Allégorie du Jardin de L’Âme (16)

Gazebo In Greifswald Canvas Art - Caspar David Friedrich (24 x 36)Peinture de Caspar David Friedrich (1774-1840)

Le Temps Zéro est la plus inouïe des sensations que nous offre Le Silence. L’on sait que soudain, plus rien n’est, hormis Celui qui est La Présence. Depuis que Le Livre s’est ouvert au quintuple de L’Essence, les yeux se noient en La Réalité et chaque perle, et chaque pierre précieuse sont des joyaux qui indiquent les effets de La Lumière. Au Jardin, il est une paix et, bien des fois, j’ai rencontré le prince de ces lieux. Il avait le regard comme perdu et je lui demandais souvent, sans que les mots ne viennent à être prononcés par les lèvres, car seuls nos cœurs étaient à se comprendre, ce qu’il était à voir. Il me montrait en ouvrant un large Livre, l’univers qu’il avait délaissé. J’en fus étonnement surprise. Mais, je n’anticipais jamais sur ce qu’il voulait ou non me dire. Sans attendre, car, il me semblait par une science sûre que cela viendrait en son temps, je le regardais et c’est ainsi que j’ai beaucoup appris de Lui. Ce Prince avait été un mendiant sur la terre que nous connaissons. Un mendiant, vêtu de riches parures, et néanmoins, un mendiant. La richesse, la position sociale, les mondanités sont en réalité de bien pauvres attributs. tout cet apparat tombe comme de la poussière au regard de La Nature Essentielle, Elle, qui revêt avec un soin authentique tous les aléas étranges des hommes. Vous me demandez si ce Prince me regardait ? Qu’importe, je ne me sentais pas être vue. Qu’Il me fasse Ses confidences, ou qu’Il me laisse près de Lui, en son Silence, j’en mesurais toujours La Grâce et savourais la paix. A Lui seul, il était autant d’univers que de Souffle. Chaque fois que je le voyais courber la tête, je me sentais comme prise par Sa mélancolie. Je L’ai surpris un jour qui se transformait en Arbre et Ses Branches étaient des Mains d’abondances.

.Peinture de Petrus Van Schendel (1806-1870)

Pourtant un jour, Il me tendit une bougie. Sa Flamme était si scintillante de Présence que je ne pus en détacher mon regard. La Flamme dansait et me parlait avec autant de réalité et de concrétude qu’un être humain. J’avais déjà remarqué que les choses n’étaient pas celles que l’on croit en ce monde. Tout avait une bouche et tout avait une Histoire. Plus que tout, Tout était à nous inviter en La Substance de La Signifiance. Tout nous conviait à La Lumière des symboles. L’on me fit comprendre bien des fois que tout était langage et tout était Sagesse. Ce monde, sans être éloigné de la pure matière, lui donnait Sa Plénitude, en étant tour à tour exhalaison et toucher. La Bougie me donna à La pleine Concentration. Je fus extraordinairement déconcertée par l’approche vivante de Sa Flamme. La Bougie me regardait. En Son regard, douceur et bienveillance, je trouvais.

En ce qui flotte en mon absence, en mon mystère du feu jaillissant, en cette occultation, en cette compénétration de la complicité, lors que je me voile de mon effet, j’apparais au Regard de celui qui s’efface et se noie en La Présence. J’ai conquis les mondes de L’Éthéré, et j’ai savouré les luminescences froides de ma sœur La Lune. J’ai trempé dans l’obscurité du règne minéral, et me suis faufilée en l’interstice du Souffle Seigneurial. Je suis tel que l’on me voit : tantôt douleur et tantôt chaleur bienfaisante. Je suis à cuire en La Pureté des Eaux de L’Incandescence, car, l’on ignore encore le Feu de L’Eau, mais il viendra un jour, et la raison même sera confondue par les écarts de L’Acquis. Tout est mouvant, et tout relève de La Volonté Une. Lors que ma flamme s’apaise, je suis irradiance et rayonnance en La Lumière et je ne brûle pas, mais illumine. Je suis à La Source que nul n’approche et je suis en Elle à déployer les Fleurs extatiques de La Réalité des Convergences. Chaque flux est une Parole. Entends-tu La Voix du fond des âges ? C’est là, en une Caverne, que j’ai rencontré Celui qui aujourd’hui t’offre à mon Verbe. Du Nar*, je suis Nour, et ce sont là mes attributs éternels qui font de moi, ou le salut alchimique, ou les tourmentes de la Géhenne. Pourtant, même en ces charriements, je suis encore La Réconciliation. De ce pouvoir, Je n’ai qu’Une Seule Réalité. Sache-le et Je suis Le Vassal du Roi. Je suis soumis au Miroir de L’Âme et je La cherche car tel est Le Décret. J’ai traversé les ventres du règne animal, et j’ai couru aux frondaisons des abîmes que l’on ignore. Je suis tantôt la désolation et tantôt je suis La Beauté en La Vision. Incandescence joyeuse, en cette neutralité, je suis en L’Appel. Je réponds à L’Appel. Telle est ma réalité : je suis telle que l’on me voit. Et je te parlerai du monde et de l’animation du Souffle primordial. En Lui, est La Reconnaissance et, en Lui, est Résurgence. 

© Océan sans rivage, Allégorie du Jardin de L’Âme


*Nar : signifie feu, de la même racine arabe que Nur qui signifie Lumière. Les deux procèdent du même principe, mais n’ont pas les mêmes réalités. Nara : Briller, être en la vision. Nawara : qui illumine, qui fleurit. Telles sont les autres acceptions.

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