Conte des sept occidents

Les bestiaux (2)

Les animaux de la forêt approuvèrent le discours élégiaque de la fourmi et, étonnamment, la cigale, qui ne gardait jamais rancune, telle n’était donc pas sa nature, fit quelques pas vers son amie la fourmi et lui tint à peu près ce langage :

Malheur à l’homme qui se sert de la sagesse profonde sans pour autant mettre en pratique le moindre des plus petits principes. Il considère la Nature comme son ennemi. Il plie et ploie les éléments sans en manifester le plus infime respect. Mais l’homme est loin d’être homme, tout comme il est loin d’être animal. N’est-il pas en-dessous de cette réalité dans laquelle il a vu le jour ? Je m’étonne que l’homme ait oublié le langage des animaux et ne nous entendent plus. Nous représentons son échec et sa dégénérescence. L’homme n’entend plus la création, parce qu’il est tombé en-dessous de la création. Ce monde lui renvoie en permanence sa cécité et sa surdité. Les animaux entendent et comprennent le langage des hommes, tout comme ils sont capables de lire dans les parchemins du ciel et de ceux de la terre, alors que l’homme est dans l’avidité mécaniste et dominatrice, parce qu’il a tout oublié.

De toi, j’ai appris beaucoup, amie fourmi, j’ai appris combien une minuscule petite créature, avec la tête plus petite que la simple épingle à couture, peut receler la sagesse d’un univers entier. Ta rigueur et ta constance sont un grand enseignement, mais tu pousses encore plus loin l’intelligence, lors que certains hommes ne la possèdent plus : à ta petitesse physique s’est inscrit le goût méticuleux de la recherche et si tu es la plus grande des prévisionnistes, tu es assurément sans égale concernant la connaissance des uns et des autres, y compris celle de la connaissance de l’homme. Ton aspect frêle et minuscule est semblable à la réalité méticuleuse et précise de la vision. Ton acuité n’a pas d’égale concernant l’appréciation du juste et du beau. Tu connais l’âme, ses vices cachés dans les tréfonds obscurs et ses joyaux sans pareils que contiennent les voiles de lumière. Tu es la plus fine des conseillères, car tu n’attends rien de l’autre, autonome que tu es à anticiper sur le temps et à conserver précieusement ce que tu recèles. Tu es digne du nom de gardienne.

Océan sans rivage©Conte des sept Occidents, les bestiaux

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