en sa demeure intrigante. Il est une sorte d’éloge qui vient depuis l’autre rive, quand L’Ailleurs est une Danse. Je reviendrai, petit homme, chaque matin, je reviendrai vous attendre sur le chemin, quand se croisent les aubes naissantes de nos lendemains, je reviendrai, sans jamais lâcher votre main, au silence de l’arbre qui vient. Je n’ai pu oublier les paroles du sage que nous croisions ensemble sur le chemin, feutrés des pas du loup, de l’ours et compagné par la Dame blanche. Il nous en souvient comme d’hier, quand au loin, j’entendais les larmes d’une brume qui proclamait tout de même l’enchantement. Les chérubins se bousculaient secrètement devant le fameux repas de nos noces et nous soupirions en ce sourire cristallin. Nous leur avions fait le récit mirifique des fruits géants, fruits que l’on ne devait pas approcher, sous aucun prétexte. Car il s’agissait de monstres légendaires qui s’étaient malicieusement déguisés pour tromper les petits enfants. Mais, chut ! Rien ne nous embarrasse autant que les cous rigides et les nuques raides. Je cite vos paroles, petit homme. Quand j’étais confinée dans le salon familial, éclairée par une simple lueur de bougie, je lisais les contes des vieilles terres. Pourtant, il m’arrivait de me laisser distraire par cette flamme que je rapprochais le plus possible de mon livre pour être ainsi mieux éclairée, et la cire ruisselait de pâleur jaunie. Petit homme, c’est dans cette alcôve que nous fîmes nos vœux. L’Amour culmine mais l’Amitié est le sublime parachèvement de toute rencontre. Voyez comme les feux follets sont les complices de notre sortilège. Vous ai-je raconté le récit de ces anges qui tenaient patiemment les plats du dîner et comme il nous en coûtait de ne pas alléger leur service en finissant le repas plus vitement ? Nous les cherchions dans les étoiles blanches et la neige chantait des paroles parfumées au goût de l’autre monde.

L’Été rouge (1)

╬‴دكر ؟  والا نتايه ؟  نتايه  !  و آدى زبرى﴾﴿ﷲ ☀ﷴﷺﷻ﷼﷽ﺉ ﻃﻅ‼ﷺ ☾✫ﷺ ◙Ϡ ₡ ۞ ♕¢©®°❥❤�❦♪♫±البسملة´µ¶ą͏Ͷ·Ωμψϕ϶ϽϾШЯлпы҂֎֏ׁ؏ـ٠١٭ڪ.·:*¨¨*:·.۝۞۟ۨ۩तभमािૐღᴥᵜḠṨṮ‌‍‎‘†•‰‽⁂⁞₡₣₤₧₩₪€₱₲₵₶ℂ℅ℌℓ№℗℘ℛℝ™ॐΩ℧℮ℰℲ⅍ⅎ⅓⅔⅛⅜⅝⅞ↄ⇄⇅⇆⇇⇈⇊⇋⇌⇎⇕⇖⇗⇘⇙⇚⇛⇜∂∆∈∉∋∌∏∐∑√∛∜∞∟∠∡∢∣∤∥∦∧∩∫∬∭≡≸≹⊕⊱⋑⋒⋓⋔⋕⋖⋗⋘⋙⋚⋛⋜⋝⋞⋢⋣⋤⋥⌠␀␁␂␌┉┋□▩▭▰▱◈◉○◌◍◎●◐◑◒◓◔◕◖◗◘◙◚◛◢◣◤◥◧◨◩◪◫◬◭◮☺☻☼♀♂♣♥♦♪♫♯ⱥfiflﬓﭪﭺﮍﮤﮫﮬﮭ﮹﮻ﯹﰉﰎﰒﰲﰿﱀﱁﱂﱃﱄﱎﱏﱘﱙﱞﱟﱠﱪﱭﱮﱯﱰﱳﱴﱵﲏﲑﲔﲜﲝﲞﲟﲠﲡﲢﲣﲤﲥﴰ ﻵ!"#$69٣١@

J’ai longtemps contemplé les fleurs, puis les arbres. Leur langage devenu ouverture sensorielle du cœur au summum de l’été rouge de notre âme. Il faut devenir une abeille pour goûter aux effluves des saisons et être saisi par leur message. Il existe pour tout être vivant les clés harmoniques de ces vibrations. Vous confierai-je ceci : l’homme a été créé pour ce monde et ce monde a été créé pour l’homme. Et le monde nous parle. Si vous saviez comme cela est possible d’entendre chaque senteur, si vous pouviez prendre le temps de vous asseoir. Asseyez-vous ! Il est en chaque géométrie, des mots qui vous disent ces choses que l’on ne peut imaginer. D’ailleurs, d’où nous viendrait l’imagination ? D’où nous viendrait ce pouvoir de l’abstraction et le pouvoir d’y accéder ? Lors que le Créateur a pétri notre corps, Il a mis les étoiles, les galaxies, les vibrations, les élans, les mots, les noms, les événements, les regards, les univers infimes et ceux qui sont indéfinissables, Il a placé même les objets. Lors que vous regardez une fleur, laissez-la vous regarder. Entrez en son regard. Oh ! Entrez-donc en cela qui est Vivant. Au début, vous serez presque incapables de dire, ni de voir. Peut-être qu’il vous semblera ne voir que l’aspect figé des choses. Peut-être me traiterez-vous de folle, et je vous comprendrai. Oui, mes amis je vous comprendrai. Mais, je n’abandonnerai jamais de venir ici partager avec vous ces offrandes de la Vie. Je serai toujours plus attentive et j’irai très loin pour vous ramener encore quelques rosées fraîches, cueillies à l’Aube. Oui, mes amis, car vous êtes les amis, les frères et les sœurs. Vous êtes cette beauté, ce corps de merveille, cette Arche sublime, ce décrypteur…

Souvenirs du Présent

Яндекс.ФоткиPeinture de Vassili Maksimov (1844-1911)

Debout ou assise, forme qui semble passive
Derrière les longs feux brûlants de l’automnal vent,
Quand nous effleure le passé des rimes expressives,
Nos âmes se racontent les souvenirs du présent.

