L’âme se souvient

Heinrich BöhmerPeinture de Heinrich Böhmer (1852-1930)
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D’une forêt profonde, l’on aime longer la lisière
Brodée d’aubépines, d’épines noires et d’églantiers ;
Marcher sous la futaie ; au détour d’un sentier,
S’inonder d’un Soleil dru qui baigne la clairière.

D’un gai ruisseau, l’on aime remonter le courant
Dont le clapotis épouse le chant d’une mésange ;
Écouter, sous les peupliers serrés en rangs,
Le vent dans les feuillages, comme des frôlements d’anges.

Sur les bords d’un chemin qui serpente vers le mont,
S’asseoir sur un banc. Puis contempler les nuages.
Livre ouvert sur l’instant. Éternité d’une page.

L’âme se souvient. Elle remonte vers son point d’amont.
Là où tout a commencé. Depuis l’Origine.
La nuit descend. Là-bas. Sur un monde qui décline.

Marc

Voir aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Wappen_ArolsenBlason de Bad Arolsen (Hesse, Allemagne)

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Ici, en ce lieu

Tchoba

Peinture de Tchoba

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Ici, en ce lieu, je ne suis plus le corps d’une femme.
Je suis sans cette matière, tel un homme dont les entrailles
Brûlent de mille feux, se dissout dans les flammes
Du souvenir qui surgit depuis ce pays et qui m’assaille.
Je dois cacher ma passion du plus grand des voiles.
Je m’enveloppe de mon linceul chaque jour.
En cette tombe j’ensevelis cet Amour.
Cri et larmes deviennent le chant des étoiles.
Lumières dans la solitude, moi qui ne suis qu’une femme.
Mon âme éprouve la puissance des astres et tournoient.
En la seule réalité de cet Amour qui n’est pas mien,
Les mains offertes aux cieux je ne suis plus qu’attraction
Au sein du Désir qui ne peut être que Tien.
Comment en serait-il autrement ?
Suis-je celle qui crée cette tragédie dans la complexité ?
Suis-je Désir, quand TU es Le Seul à décréter ?
Seigneur, Tu détiens tous les pouvoirs et tous les secrets.
Que puis-je par moi-même décider ?
Je ne suis plus, je ne saurai être ni femme ni homme, car TU ES.
Je T’appelle, mourant en cet APPEL.
Je suis l’inexistence en cette intime chapelle,
Cellule dans le monde Suprême des Hommes.
Je ne suis rien sans ce voile qui couvre mon corps.
Ensevelie vivante en cette tombe béante.
Mon cœur saigne et voudrait faire partie de votre Noblesse.
Pourtant, dans le sanctuaire de mon ivresse, je suis à TOI.

Océan sans rivage

Silence

Savitsky, Konstantin (1844-1905) - 1897 Monk Inok

Peinture de Konstantin Savitsky (1844-1905)

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Toi, qui as défié les hommes autant que les dieux,
Sans pourtant que Dieu ne te retira ton âme
Car Il est à jamais le Miséricordieux
Qui des mortels balaie les louanges et les blâmes,

Jamais tu n’oublies le Chemin, ni le Jardin,
Ni l’onde tranquille que survolait la Mouette.
Arrive un temps où l’homme reconnaît son destin
Et où monte en lui le chant de l’Alouette.

La pesanteur du monde te voulait ramener
À sa mécanique linéaire où l’on égraine
Le vide des jours en un caroussel forcené.

Il t’a fallu vaincre les dragons de la Peur
Et te cramponner à ta nature Suzeraine.
Jamais ton silence ne fut signe de torpeur.

Marc

Ad lucem

Ad Lucem

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Cela fait si longtemps que je suis en chemin…
Depuis ma question première « Que fais-je en ce monde ? »
Jusqu’à aujourd’hui, il me semble que mes mains,
Pétries dans une argile tirée d’une terre profonde,

N’ont jamais cessé de se lever ver le Ciel,
Lors que de ma gorge sortait le même cri muet
De l’enfant à peine sorti du sein matriciel
Et qui, pour trouver la clef des champs, remuait

Mille meules de foin et une montagne tout entière,
Sans savoir que c’est en lui-même qu’elle se trouvait ;
Lui faisant croire qu’ici bas, le vin se buvait

Jusqu’à la lie et que l’âme était la rentière
Du néant dont quelque hasard l’aurait tirée,
Sans, pourtant, qu’il fût dupe au point de s’y mirer.

Marc

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Voir aussi sur Noblesse et Art de l’Écu

Zlaté copyBlason de la commune de Zlaté (Slovaquie, région de Prešov)

Dieu est ainsi

John Westrock

Photographie de John Westrock

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Le Ciel sera encore de toute beauté ce soir.
J’aime, s’offrant par la fenêtre, cette toile vivante
Qui me ravit, mon âme s’en faisant l’ostensoir.
Elle me dit : « C’est la nuit ultime, point de suivante. »

Mais que m’importe de vivre un jour de plus ?
Oui, à quoi bon enfoncer des portes ouvertes
Et de longer une vie en d’épuisants rébus ?
Dois-je refermer cette main que je gardais ouverte ?

Chacun porte en soi son propre monde, c’est ainsi,
Et ceux que j’ai traversés, ailleurs ou ici,
N’en gardent pas moins leur vérité virginale.

Voici, l’Aurore a pour destinée le Couchant
Mais de l’Amour Invaincu renaîtra le Chant.
Dieu est ainsi : tel l’étoile septentrionale.
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Marc

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Voir aussi sur Noblesse et Art de l’écu

Wappen_Waldeck_(am_Edersee).svgBlason de Waldeck am Edersee (Hesse, Allemagne)