A l’Aube, le givre

Le givre, dentelle d’une écriture suave

Saisissantes froideurs qui me firent vous écrire,
J’en conçois, au léger givre, ce papier aussi ;
N’y voyez rien qu’un doux émoi extrait ainsi,
Des soupirs de l’aube, des étreintes d’une lyre.

Si proche d’une lune, elle qui vous fit élire,
En ce secret gardé, levant tel un blond sourcil,
Tous les nœuds gordiens auxquels se lient les soucis,
Mais si je clame : votre cœur contre tout un Empire !

Y verrez-vous la joie du Destin se chanter,
Sans qu’aucun trouble puisse ni trahir, ni même tenter,
Notre envoutante et inaudible ronde ?

Les notes subrepticement ont fait de ce lieu
Notre merveilleuse rencontre, élevée jusqu’aux Cieux.
Et vous me dites : faites fi donc de tout ce monde !

Océan sans rivage

Une réflexion sur “A l’Aube, le givre

  1. La jeunesse, Du Val, jadis me fit écrire
    De cet aveugle archer qui nous aveugle ainsi :
    Puis, fâché de l’Amour, et de sa mère aussi,
    Les louanges des rois j’accordai sur ma lyre.

    Ores je ne veux plus tels arguments élire,
    Ains je veux, comme toi, point d’un plus haut souci,
    Chanter de ce grand Roi, dont le grave sourcil
    Fait trembler le céleste et l’infernal empire.

    Je veux chanter de Dieu. Mais pour bien le chanter,
    Il faut d’un avant-jeu ses louanges tenter,
    Louant, non la beauté de cette masse ronde,

    Mais cette fleur, qui tient encore un plus beau lieu :
    Car comme elle est, Du Val, moins parfaite que Dieu,
    Aussi l’est-elle plus que le reste du monde.

    Du Bellay (1522-1560)

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