Qu’ai-je à désirer ferveur autre que la Tienne ?
Nous nous connaissons au-delà de nos vingt-ans,
Unis, en ce sentier, soudés comme deux lèvres,
Et, dans la prairie des feuilles que foulent les amants,

Ruissellent les flux rocheux d’une proche cascade.
Lors que tu franchis la forêt des grands sapins,
L’oraison de notre indicible Amour nous étreint.

Ce songe en L’Empyrée ne tolère aucune incartade.
Inlassable, il n’a de cesse de souffler sur la braise,
Et c’est un arbre qui respire la montée d’une sève.

Le petit semainier

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Jeudi

Quand je vous vis,
L’ébauche du sourire fut ma joie,
Et vous de vous incliner sans sursis,
Des rosées de vos pourpres émois.

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Vendredi

Ah ! depuis longtemps,
C’est encore ce moment,
Sur les matins ondulants,
Le Ciel s’épanche de notre Regard.

 

*Illustration de Paul Hey (1867-1952)

Juin

Julien Dupré www.tuttartpitturasculturapoesiamusica - #Dupré #Julien #wwwtuttartpitturasculturapoesiamusicaPeinture de Julien Dupré (1851-1910)

Du soleil turquin, l’Azur semé de cerises,
Des mains gantées de joie qui sentent si bon le foin,
Lors que ruminent quelques veaux dans les champs, au loin.
L’Ami, te souviens-tu de cette fameuse devise ?

« Qui en juin se porte bien – là est tout notre désir –
Au temps chaud ne craindra rien ». Est-ce de bonne augure ?
Juin commence par une Fête, lors qu’aussi il clôture
Le Printemps qui fut tel un florissant soupir.

En ce Sacré-cœur, l’homme sincère jamais n’oublie
Que l’heure cruciale est un Souvenir intouchable.
De La Solitude vécue, je bois aujourd’hui

Ce qui durablement me semblait improbable.
Je quitte ce monde, au vol des oiseaux insouciants.
Chaque jour est un pas vers la tombe qui nous attend.

Digression (16)

Résultat de recherche d'images pour Peinture de Ludwig Knaus (1829-1910)

Ce sont les boutons d’or qui ont ma préférence, au milieu des trèfles dont on goûte la fleur sauvagement, dont on savoure lentement le sucre de chaque pétale mauve. L’herbe est notre tapis quotidien. Celui que nous préférons. Nous n’y échappons pas. Le voudrions-nous seulement ? Nous longeons avec une profonde gravité un mur en ruine, ce vieux muret chargé d’histoire, lors que le lierre indifférent épouse chaque pierre. Je converse avec ces dernières qui me répondent par l’insolite écho. Une voix intérieure me donne à leur dire : posé-je sur vous le regard des anciens ? Alors, elles de me répondre : n’as-tu pas compris qu’il s’agit du même regard ? J’avance timidement, retenant mon souffle, caressant de mes yeux chaque feuille, chaque arbre, chaque fleur, chaque caillou, et même les flaques boueuses attirent mon regard. Lors qu’un oiseau passe, je surprends le chêne et le salue au vent qui frémit. Je m’avance vers la sève de l’érable. De la nature, je suis friande, et l’impalpable est une promesse au détours du sentier, lors que la clairière est un miracle, logée au cœur de la forêt. Non loin, la chaleur timide monte telle une exhalaison et le lézard mordille la pierre de sa peau rugueuse. Il se faufile, surnaturel, au milieu des feuilles qui craquellent. Sont-ce des sursauts, lors que le cœur se réchauffe au goût furtif de leur passage ? Parfois, un écureuil court si vite, que je l’attrape de mes yeux amusés et ris aux éclats. Je ne voudrais jamais quitter ce lieu, dormir à la belle étoile, frissonner de froid aux heures matinales, me couvrir de quelques bruyères et m’enfoncer dans la mousse, au pied de l’arbre. C’est là que je vous surprends. C’est là que vous êtes tout entier à moi, petit être sans jamais que rien ne soit à s’évanouir aux lueurs du crépuscule. J’écoute votre chant, tandis que votre corps entier se penche et c’est aux herbes des sous-bois que vos mains parlent. Je vous vois grimper sur les rochers et suspendre votre regard lors que la mésange passe, ou bien s’agit-il de la grive ? Au loin, le coucou rompt la solitude. Un chant mélodieux se répand partout dans la forêt, tandis qu’un chevreuil vient manger au creux de votre main. Je vous ai attendu tant de fois, cachée derrière les bosquets fleuris tandis que certains insectes me chatouillaient les chevilles bien cruellement. Le soleil me mettait en nage et vous de marcher vers moi, presque nonchalamment : venez petite fille, allons cueillir quelques baies sauvages.

Виктор Бритвин - В лесу.Peinture de Victor Britvin