Un seul instant

Henri Jules Jean Geoffroy (1854-1924)Peinture de Henri Jules Jean Geoffroy (1854-1924)

Je n’ai pas vu le temps passer, je vous l’assure,
Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir regardé,
Comme si j’avais voulu retarder son usure,
Le retenir encore un peu, m’y attarder.

J’ai appris que si les moments sont éphémères,
Un seul et même instant les traverse, éternel.
Si mille événements font à peine un sommaire,
Tout instant de présence brise le mur temporel.

Le garçon songeur qui regardait l’horizon,
Là où le ciel et la terre se touchent et s’unissent,
Étonné de lui-même, se cherchant une raison,

A tôt compris que la comédie qui se jouait
Dans le monde des adultes, et souvent sans malice,
Était ce par quoi toutes les névroses se nouaient.

Marc

Mémoire parallèle

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Douceur du Poisson

Briton_Rivière_-_Una_and_the_LionPeinture de Briton Rivière (1840-1920)

Le Poisson adoucit quiconque le rencontre ;
Aimer est sa qualité, son défaut de même.
Et s’il se glisse entre le pour et le contre,
C’est de voir, dépassant les deux termes, un troisième.

Il est, de nature profonde, un conciliateur
Et se tient, comme il peut, à distance des querelles ;
Mais c’est surtout de l’âme un réconciliateur,
Un poseur de ponts et jeteur de passerelles.

L’eau du signe ne dilue pas mais fluidifie,
Rendant ainsi translucide ce qu’elle clarifie
Car son but est de laisser passer la lumière.

Si du Lion il attendrit le verbe tranchant,
Du Taureau, il discipline les charnels penchants,
De l’Amitié ne faisant commerce ni manières.

Marc

Se lit aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Oberweser (Hesse, Allemagne)

Grande odyssée

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S’embarquant sur la nef, fuyons ce qui sépare !
Hissons les voiles ! Voguons L’Ami, tant que les liens,
Point ni ne nous entravent, ni point ne nous égarent ;
Le vent marin, pour l’Odyssée, est un grand bien.

Ni tempête, ni ouragan, ni même brise marine,
Ni sédiments au fond des abîmes nous dévient.
L’algue féline revêt le bleu de ta poitrine.
Capitaine, c’est le sel de quelques larmes de pluie

Qui caresse le hublot de la cabine, où tu songes encor,
Sans doute, à toutes ces traversées à fond de cale…
Là-bas, surgit L’Île, au nord du point cardinal.

Capitaine, les eaux-vives surpassent tous les décors.
Que vois-je ? Un homme ordinaire, toujours solitaire,
Toi de me dire : Ordinaire, mais les pieds sur terre !

Point ne t’y attarde

Carl SpitzwegPeinture de Carl Spitzweg (1808-1885)

Toutes ces menues pensées écrites au jour le jour,
Parfois arrachées à la pesanteur des choses,
Pour faire face aux vents et rester debout, toujours,
Se veulent des touches de lumière dans un monde morose.

Morose des visages ternes et des regards éteints ;
Morose de l’écume que distillent les bouches avides ;
Morose des cœurs asséchés que plus rien n’atteint ;
Morose des pleins-de-soi dans des océans de vides.

Mon âme, point ne t’y attarde, poursuis ton chemin
Car ici ne chanteront plus les lendemains.
Des siècles d’errements trouvent leur apothéose

Du haut de ce trône qu’au Veau d’or les hommes dédient,
Eux qui auraient pu vivre dans un paradis
S’ils s’étaient donnés pour raison la Divine Cause.

Marc

Le petit semainier

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Jeudi

Des frôlements sur les fleurs
Mille encore qui butinent
Et de m’émerveiller : Ton Cœur
Sur le velours rubis des capucines.

Vendredi

Jusqu’aux larmes des mille vents
Jusqu’aux chants des miroitements
Jusqu’aux ailes du bleu de l’océan
Sur la cime d’un arbre, Le Héron.

Le petit semainier

Camille Pissaro ~ Saint-Charles - Eragny 1891                                                                                                                                                                                 Plus

Jeudi

La Forêt est seule d’aucun regard,
Du Souffle à peine frémissante,
Sous les feuillages ombre latente,
Soudain, tendue puis surprenante.

.
Vendredi

Je marchais et disais : qui existe ?
Véritable phénomène et rien n’y résiste,
A l’ombre des cyprès, du tilleul et de la Roseraie,
Est-il une conscience qui vraiment périsse ?


*Peinture de Camille Pissaro (1830-1930)

Mille destins

Lynn-Curlee-NIGHT-TRAINPeinture de Lynn Curlee

 

J’aime écouter le train qui roule dans le lointain,
Les nuits d’été, quand la fenêtre est ouverte,
Emportant vers sa destination mille destins
Mais une seule destinée qui par eux s’est offerte.

Car toutes choses s’en reviennent à leur point de départ
Et nul ne peut, à terme, nier son origine,
Quand même mille raisons lui serviraient de rempart.
Est-il une seule âme qui ne se sente orpheline ?

Dans ce monde, nous ne sommes jamais que des passants ;
Beaucoup l’oublient ou le conjurent en amassant
Mille biens dont ils n’ont souvent que peu la jouissance

Car projetés en permanence dans le désir
De nouvelles possessions et de nouveaux plaisirs
Et se voulant donner pour cela pleine licence.

Marc

 

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Guerres infâmes

Résultat de recherche d'images pour "john singer sargent war"Peinture de John Singer Sargent (1856-1925)

Sans nul doute, des tréfonds communs, lors que tombant,
Du pire, du meilleur, est-ce donc eau marécageuse,
Quand les boues se mélangent aux sueurs peureuses,
Quand les hommes trempent vulgaires dans certains étangs ?

Ultimes combats délétères, putrides jusqu’aux os,
Les mots lâches que l’on n’ose plus plaquer au visage,
Sont-ce femmes, enfants, que l’on jette dans les marécages,
Pour n’avoir pas su être un homme vainquant ses maux ?

Est-ce une mise en scène d’une infâme avant-première,
Lors que de vagues vaines et même s’y aventurant,
L’on brandit ce qui s’évide dans la fourmilière,

Et l’on rugit de colère et de haine, tremblant,
Toujours se chargeant des pires peines maléfiques,
Lors qu’en ce soupir, est née une âme pacifique ?