Conte des sept occidents

Les bestiaux (1)

Des entretiens intimes entre certains animaux nous parvinrent et, nous fûmes assez conséquemment impressionnée par leur justesse et même par leur prodigieuse intelligence. Les animaux ne sont pas à l’image des hommes. Ils possèdent leur propre code et même leur propre sagesse. Certainement que leur connaissance vient de leur nature prompte à ne jamais venir quereller les réalités. Les lois sont les lois, et ils en sont totalement convaincus. Celles-ci ne sont pas vraiment rigides comme on pourrait le supposer, car elles sont en vérité, l’agencement d’une intelligence ancestrale, autrement remarquable. Que des hommes fassent parler des animaux est, sans conteste, déjà assez troublant, mais que des animaux fassent parler des hommes l’est encore plus. Il est vrai que j’ai rencontré des hommes qui s’entretenaient des hommes. Il en est même qui faisaient parler les sous-hommes. Il en est d’autres qui savaient faire parler les démons, puis d’autres, par leur cœur, connaissaient le monde des anges et bien d’autres choses encore. Si vous prenez le soin d’écouter le bruissement du vent, il vous parvient certains dialogues édifiants. D’abord, vous entendez, puis, vous apprenez à écouter, ensuite, à respirer et vous finissez par saisir le langage de chaque chose. Je pense aussi que les choses vous saisissent à bras-le-corps. Elles sont éminemment présentes et vous préférez écouter les paroles qui viennent de ce monde vivant. Elles viennent résonner en vous. Ce qui vient vous heurter est vous-mêmes, or, cela peut être votre propre distanciation, mais cela peut bien être, aussi, votre manifestation.

Ainsi, dans la forêt, en son cœur le plus ardent, s’étaient réunis le grand cerf, les lièvres, les écureuils, les hérissons, les taupes, les oiseaux, et même les fourmis. La liste est loin d’être exhaustive, je puis vous l’assurer. Le solennel hibou s’était perché très haut sur un arbre majestueux et dominait ainsi la clairière. Il écoutait attentivement tout ce que les uns et les autres disaient. Chacun prenait la parole, à tour de rôle, selon la bienséance, bien entendu. Le grand sujet de préoccupation était, à n’en pas douter, celui des hommes. La fourmi avait pris la parole en premier, et d’ailleurs, c’était sur ses instances que la réunion avait lieu. Tout le monde sait combien la fourmi se garde des hommes. Sans lui être ouvertement hostile, elle prend aisément ses distances avec lui. Elle ne lui fait pas confiance. Quelques rares êtres sont parvenus à gagner sa faveur. Mais cela est une autre histoire.

D’avoir compris,
L’étroitesse de la terre,
La justesse des couloirs,
L’impasse des heurtoirs,
Le labeur est signe d’avancée,
Mais par l’homme,
Les obstacles se sont amoncelés,
Les rudesses ont obscurci les opacités.
De la finesse,
L’homme s’est éloigné,
Point de noblesse !
Ô monde délabré
Par les rendez-vous manqués !
Quand la cigale chante,
Son chant nous éclaire,
Nous l’écoutons en silence :
Son art n’est-il pas de chanter ?
Tandis que l’homme vautré
Dans l’inertie et l’impavidité,
Où s’en va-t-il ainsi ?
Le sait-il ? L’a-t-il finalement oublié ?

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