Le Livre magique

Quelqu’un qui exista, il y a bien longtemps, s’échappa presque miraculeusement d’un sortilège puissant, un sortilège qui lui avait fait découvrir, malgré tout, les souterraines et macabres danses de certaines créatures, des créatures odieuses que l’on avait peine à imaginer être proprement des créatures, et comment étaient-elles parvenues ainsi à se manifester ? Cela existe-t-il vraiment ? se demanda un passereau en survolant un lac primordial aux couleurs éthérées et qui avait entendu notre histoire. Une voie jaillissante déploya alors une gigantesque et puissante aile blanche, mais nul ne sut d’où cela venait exactement. Cette voix eut pour effet de guider ce triste et misérable personnage loin des marécages putrides. Certes, il avait traversé une multitude de strates, toutes les unes plus que les autres sombres et même éminemment  violentes. Il avait pourchassé sur des mers improbables les dauphins argentés et s’était extirpé de lamentables et précaires vicissitudes que l’on nomme aussi la vallée des larmes. Il fut longtemps captif de cet affreux sortilège qui le transformait, tantôt en crocodile, et tantôt en une petite tortue très primitive. Parfois, lorsque les jours étaient rieurs, il devenait un goéland. Il avait longtemps côtoyé une grenouille qui lui fit moult récits incroyablement sidérants. Il y avait, pour mémoire d’éléphant, des histoires cocasses sur le règne millénaire des girafes. Oui, car personne ne le sait, mais les girafes avaient autrefois été de prodigieuses amazones. On lui avait raconté aussi que le monde pouvait s’inverser et que le blanc devenait noir. Quand il hoquetait, il se changeait en chien et courrait durant des kilomètres et des kilomètres jusqu’à rejoindre son amie la perruche. Mais le plus éprouvant pour ce triste et misérable personnage, c’est quand il dut descendre très bas dans le monde infernal de ces hideuses créatures dont nous tairons volontairement le nom. Il fut le témoin de scènes, qui assurément, seraient absolument terrifiantes pour la majorité d’entre nous, surtout les êtres sensibles. Quant à lui, pour avoir reconnu certains habitants de son village natal, il comprit, à son grand désarroi, que ceux-là même qu’il croyait être d’honnêtes et braves gens s’étaient, au sein de ce monde souterrain transformés en les plus infâmes et cruelles créatures. Ces dernières passaient le plus clair de leur temps à torturer les nobles oiseaux du sud, ceux qui prenaient les teintes bleues et roses de l’horizon. Je ne m’étalerai pas sur la description des horribles méfaits qui se commettaient. Mais sachez que le supplice était grand pour ces admirables volatiles. Heureusement, le sortilège prit fin, quand de sa petite embarcation, une petite fille vint vers lui et lui offrit, alors qu’il était gisant dans les étangs marécageux, en l’Afrique sauvage et intacte, un morceau de son livre, un livre magique qui s’ouvrait chaque fois à la bonne page, y compris quand tout allait mal.

Peinture de John Henry Henshall 1883 (British, 1856-1928).

Océan sans rivage©Conte de Terre du Milieu.

Auteur : Océan sans rivage

Ou bien parais tel que tu es, ou bien sois tel que tu parais. Rumi

Une réflexion sur « Le Livre magique »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s